Mame Aly KONTE
31 Décembre 2008
analyse
Depuis l'indépendance le 28 septembre 1958, la République de Guinée n'a connu que quelques courts épisodes de bonheur pour vivre dans la liberté et le partage équitable de ses énormes richesses minières, agricoles et forestières. Terre d'agriculture et scandale géologique en même temps, c'est à croire que le pays de Sékou Touré risque encore de terminer les 50 premières décennies de ce siècle du nouveau millénaire, dans une situation de pauvreté extrême, d'instabilité politique et institutionnelle sans répit
Les raisons qui fondent ces arguments sont multiples et certains évènements qui se sont précipités quelques heures après la mort du président Lansana Conté, semblent le confirmer. Nul doute qu'en parlant de l'armée de ce pays, on peut penser que le seul crédo qui l'habite s'inscrit désormais dans une logique de prise du pouvoir sans perspectives pour le pays. Sans démocratie. Sans la moindre liberté donnée au peuple. Honteux. Il y a quelques jours, pour sa première déclaration, Moussa Dadis Camara, le nouveau « président » par la force, de ces pauvres « guinéens » dit détenir le pouvoir par Dieu, sa religion. Disant comme un enfant « je suis incorruptible » comme si lui seul, en doutait. Quelle imprudence doublée d'une certaine innocence. Le temps nous édifiera.
Le second constat, de ce malaise guinéen, vient encore du fait qu'on ne fera jamais le deuil et le bilan du très long règne de Lansana Conté. D'avril 1984 à décembre 2008, se sont écoulés, quelque 24 ans. Une génération y est née et n'aura connu que ce président là, lui-même arrivée au pouvoir par la force quelques jours seulement après la mort de Sékou Touré, remplacé par son ancien premier ministre Lansana Béavogui.
Ce dernier n'aura fait qu'effleurer la chaise présidentielle. Conté contre toute attente, s'empare du pouvoir avec un groupe colonels et de lieutenant dont Diarra Traoré, lui-même trahi quelque temps après par le même Lansana Conté. Après Touré et Conté voilà donc l'heure des Camara. Parce qu'en Guinée, ces noms signifient beaucoup de choses. Ils marquent les limites entre ethnies (Soussou, Malinké, Peul, Nalou etc.) Dès que le nom du nouveau putschiste est connu, tout un groupe issu de sa communauté se rallie à lui et se dit que son heure est arrivée.
Dans ce contexte, le jeu d'une ethnie comme l'autre semble « normer » la démocratie guinéenne, si on peut l'appeler ainsi. Pendant le règne de Lansana Conté, les Soussou ont reproduit le vieux schéma comme l'éternel « complot peul » pour éliminer tous les leaders et cadres de ce groupe. Ainsi à l'usure, des leaders comme Diallo Telly, Siradiou Diallo sont morts sans voir la Guinée dont ils rêvaient. Sous le règne de Lansana Conté, c'est aussi à l'usure que des leaders comme Ba Mamadou, Alpha Condé ont fini par se résigner et presque abandonner la lutte pour le pouvoir.
Conséquence de tout cela, la mort d'une certaine idée de la nation et de l'indépendance. Les Guinéens ont aujourd'hui avec le Nigeria, le Cameroun, le Maroc et le Sénégal une des diasporas les plus riches et les plus éparpillées dans le monde. Dans les pays d'Afrique de l'ouest, aux Etats-Unis, en France, Au Canada comme en Belgique, ils sont des milliers de guinéens qui ont décidé de ne plus se reconnaître comme tel tant que les régimes politiques ne changent pas dans le pays.
Et en la matière, si on a pensé qu'à la mort de Sékou Touré qualifié par certains de dictateur sanguinaire, que nombre de ses immigrants allaient revenir, ils semblent qu'avec l'arrivée de Conté, ils ont été encore plus nombreux à vouloir partir. Pour preuve, nombre des jeunes garçons et filles qui se tuaient dans l'immigration clandestine par les pirogues étaient des ressortissants de la République de Guinée. L'autre chose perdu par ce peuple, c'est la fierté. Au début des années d'indépendance jusqu'à la mort de Sékou Touré, le Guinéen était quelqu'un d'intéressant qui suscitait un peu la curiosité chaque fois qu'il parlait de son pays.
Avec la résistance de Samory Touré comme l'expansion coloniale française, ce pays avait donné beaucoup de fierté aux premiers chercheurs, enseignants et cadres ouest-africains qui avaient choisi de se joindre au combat pour l'indépendance totale de l'Afrique, du président Sékou Touré. Aujourd'hui tout cela ne veut plus rien dire. De fierté, le guinéen n'en a que faire. Pour preuve, l'armée qui tire sur les populations et s'empare du pouvoir comme elle veut, est une des plus moribondes en Afrique. Lorsqu'au milieu des années 1990, la Guinée Bissau est au bord de l'implosion, l'armée guinéenne a été appelée à la rescousse pour bloquer la partie sud-est avec les forces de la Cedeao , principalement dominées par les militaires sénégalaises.
Devant l'avancée des forces fidèles au Général Ansoumana Mané, les soldats guinéens n'ont pas hésité à prendre la poudre d'escampette, laissant dans leur folle fuite armes et bagages, et se mêlant à la population des villages limitrophes comme de vulgaires malpropres. Qui peut parler de fierté ? L'histoire ne s'arrête d'ailleurs pas là.
Le bilan de Lansana Conté est encore plus dur à avaler par ce peuple qui semble maudit, quand on sait que depuis 1984, la Guinée est restée un pays coupé même de l'ensemble Cedeao. A ce jour, il est difficile d'importer de ce pays, tous ces produits phares qui ont fait sa renommée en Afrique de l'ouest. On interdit systématiquement la sortie de la banane plantin, de la banane et tous autres fruits. Le plus grave est encore dans le retard accumulé dans la mise sur pied du processus d'intégration de la sous-région au sein de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs).
La Guinée qui a le privilège d'abriter les sources des fleuves Sénégal, Gambie et Niger ne compte aucun barrage de nom après plus de 50 ans d'indépendance. Ses entrées et sorties de l'Omvs ont plus compliqué les choses. Au sein de l'autorité du Niger et de l'Organisation pour la mise en valeur de la Gambie , le constat est le même. Peu d'avancées pour ce pays. La construction annoncée des barrages et Kaléta, devrait lui permettre de sortir de sa longue torpeur et de permettre aux nouveaux dirigeants, de faire jouer enfin au pays, le rôle qui est le sien en matière d'intégration. Mais, la Guinée peut-elle aujourd'hui s'intégrer au wagon ouest-africain du fait de son retard énorme ?
Hier, une période coloniale en or
Au bout ses efforts, la population a vu passer depuis les années 40, son rêve de devenir l'une des nations phares de l'Afrique de l'ouest. Mais, l'histoire de ce pays n'a pas commencé le 28 septembre 1958, mais bien avant. Il suffit de consulter les documents de l'époque coloniale et de l'intervention des militaires, des entreprises françaises à la fin du 19 ème siècle, pour s'en convaincre.
Avant de s'attaquer à la Côte d'Ivoire et à la zone Ashanti, pour développer ses activités de commerce, la conquête française à travers sa société-phare de l'époque, la Compagnie française d'Afrique occidentale (Cfao), qui a engagé nombre des premiers cadres africains, a accordé une place de choix à la Guinée. Surtout avec la culture du caoutchouc, d'arachide, les plantations de palmiers à huile, l'exploitation des produits forestiers et des mines...
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