Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Ouattara Daniel, Coodonnateur national du Pnrrc : "Ouaga IV ne tue pas le Pnrrc"

Pascal Soro

30 Décembre 2008


interview

Abidjan — Le coordonnateur national du Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire fait le point de sa mission et jette un regard sur le dernier accord complémentaire.

Quel bilan faites-vous de vos activités de réinsertion et de réhabilitation communautaire en cette fin d'année?

Je voudrais, avant de répondre à votre question, rappeler que le Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire (Pnrrc) est avant tout un instrument de mise en oeuvre d'une politique de réinsertion qui doit contribuer à la relégitimation de l'autorité de l'Etat de Côte d'Ivoire.

Sur cette base, le Premier ministre, qui est le chef du mode opératoire de la sortie de crise, s'est voulu optimiste en donnant l'opportunité et la liberté au coordonnateur que je suis, de participer, avec les autres acteurs de la sortie de crise, à l'élaboration d'un circuit de désarmement, démobilisation, réinsertion (Ddr), basé sur la confiance mutuelle.

C'est l'une des caractéristiques spécifiques au Ddr dans notre pays. Il a été élaboré par les parties en conflit sur la base de la confiance.

Ce sont donc ces parties qui écrivent leurs propres programmes, appuyé en cela par le plan conjoint des opérations. De Lina Marcoussis à Ouagadougou, il y a eu un renforcement des instruments pour faciliter la mise en oeuvre de ce Ddr spécifique.

Ainsi, il y a eu par exemple la création du Centre de commandement intégré (Cci) qui gère les aspects militaires, c'est-à-dire depuis le désarmement des Forces armées des Forces nouvelles (Fafn) et des Forces de défense et de sécurité (Fds) jusqu'au désarmement, démobilisation des milices (Ddm) ou groupes d'autodéfense. Tandis que le Pnrrc qui nous concerne, s'occupe des aspects socio-économiques. Une mission hautement stratégique.

D'autant plus que nous sommes en plein processus électoral et nous devons faire en sorte que l'environnement occupé à un moment donné par ces jeunes soit assaini pour permettre de créer la relégitimation de l'autorité de l'Etat par le redéploiement du corps préfectoral, des opérateurs économiques, des services financiers et douaniers, etc. dans un esprit serein.

Où en êtes-vous avec l'identification et le profilage des ex-combattants des Fafn et des groupes d'auto défense ?

A la demande du chef d'état-major des Fafn, le général Soumaïla Bakayoko, nous avons commencé le profilage des Fafn en novembre 2007.

Cette phase a pris fin en avril 2008 avec un effectif de 32 777 éléments profilés. Aujourd'hui environ 8 000 sont démobilisés. Parmi eux, 7 344 ont reçu leurs cartes de démobilisés, 6 962 ont reçu des kits, 4 836 ont effectué la visite médicale, 5 186 ont confirmé leurs projets de vie et 923 ont été effectivement réinsérés.

Ces travaux ont été réalisés sur financement direct du Pnrrc à travers son budget ainsi que par la mobilisation des financements du panier de fonds du Pnud et à travers l'opération 1 000 microprojets de l'Onuci.

La contrainte que nous avons eue au niveau du service civique, c'est qu'il n'y a pas eu de sensibilisation préalable des Fafn. Cela explique qu'il n'y ait pas d'éléments Fafn volontaires à ce programme.

Qu'en est-il des groupes d'autodéfense ou milices du sud ?

Au niveau des forces de résistance du grand ouest, nous avons profilé 20 179 éléments. Mais aucun d'eux n'a encore perçu sa carte de démobilisation et désarmement des milices (Ddm). Or ce sont ces cartes qui donnent accès aux avantages de la réinsertion.

Je dois noter que le plan conjoint des opérations avait prévu à l'époque, qu'au niveau des Forces de résistance du grand ouest, 2 000 miliciens reconnus comme ayant combattu aux côtés des Fds bénéficient du Ddr. Mais jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas encore reçu la liste de ces éléments au Pnrrc.

Les contraintes financières ont fait que ces processus n'ont pas pu aboutir, mais nous travaillons avec les différents chefs de ces groupes à l'effet de réconcilier tous ces effectifs et avoir une harmonisation des résultats. Le jour où nous aurons les moyens financiers, avec l'aide du Cci, nous produirons les cartes des éléments qui sont éligibles parmi les 20 179.

Et ce sont ceux-là qui, selon les critères, iront au service civique, au Pnrrc et autres. Cela peut paraître paradoxal, mais près de 80% des profilés optent pour le Pnrrc. Une situation qui m'amène à interpeller nos autorités pour que les choses soient revues en termes de communication.

Dans tous les cas, comprenez qu'à cause des problèmes financiers, au nord comme au sud, on a arrêté le processus de désarmement (entendez processus de regroupement au nord et processus Ddm à l'ouest). Toutefois, il va reprendre au sud dans les jours qui viennent, grâce au Pnud.

Incessamment, d'ailleurs, nous retrouverons le Cci pour le chronogramme. Mais un dernier détail reste à satisfaire, c'est que nous n'avons pas encore le gap de contrepartie ivoirienne d'environ 80 millions de francs.

Des communautés ivoiriennes ont épaulé le Pnrrc dans sa mission de réinsertion des ex-combattants et groupes d'autodéfense...

Oui. Il y a eu par exemple les cinq hectares de Togoyéré qui, aujourd'hui, ont fait l'objet d'études, tout comme les 50 hectares qui nous ont été donnés à Ouragahio et les 5 000 hectares dans la sous-préfecture de Kong.

Nous avons engagé les procédures (puisque ce n'était pas prévu dans le budget) à l'effet de les exploiter pour nos cibles qui aspirent aux métiers agricoles. Nous pensons que cela va participer au renforcement des jeunes bénéficiaires.

En tout état de cause, c'est avec les partenaires au développement que nous devons beaucoup plus mener la réflexion pour des projets fiables et permettre aux jeunes qui veulent exercer dans le secteur agropastoral de s'installer afin que nous puissions les suivre et les fixer. Cela nous permettrait d'éviter l'exode interne.

Y a-t-il une harmonie entre le Pnrrc et les autres acteurs dans la réinsertion des ex-combattants ?

En Côte d'Ivoire, la gestion de la crise, à un moment donné, a semblé échapper aux Ivoiriens eux-mêmes. Or, ce sont les parties en conflit qui ont élaboré leurs programmes.

La multiplicité des interventions des uns et des autres sur le terrain donne souvent l'impression qu'ils ne rendent compte à personne. Or, il y a un programme national de réinsertion des ex- combattants.

Cela signifie que nous avons des cibles spécifiques : les ex- combattants démobilisés. Alors, quand un acteur veut travailler dans ce secteur, à défaut de nous apporter son soutien, qu'il demande au moins des informations, pour ne serait-ce qu'obtenir des résultats dans des délais appréciables.

Mais je ne peux pas comprendre qu'un acteur vienne, qu'il passe outre le mode opératoire de réinsertion, qu'il aille s'essayer à des expériences qui produisent souvent des conséquences désastreuses. Car ce sont quand même des milieux sociaux et on devait tenir compte de la culture, de la sociologie de terrain.

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