Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
30 Décembre 2008
Les ressortissants de Kédougou à Tambacounda regroupés au sein d'un comité d'initiative ont demandé, mardi, la mise sur pied d'une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur les évènements qui se sont déroulés le 23 décembre dans cette partie du sud-est du pays, entraînant mort d'homme.
"Nous demandons la mise sur pied d'une commission d'enquête indépendante - indépendante, je souligne - pour faire la lumière sur les exactions et autres bavures policières ou autres disproportionnées par les forces de l'ordre", a dit Bangally Keïta, lors d'un point de presse des membres du comité d'initiative sur les évènements de Kédougou.
Sur la même lancée, Papis Bâ, président d'honneur de l'Association des élèves et étudiants ressortissants de Kédougou a ajouté : " il va falloir donc rapidement mettre sur pied une commission d'enquête indépendante".
"Il faut que les résultats de cette commission soient suivis d'effets. On a vu ce qui s'est passé au Sénégal par le passé il y a des morts qui n'on pas été éclaircies jusqu'à présent", a-t-il souligné, évoquant notamment l'affaire Balla Gaye du nom de cet étudiant de l'Université cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar tué lors d'une manifestation.
Pour lui, les populations doivent tout faire pour que "la vérité soit établie dans toutes ses composantes".
Bangally Keïta, par ailleurs principal du collège Moriba Diakité, a également dénoncé "l'extension des pouvoirs de police sans respect des parallélismes des formes juridiques".
"Comment les forces de police ont pu agir de cette manière, d'où viennent ces décisions ? Il faut que les responsabilités soient situées", a-t-il dit. "L'extension des pouvoirs de police, a souligné M. Keïta, n'est possible que dans l'état de siège et dans l'état d'urgence. Ce qui n'était pas le cas à Kédougou".
Les membres du comité d'initiative ont également demandé la libération des détenus et la prise en charge des victimes de bavures policières. Selon Gouda Soumaré président de la structure, "c'est presque tous des enseignants et des étudiants qui ont été arrêtés ".
"Nous demandons que dans les 48 heures, on relaxe nos enfants", a dit Dieynaba Sidibé, membre du comité, par ailleurs conseillère régionale et élue du parti au pouvoir. Elle a précisé que ces détenus devront respectivement retourner dans leurs classes, à la fin des vacances de Noël. Ils sont pour le moment pris en charge grâce à la solidarité des ressortissants de Tambcounda et de Kédougou.
"Il y a un préjudice énorme et même moral qui a été causé aux populations de Kédougou, quand nuitamment on pénètre dans les maisons pour perturber la quiétude des familles et enlever des enfants", a noté M. Keïta.
L'intention du comité est d'abord de tout faire pour apaiser la tension. Ce genre d'histoire, ça démarre, mais quand ça peut prendre fin, personne ne peut le prévoir", a dit M. Soumaré qui a écarté toute coloration politique de cette structure, dont les membres sont de différentes formations politiques.
Exprimant notamment l'indignation des ressortissants de Kédougou dont les enfants, les frères ont été "blessés, tués, emprisonnés", il a martelé : "c'est inacceptable dans un pays moderne, c'est inacceptable pour une démocratie, c'est inacceptable pour des hommes civilisés".
"Nous avons condamné le comportement de nos enfants. Ce n'est pas normal. On peut manifester sans incendier des édifices publics, sans s'attaquer aux personnes physiques", a toutefois noté le président du comité, non sans relever que "c'est la réaction qui a été disproportionnée par rapport au comportement des enfants, parce que si la manifestation a continué jusqu'à incendier des choses, c'est parce qu'il y a mort d'hommes".
Qualifiant d' "abus" les évènements de Kédougou, il a dit ne pas comprendre que pour une manifestation d'étudiants, d'élèves "on envoie des policiers armés, des militaires avec des cartouches".
"C'est ça que nous avons condamné, c'est là que nous avons dit qu'il y a une intention de départ, parce que pour disperser une manifestation, on n'a pas besoin d'armes", a ajouté Gouda Soumaré.
"Nous condamnons avec la plus grande énergie les traitements inhumains, cruels, dégradants, sur les populations de Kédougou. Ce qui fait fi de toute considération de droit de l'homme. (...) C'est inhumain, c'est dégradant, comment l'Etat peut tirer sur sa jeunesse ?", s'est indigné Bangally Keïta
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