Inter Press Service (Johannesburg)

Ethiopie: Ethiopie - Le moment pour une action contre les violences faites aux femmes

31 Décembre 2008


Kinshasa — Des violences constantes faites aux femmes constituent l'un des objectifs d'une rencontre continentale ayant examiné les progrès faits vers la réalisation de l'égalité de genre en Afrique.

Les participants au sixième Forum africain sur le développement (African Développement Forum - ADF VI) à Addis Abeba, la capitale de l'Ethiopie, sont en train de condamner leurs dirigeants pour leur refus d'appliquer les déclarations internationales adoptées pour mettre fin aux violences faites aux femmes. «Il y a trop de discussions et de signatures de ces choses, et moins d'action», a déclaré à IPS, Botha Mbuyiselo, du Réseau pour la justice de genre de Sonke, en Afrique du Sud en marge de la rencontre.

«Nos politiciens doivent passer de la rhétorique à l'action. Ils doivent trouver une voie proactive et agir collectivement contre ces violences», a-t-il remarqué.

Girma Wolde-Giorgis, président de l'Ethiopie, a exprimé des sentiments similaires dans son discours d'ouverture de la réunion de fin novembre. «Il est temps de passer de la parole à l'action. Il est temps pour nous de nous focaliser sur l'application de ce que nous avons dit, et d'élaborer des plans de suivi pour voir si nous faisons des progrès».

Certaines des déclarations citées à la réunion, et que les dirigeants du continent ont signées comprennent le Protocole de la charte africaine des droits de l'Homme et des peuples. Adopté en 1998 à Banjul en Gambie, l'instrument est explicit sur comment faire face aux violences faites aux femmes.

Par ailleurs, les dirigeants ont accepté la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discriminations faites aux femmes, adoptée en 1979. Conformément à cet instrument, il est attendu que les gouvernements mettent en place des structures pour lutter contre les violences faites aux femmes. Cependant, l'image du continent est toujours ternie par des cas très répandus de violences faites aux femmes.

La situation a été également perpétuée par des points faibles dans la législation nationale qui ont ouvert la voie aux abus contre les femmes. Par exemple, la Loi du Kenya contre les abus sexuels, votée en 2006, contient une clause où beaucoup perçoivent des risques pénalisant les femmes qui dénoncent les auteurs de violences sexuelles, compromettant l'efficacité de la loi.

«Elles peuvent être condamnées pour fausse accusation de viol à cause du manque de preuves à donner. Et il est clair que parfois, les femmes peuvent être incapables de dénoncer immédiatement un viol. Ainsi au moment où elles se décident à dénoncer, les preuves peuvent avoir disparu», a dit à IPS, Jacintha Muteshi, ancienne présidente de la Commission du Kenya sur le genre, à la réunion d'Addis-Abeba.

En outre, la loi a été critiquée pour avoir fixé un maximum de condamnation pour le viol - l'emprisonnement à perpétuité - et pour n'avoir pas mentionné la peine minimale, qui est laissée à la discrétion du juge. Une telle ambiguïté, estiment des activistes des droits de la femme, peut banaliser la gravité d'un viol.

Bien que l'Afrique du Sud dispose d'une législation stipulant un minimum de condamnation allant de 10 à 25 ans pour les viols, ces directives ne sont pas toujours respectées, selon Mbuyiselo. «Nos gouvernements doivent assurer qu'une telle loi est acceptée par tous afin d'envoyer un message clair aux auteurs et décourager les autres actes de violences faites aux femmes», a-t-il indiqué. Son pays enregistre chaque année plus de 55.000 cas de viol, selon les données du gouvernement, faisant de lui l'un de ceux ayant les plus nombreux cas de viol sur le continent.

Des améliorations de la législation sont au point mort dans plusieurs pays africains. Au Kenya, la Loi sur les violences au foyer (Protection familiale) est toujours en instance après avoir été introduite au parlement depuis huit ans. En Ouganda voisin, une loi similaire, la Loi sur les relations au foyer languit au parlement pendant plus d'une décennie maintenant. L'espoir est que l'ADF VI aboutisse à un plan d'action qui stipule, entre autres, une application stricte des lois nationales et internationales sur les violences faites aux femmes et un suivi subséquent de ce même plan d'action.

Mais la plupart des activistes à la réunion estiment qu'une meilleure législation, à elle seule, n'est pas suffisante pour mettre fin aux violences faites aux femmes. Il ressort que la culture demeure l'obstacle le plus grand qui doit être affranchi. La croyance générale selon laquelle la femme africaine est la propriété de l'homme et devrait par conséquent être battue, n'est qu'une norme culturelle citée comme désastreuse pour les femmes.

L'histoire de Naisianoyi Parakuyo incarne cette observation. «Mon mari me battait tous les jours disant que j'étais sa propriété puisqu'il avait payé la dot, et qu'il me traiterait comme cela lui plaisait. J'ai enduré cela pendant des années, jusqu'à ce qu'un jour il m'a frappée avec une épée et j'ai levé ma main pour protéger la poitrine qui était sa cible», a-t-elle dit, montrant la grande cicatrice sur sa main gauche.

Dans un entretien avec IPS en marge de la réunion, Parakuyo, une Maasai du Kenya, a raconté comment elle a eu la chance d'être en vie après s'être échappée des agressions de son mari, mais non sans que sa dignité n'ait pris un coup. Elle est aujourd'hui une activiste qui parle des violences de genre aux communautés.

Les autres pratiques qui encouragent les violences faites aux femmes comprennent l'héritage de la femme, qui continue d'être bien enraciné dans plusieurs sociétés africaines. Il s'agit du fait que la veuve, à la mort de son mari, est prise en héritage par un beau-frère ou un prétendant identifié par les anciens du village. Dans certains cas, les veuves sont prises en héritage de force; si elles refusent, elles sont souvent agressées physiquement ou chassées de la maison familiale.

De telles traditions et pratiques culturelles se sont révélées difficiles à briser quand on aborde les violences faites aux femmes. «Il est facile de dire que la culture constitue un grand défi pour la lutte contre les violences faites aux femmes.

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