Ilia Taktak Kallel
31 Décembre 2008
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Du côté des jeunes dirigeants
La Journée d'étude organisée par le CJD sur «La qualité de l'environnement des affaires vue par le jeune dirigeant» a été riche en enseignements, à la fois de par son contenu, son déroulement et la qualité et la franchise du débat engagé.
Le point focal de la Journée a été la présentation des résultats préliminaires de l'enquête menée par M. Karim Ben Kahla, universitaire, sur la qualité de l'environnement institutionnel et du climat des affaires en Tunisie. Pour optimiser la qualité de la discussion qui a suivi cette présentation, les différents représentants de l'administration présents ont été directement interpellés sur les questions et insuffisances éventuelles soulevées par l'enquête concernant leurs structures respectives.
Enfin, la parole a été donnée à l'assistance - composée principalement de jeunes dirigeants - qui s'est exprimée sur un ton libre et constructif.
L'une des principales finalités de l'enquête était de savoir dans quelles mesures la réforme de l'environnement des affaires avait pu bénéficier aux entrepreneurs dans les différentes régions du pays. L'investigation a été menée auprès de 315 jeunes dirigeants dans 11 gouvernorats.
En cause, les acteurs de l'administration publique (l'administration fiscale, la douane, la sécurité sociale) interpellés notamment sur les dimensions éthiques et la communication, les banques commerciales dans les régions dont les comportements ne semblent pas présenter assez de visibilité et ne sont plus caractérisés par une relation de confiance ; les collectivités locales et les tribunaux dans les régions : l'infrastructure (surtout portuaire et ferroviaire) notamment pour ce qui est du coût d'accès ;
l'infostructure, particulièrement en ce qui concerne l'information sur les concurrents et celle relative aux démarches administratives. Pour ce qui est des avantages et des allocations, les jeunes dirigeants interrogés ont soulevé le problème de la simplicité et de l'applicabilité de la règlementation y afférente, en l'occurrence, la réglementation fiscale et celle des marchés publics semblent poser le plus de problèmes.
Concernant la culture des affaires, les reproches les plus récurrents concernent la prise d'initiative, le partage de l'information et le fait que les agents (et exécutants) de l'administration ne prennent pas toujours leurs responsabilités. Relativement aux structures d'appui, celles qui semblent les mieux appréciées sont les centres d'affaires et les pépinières d'entreprises.
Plus généralement, les entrepreneurs ont tendance à affirmer que le plus difficile n'est pas de créer une entreprise mais de survivre.
Signalons que, dans ce tableau très mitigé, les perceptions les plus favorables coïncident avec la région de Nabeul (qui, semble-t-il, profite à la fois d'une certaine qualité de vie et de sa proximité de la capitale) et la région de Sfax (dont, selon Mme Riadh Zghal, professeur émérite, la culture entrepreneuriale permet aux individus de surmonter les difficultés et de s'ingénuer à trouver des solutions aux problèmes rencontrés).
Les perceptions les moins favorables, quant à elles, semblent dominées dans les régions de Gabès et du Kef, dont les entrepreneurs font état des plus importants problèmes et insatisfactions et tirent la tendance générale vers le bas.
M. Abdelhamid Triki, secrétaire d'Etat auprès du ministre du Développement et de la Coopération internationale, chargé de la Coopération internationale et de l'Investissement extérieur, tout en prenant acte de ces résultats, a mis l'accent sur la nécessité de les relativiser et de les compléter par d'autres indicateurs «objectifs», notamment ceux du développement durable dans les différentes régions.
Il a souligné, en outre, le caractère impératif de recueillir des données sur les 13 gouvernorats restants pour pouvoir commenter les résultats de l'enquête. Il a néanmoins convenu de certains dysfonctionnements tels que l'enchevêtrement de certaines structures, les problèmes d'infrastructure, les contraintes d'accès au financement (la difficulté de mobiliser le système de financement existant ;
le coût et les garanties du crédit), les charges sociales et fiscales, le besoin non satisfait en ouvriers qualifiés, la lourdeur de certaines formalités administratives. Mais l'orateur a également mis en avant les avancées et acquis de l'environnement des affaires tunisiens et les principaux atouts du site Tunisie, à savoir les réformes (et la stabilité macroéconomique conséquente) et le capital humain.
Aujourd'hui, a-t-il dit, le délai moyen de création d'une entreprise est de 21 jours (alors qu'il est de 23,5 j ours pour les pays Mena et de 11 jours pour les pays de l'Ocde); la Tunisie a été classée 14e sur 134 pays en matière de neutralité de l'administration et d'assouplissement des formalités de création d'entreprise; aujourd'hui, 70% des déclarations fiscales sont faites à distance;
les autorisations ont été supprimées à plus de 80%; huit guichets uniques sur quinze sont certifiés ISO. En outre, en perspective, le regroupement des différentes structures dans un même espace et l'augmentation du budget de l'Etat pour 2009 afin de favoriser le développement de l'investissement dans les régions, avec une attention particulière portée au capital humain.
Les différentes réformes engagées devraient être à même d'optimiser la taxe sur le temps pour les dirigeants, c'est-à-dire le temps qu'ils passent à régler des formalités administratives.
Les autres représentants de l'administration (ministère de l'Industrie, de l'Energie et des PME; Douane; Cepex; sécurité sociale, inspection générale du travail, ministère de l'Intérieur et du Développement local; BTS, Bfpme) ont, tout en (re) soulignant les avancées réalisées suite aux différentes et continuelles réformes menées, globalement admis la persistance de certains dysfonctionnements qui font l'objet d'une attention particulière et activement encouragé les entrepreneurs qui rencontrent des difficultés et problèmes avec l'administration à les signaler et à dénoncer les comportements non professionnels ou «déviants».
Et, en matière de problèmes, les propos de certains des entrepreneurs présents ont été très éloquents. Ainsi, un entrepreneur belge en Tunisie a signalé qu'il existait un grand monde entre les intentions politiques et les réalités régionales :
«J'attends la réponse à un dossier depuis six mois; entre les congés, le Ramadan Ça dissuade les investisseurs étrangers qui ont cru en la Tunisie»; pour un intervenant français d'une association de développement, certaines structures d'appui sont le moyen pour certains experts de connaître les promoteurs et de les attirer vers des services privés.
En outre, cet intervenant a déploré le fait que les fonds mobilisés par les associations pour soutenir les petits entrepreneurs et gérés par les banques soient soumis aux mêmes contraintes de garanties que les autres fonds gérés par ces mêmes banques.
D'autres entrepreneurs tunisiens ont déploré les dysfonctionnements des paiements par Internet; la longueur de traitement de demande de crédit; les problèmes de restitution des crédits de la TVA; la tendance de certains entrepreneurs à déserter les régions et aller dans les grandes villes pour être mieux servis par l'administration ;
le fait que les sicars bancaires soient gérées comme des banques; les problèmes entre certaines administrations et la nécessité de développer les synergies et la communication nécessaires entre elles.
Malgré ces dysfonctionnements mis en évidence, le débat s'est achevé sur une note constructive : il a été admis que certaines administrations avaient évolué plus et mieux que d'autres et préconisé de développer l'esprit de réseautage entre l'administration et les entrepreneurs, ce que le CJD a déjà entrepris avec la douane.
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