Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Opération "mains propres" dans la filière café- cacao - Le procès des prévenus toujours attendu

Robert Krassault

2 Janvier 2009


Tous les barons de la filière café-cacao arrêtés, il y a 7 mois, dans ce qu'on appelle opération "mains propres", viennent de passer les fêtes de fin d'année 2008 à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan. Et leur procès n'est toujours pas à l'ordre du jour au Palais de justice.

Il n'y a pas longtemps, nous nous interrogions s'il y avait effectivement eu des détournements de fonds, d'abus de confiance, d'abus de biens sociaux, escroquerie, faux et usage de faux en écriture privée de commerce et de banque dans la filière café-cacao comme l'avait annoncé le procureur de la République. Après 7 mois de détention préventive, le procès n'a toujours pas lieu. Personne en Côte d'Ivoire n'avait un seul instant douté de ce que la procédure engagée n'irait pas jusqu'à son terme même si, objectivement, les accusations ont lieu dans un contexte marqué par la guerre née du coup d'Etat manqué de septembre 2002.

Les institutions venaient, en effet, d'être ébranlées. Il fallait se défendre et défendre cette République. Quelquefois même au mépris des règles de la bonne gouvernance et de gestion des affaires publiques. L'essentiel était que la République retrouve très vite ses repères. On a alors parlé de résistance que de nombreux Ivoiriens ont qualifiée de patriotique. Des pratiques même ont été opérées qui pourront être prouvées parce que revêtant un caractère particulier.

Mais d'autres par contre, pour des raisons d'importance nationale, ne le seront certainement pas. Parce qu'un Etat, même dit de droit, a toujours des secrets. Et la Côte d'Ivoire ne saurait déroger à cette règle. Surtout quand cela se passe dans un environnement trouble et où tout est admis pour sortir rapidement de la crise. On pourrait mettre beaucoup de choses dans ce panier des secrets d'Etat. Et ce n'est un secret pour personne, les organes de la filière café-cacao ont été des plus actifs pour ramener la paix en Côte d'Ivoire.

Avec ce procès qui ne vient toujours pas et avec les preuves que la justice ivoirienne est supposée avoir rassemblées aujourd'hui, des interrogations fusent. Toutes les personnalités privées de leur liberté dans le cadre de cette opération ne constitueraient-elles pas le coupable idéal à présenter à la communauté nationale et internationale pour se donner bonne conscience ? La Côte d'Ivoire ne chercherait-elle pas à se tailler une image de la République qui corrige ses enfants qui se sont montrés indignes ? En tout cas, beaucoup d'Ivoiriens ont aujourd'hui la nette impression que ces hommes et ces femmes ont été arrêtés pour servir de moutons du sacrifice lorsqu'ils regardent, avec du recul, la façon dont les choses se passent.

La mise systématique sous mandat de dépôt des prévenus, la nomination de deux experts par le juge pour prouver les faits sur une période de deux mois, la convocation de cinq ministres en qualité de simples témoins, la création d'un comité de gestion de la filière café-cacao, etc. Pour ces Ivoiriens-là, la justice ivoirienne, qui a eu recours aux médias dès le début de cette affaire, veut présenter dans l'opinion publique, les accusés comme les condamnés avant même de les avoir jugés.

Pour eux, la justice maintient inutilement en prison des personnalités de la filière café-cacao, qui présentent des garanties de disponibilité. Ils estiment qu'une liberté conditionnelle aurait amplement suffi. Malheureusement, cela n'a été possible et des personnalités de leur rang viennent de passer leurs premières fêtes de fin d'année dans les « sous-sols de la République » sans qu'aucune date du procès ne leur soit signifiée. On se demande pourquoi.

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