Sud Quotidien (Dakar)

Guinée: Persécution ou mise en oeuvre des promesses

Madior Fall

2 Janvier 2009


Persécution « ethnique » ou mise en oeuvre des promesses déclinées solennellement de faire « rendre gorge » ceux qui ont pillé le pays ?Le capitaine Moussa Dadis Camara s'en prend-il seulement aux anciens dignitaires peulhs ? Cellou Diallo, Président de l'Union des forces démocratiques de la Guinée (Ufdg) et ancien Premier ministre du président défunt, Lansana Conté était hier, jeudi 1er janvier 2009« assiégé » par une escouade militaire. Tandis qu'on apprenait dans le même temps que le domicile de Sylla « l'ami milliardaire » de Konté avait été perquisitionné.

Un Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd), dirigé par le capitaine Moussa Dadis Camara, a pris le pouvoir en Guinée, le 23 décembre, quelques heures après l'annonce du décès du président Lansana Conté. Les putschistes ont annoncé une transition de deux ans devant aboutir à une élection « libre et transparente ». Au moment où nous mettions hier, jeudi 1er janvier de l'année nouvelle sous presse, le domicile de Cellou Diallo, président de l'Ufdg, ancien Premier ministre du défunt président, était assiégé apprenait-on, depuis Dakar. Une escouade de militaires était venue, ont rapporté des témoins sur place joints au téléphone, « l'amener de force » répondre à une convocation au camp Alpha Yaya Diallo. Pourquoi et à qui ? Les sources contactées étaient incapables de répondre à ces deux questions. Elles ont informé néanmoins sur la résistance des « partisans de Cellou et des voisins qui refusaient que l'ancien Premier ministre soit amené manu militari au camp et s'opposaient ainsi aux militaires ».

Une résistance si vivace hier qu'elle a finalement obligé les militaires à rebrousser chemin, bredouilles. N'empêche, le nouvel homme fort de la Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara qui a pris le pouvoir le 23 décembre dernier, déroule. Il avait promis des audits transparents sur la gestion de l'ancien régime et de faire rendre gorge à tous ceux qui auraient pillé le pays pendant tout le règne de Lansana Konté. Cellou Diallo, l'ancien PM peulh de Konté sera-t-il le premier à passer à la « guillotine » ? Après lui, qui d'autres ? Y'a-t-il des relents ethnicises dans l'action des militaires ?

Que nenni, s'écrie le Pr. Alpha Kondé du Rassemblement populaire de Guinée (Rpg). L'éternel opposant s'inscrit totalement en faux contre « des allégations de ce genre qui veulent ramener le problème à un niveau qui n'honore pas la classe politique guinéenne. Il n'y a aucun relent ethnique dans la décision des militaires. Il se trouve que tout le monde en est témoin, le peuple a réclamé des audits sur les crimes économiques commis par des gens du temps de Conté. On criait partout : audit...audit ! Les militaires ont promis de mettre sur pied une commission indépendante d'enquête chargée de réaliser ces audits. Il est donc normal que ceux qui ont eu à gérer répondent de leur gestion. Il ne s'agit que de cela. Maintenant dire que c'est le temps des Peuhls me semble être une hérésie.

Les formations politiques ne connaissent pas les ethnies, elles sont ouvertes à tous les Guinéens sans distinction de religion, de race, d'ethnie et de sexe. C'est vouloir noyer le poisson que d'évoquer la question ethnique dans cette affaire. Est-ce qu'au Sénégal, vous accepterez que l'on dise c'est maintenant le temps des Diolas, Bambaras ou que sais-je encore ? ». Pour le dirigeant guinéen, le combat est ailleurs. « Il est plutôt sur l'assainissement des mà "urs politiques, le retour rapide à une gouvernance démocratique des institutions, des élections libres, transparentes et démocratiques. Toute chose qui devrait polariser notre attention en lieu et place de déclaration à l'emporte-pièce. Pour le moment les militaires ont pris des engagements intéressants ».

Soit, mais, note notre confrère. I. D d'une radio privée n'en relève pas moins « le caractère d'exception du régime. Des soldats ont fait irruption ce jour au domicile sis à Dixinne (un quartier résidentiel de Conakry Ndlr) de l'ancien PM, Cellou Diallo. Ils sont confrontés à la résistance des voisins et des partisans du Secrétaire général de l'Ufdg. Dans les prochains jours, on saura où veulent en venir les militaires. On note simplement que des gens sont interpellés de plus en plus ». Les tentatives de joindre le dirigeant guinéen ont été vaines. Son cellulaire était inaccessible tandis que son téléphone fixe ne décrochait pas. On apprenait également que le domicile de Sylla « l'ami milliardaire » élargi à l'époque de prison par le chef de l'Etat en personne aujourd'hui décédé, avait été perquisitionné récemment. L'homme interrogé, minimise, mais des observateurs guinéens disent qu'il est dans le collimateur des nouveaux maîtres du pays. Le camp Alpha Yaya Diallo comme celui de Boiro de triste mémoire, va-t-il reprendre du service ?

Wade diffère ses « condoléances »

Le président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade qui, selon des sources généralement bien informées, devait se rendre à Conakry le mercredi 31 décembre pour « présenter ses condoléances » au peuple guinéen et se recueillir sur la tombe de celui qui passait pour être « une bonne et cordiale relation » pour lui et du Sénégal a annulé in extremis sa visite éclaire. « C'est au moment où le protocole civil et militaire était en place pour accueillir le président Wade à l'aéroport que l'ambassadeur sénégalais en Guinée est arrivé pour dire que la visite était reportée à une date ultérieure qui sera communiquée ».

Un communiqué lu sur les coups de 21 heures 30 hier à la télévision nationale sénégalaise s'en explique le plus officiellement du monde. Si le président sénégalais affirmait, selon le communiqué lu qu'il a apporté son appui au jeune capitaine face aux atermoiements des dirigeants guinéens et du vide qui se créait, c'était à condition qu'il respecte ses engagements. Le Sénégal « ne soutient pas un régime militaire » en Guinée, mais une « transition démocratique » devant mener à la tenue d'élections libres et transparentes, avait indiqué, le mardi 30 décembre dernier, le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio aux Sénateurs qui s'inquiétaient de la sortie du président Wade à RFI, paraissant donner l'onction aux camarades du capitaine Dadis qui l'avait appelé « Papa ».

« Lorsque vous avez décidé d'assumer le pouvoir en Guinée après le décès du Président Conté et les hésitations du Président de l'Assemblée nationale, vous m'avez expliqué que, par votre geste, vous aviez voulu écarter les risques de confrontations entre militaires, entre ethnies, entre partis politiques, entre les différentes factions de la société civile et vous m'aviez demandé de vous soutenir dans votre volonté de réunir immédiatement toutes les composantes de la société guinéennes pour fixer, avec les partis politiques, une date pour les élections générales. Vous avez ajouté qu'aussitôt les résultats proclamés, vous installeriez le nouveau Président élu et retourneriez à la caserne. Je vous cite « la place des militaires est à la caserne et non au pouvoir », a déclaré hier, le président sénégalais s'expliquant sur le report de son voyage éclair en Guinée. Et d'ajouter, « (...) je n'ai pas connaissance que vous ayez fixée avec les partis politiques la date des élections. C'est pour ces raisons que j'ai différé le voyage que je devais faire à Conakry ».

La cause était entendue d'autant plus qu'avait martelé aux Sénateurs en session, Cheikh T. Gadio : « Tant que Sénégal sera sous le régime démocratique qui le caractérise, on ne cautionnera jamais un coup d'Etat miliaire. En Guinée, on soutient une transition démocratique devant mener à la tenue d'élections libres et transparentes ». « Beaucoup de partenaires nous ont demandé des explications après notre choix sur la situation en Guinée. Nous sommes contre toute prise de pouvoir par les armes. Le Sénégal ne pense pas qu'il y ait un bon et un mauvais coup d'Etat", avait-il répété.

Cette position sénégalaise plus conforme aux professions de principe et de « droit » de l'Union africaine ainsi que le renvoi sine die de la visite éclaire de Me Wade ont-t-ils amené finalement le putschiste guinéen à se rendre d'abord chez « un voisin camarade » avant de venir au Sénégal qui a pourtant fait preuve de beaucoup plus de compréhension ? Même si de sources guinéennes, le nouvel homme fort guinéen n'avait pas encore quitté hier, jeudi 1er janvier Conakry jusque sur les coups de 16 heures, pour Ouagadougou, on avance que sa première visite hors du pays est pour le président burkinabé, Blaise Compaoré dans la capitale duquel, il était attendu. On signale également qu'il se serait entretenu au téléphone avec le guide libyen. Chose tout à fait compréhensible au regard des importants intérêts libyens dans ce pays.

Liens Pertinents

Pour l'heure, le président Wade se veut, quant à lui, Saint Thomas, il désire juger sur pièce. S'adressant au capitaine putschiste : « Je suis dans les mêmes dispositions car je pense que, dans la mesure où votre volonté clairement exprimée est d'organiser des élections avec les partis politiques dans les plus brefs délais, vous méritiez d'être soutenu. Surtout que le pouvoir n'était entre les mains de personne mais dans la rue.

Dans toutes mes déclarations après avoir demandé que l'on soutienne votre comité, j'ai ajouté "prenons-les au mot". C'est ce que je suis en train de faire, c'est-à-dire vous accorder la confiance quant à votre engagement ». Il ne rendra visite aux nouveaux tenants du pouvoir en Guinée que quand ces derniers auront fixé la date des élections. Il risque d'attendre longtemps.

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