Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Bagarre autour d'un titre foncier-Un policier et un fils du patriarche trouvent la mort

Abdoulaye Fall

2 Janvier 2009


L'histoire déclenchée le 30 Décembre dernier, en plein centre ville dans le quartier populaire de Léona a finalement tourné au drame. L'un des cinq (5) policiers blessés lors des accrochages intervenus durant l'opération d'expulsion par les éléments du commissariat central, a succombé le 31 Décembre dernier au petit matin à ses blessures.

Quelques heures après le décès annoncé du policier blessé durant l'opération d'expulsion, le jeune Moussa Sidibé, un des fils du défunt Mamadou Sidibé s'est suicidé, en se jetant dans les roues d'un camion-citerne roulant, à quelques dizaines de mètres de chez lui. Même si on se refuse aujourd'hui de parler d'une nouvelle bévue policière, ou d'un abus d'autorité venu des limiers, cette affaire qui a opposé la famille Sidibé à un des neveux de leur père, est entre les mains de la justice, et n'a pas encore connu de verdict.

C'est le 13 Janvier prochain que les deux parties devraient se retrouver devant la barre pour une énième audience, et un compte rendu opposé des faits à l'origine de cette crise issue d'une même famille sera fait. D'après certains témoignages recueillis auprès des membres proches de ce cercle familial, ce contentieux qui vient de connaître sa première série noire, date de 96, après la mort du père Mamadou Sidibé.

Commerçant de son vivant, ce dernier, dit-on, avait connu beaucoup de perturbations dans ses activités ; et lorsqu'il était question de relancer son commerce et redynamiser son chiffre d'affaires, il aurait contracté un prêt dans une banque de la place en gage de son titre foncier. Durant les années qui s'en sont suivies, il aura procédé régulièrement au remboursement de cet argent d'une manière périodique. Mais le respect du contrat qui le liait à cette institution financière, s'est finalement heurté à la maladie qui l'a conduit à la mort.

Même si en ces mêmes moments, il éprouvait encore la volonté de régulariser ses impayés, le vieux Mamadou Sidibé, vaincu par l'âge, ne pouvait plus poursuivre ses activités. Il avait décidé finalement de renoncer au commerce qui lui avait tout donné. En tant que bon client, ayant toujours respecté ses contrats et autres engagements vis-à-vis de la banque, la direction lui avait suggéré de trouver un proche qui serait en mesure de rembourser à sa place.

Cette proposition lui aurait été expressément faite pour sauver ce titre foncier assurant le logis à une large famille de plus d'une vingtaine de membres. La seule personne qui lui était venu à l'esprit était son neveu exilé en France qu'il avait lui-même élevé, propulsé dans le commerce et envoyé à l'extérieur. Non seulement, celui-ci couvrait une bonne partie de ses charges médicales, mais surtout parce qu'il était pour lui un complice.

A l'époque, la somme qui se chiffrait à 5 millions de nos francs était remboursée par son neveu. Les années passèrent, et à la mort du vieux Mamadou Sidibé, les choses se sont davantage compliquées. Le neveu, qui revenait un jour d'un voyage, avait sommé la famille à déguerpir, prétextant que cette concession était devenue sa propriété, et que le vieux n'avait point épuisé le remboursement de la somme qu'il lui devait, et que par conséquent, il lui avait donné en gage la maison.

Entre temps, nous signale-t-on, un autre fils du vieux Mamadou Sidibé, vivant en Europe, reprenait en main cette même procédure de remboursement. Mais après seulement deux mois de versement, le neveu lui avait ordonné d'arrêter, en lui indiquant qu'il n'avait plus besoin d'argent, mais plutôt du titre foncier.

Pour rappel, les incidents remontent au 30 décembre dernier quand les éléments de la police centrale de Kaolack avaient débarqué vers 7 heures dans cette concession et tenté d'expulser ses occupants.

Épaulés par un maître huissier de justice, ces agents de sécurité avaient fondu comme du beurre sur le feu laissant ainsi derrière eux leurs armes, casquettes, bref tout le matériel dont ils s'étaient servi au moment de la descente, à cause de la nature des affrontements. Arrivés devant l'entrée de la maison, les forces de l'ordre avaient trouvé une porte enfermée, et une famille à peine réveillée. Le menuisier métallique qu'ils avaient sollicité pour défoncer la porte, avait refusé de collaborer pour avoir entretenu avec cette famille un bon voisinage pendant de longues années.

L'un des occupants de la maison leur avait demandé l'objet de cette visite inopinée, et ensuite l'autorisation devant légitimer l'expulsion de la famille. C'est en ce moment là que les incidents avaient débuté. Les forces de police avaient usé de la force pour progresser vers l'intérieur de la concession, mais les membres de la famille s'étaient mobilisés autour d'une riposte, et pendant plus d'une demie-heure, des affrontements sanglants s'étaient produits, faisant couler beaucoup de sang.

Malgré l'explosion des grenades lacrymogènes lancées qui avait rendu l'air irrespirable et provoqué la dissuasion des personnes venues par curiosité, les membres de la famille Sidibé s'étaient dressés en de véritables chiens de garde, interdisant ainsi tout accès à l'enceinte de la maison. Évitant que le pire ne soit arrivé, les agents de police s'étaient retirés en catastrophe. Cinq d'entre eux ont été sauvagement blessés et conduits quelques instants après dans les pavillons de l'hôpital régional El Hadji Ibrahima Niasse.

Ces incidents malheureux et regrettables sanctionnés par une perte de deux (2) vies humaines, ont plongé les populations de Kaolack dans la consternation et nourri un sentiment de regret général. Les populations se posent beaucoup d'interrogations. Comment l'expulsion d'une famille tout entière pouvait se faire au moment où l'affaire l'opposant à une partie donnée n'était pas encore délibérée par le tribunal de première instance ? Est ce que la hiérarchie était mise au courant de ces opérations ? Est-ce que les agents de la sécurité publique au moment de la descente étaient munis d'une autorisation ? Est-ce que cette autorisation était remplie en bonne et due forme ? Pourquoi la famille a eu cette forte audace de s'opposer aux policiers, à part tout agents de sécurité de l'état ? En tout cas, partout dans les différents lieux publics, les conversations tournent autour de cette affaire qui à la limite reflète beaucoup de zones d'ombre.

Au moment où le corps du policier tué a été acheminé à Dakar pour les besoins d'une autopsie, le calme semble revenir au sein de cette famille qui doit aussi s'occuper de l'enterrement du jeune Moussa Sidibé, cet élève de terminale, mort par suicide.

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