L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Ghana: Fifty-fifty en faveur de John

Lobservateur

4 Janvier 2009


L'heure de John Atta-Mills a-t-elle sonné ? titrions-nous dans notre éditorial quotidien (Regard sur l'actualité) à la veille de la présidentielle ghanéenne dont le premier tour a eu lieu le 7 décembre dernier. Depuis le samedi 3 janvier 2009 peu avant midi, la réponse à cette interrogation est connue.

En effet, le candidat du National Democratic Congress (NDC), parti d'opposition, John Evans Atta-Mills, après avoir échoué à deux échéances électorales (2000 et 2004), a finalement remporté le scrutin face à son challenger, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo du New Patriotic Party (NPP), la formation politique au pouvoir depuis huit ans. Plus de 12,8 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dans 22 000 bureaux de vote pour, d'une part, désigner un successeur au président John Kufor, qui tire sa révérence comme le prévoit la Constitution après deux mandats de 4 ans chacun à la tête de l'Etat et, d'autre part, choisir 230 députés en vue de renouveler le Parlement.

Huit candidats étaient en lice pour la magistrature suprême, mais le scrutin s'est joué entre deux d'entre eux, tous deux juristes, issus de formations politiques solidement implantées dans le pays : Nana Akufo Addo, un avocat du parti au pouvoir (NPP), et John Atta-Mills, un spécialiste de droit fiscal du NDC. Selon les résultats rendus publics par la Commission électorale nationale trois jours après le vote du premier tour, le joker du parti au pouvoir arrivait en tête avec 49,13% des suffrages (4 159 439 voix) contre 47,2% (4 056 634 voix) pour l'adversaire principal.

Faute de majorité absolue, les deux prétendants au fauteuil présidentiel devaient se rencontrer pour un second tour, qui les départagerait définitivement. Deux semaines après le premier round, les Ghanéens sont donc retournés dans les isoloirs pour choisir entre les deux sexagénaires (ils ont chacun 64 ans) celui qui doit diriger le pays dans les quatre années à venir. Le scrutin a eu lieu le 28 décembre dernier et a donné une longueur d'avance de 23 000 voix à John Atta-Mills. Mais les jeux n'étaient pas faits, puisque, pour des problèmes logistiques, les électeurs de la circonscription de Tain au Centre-Ouest du Ghana n'avaient pas pu exercer leur droit de vote.

Cette localité était l'attraction, car son vote, qui sonnait comme un troisième tour, était déterminant pour les candidats, lesquels étaient au coude-à-coude. L'ancien ministre des Affaires étrangères, Nana Akudo Addo, pour combler son retard, avait l'obligation de l'emporter largement dans cette circonscription de 53 000 électeurs. Ce ne fut pas le cas, et c'est finalement le professeur John Atta-Mills qui a été élu président avec 50,23% des suffrages exprimés contre 49,77% pour Nana Akudo Addo, qui voit son rêve de s'asseoir sur le siège qu'avait occupé son père, Edward Akufo Addo (1970-1972), brisé. Naturellement, Rawlings savoure sa victoire, car le nouvel élu fut son vice-président (1997-2000) et apparaît comme son Medvedev (en Russie).

Après avoir réussi une alternance pacifique en 2000 et élu deux présidents respectant la fin de leur mandat sans réviser la Loi fondamentale pour rester au pouvoir ad vitam aeternam, comme c'est le cas au Burkina Faso, au Gabon, au Cameroun au Tchad, en Tunisie ou en Algérie, l'ancienne "Gold Coast" se présente comme un exemple de démocratie en Afrique. Une exception sur un continent où la compétition électorale est systématiquement émaillée de fraudes et de violences. Cette présidentielle était un test de maturité pour le Ghana depuis l'ouverture démocratique.

L'élection de l'opposant John Atta-Mills permet de faire les constats suivants :

le nouveau locataire du "Castle Osu", le palais présidentiel, était face à un adversaire appartenant au groupe ethnique majoritaire, les Ashantis, réputés pour leur pouvoir économique. Cet épouvantail ethnique n'a pas considérablement influencé le vote, chaque candidat ayant obtenu des victoires dans la région originelle de l'autre : le pays Ashanti et la région de la Volta. C'est dire que le clivage Nord/Sud n'a pas joué ;

le scrutin s'est déroulé dans le calme sur l'ensemble du territoire. En dehors de la manifestation des partisans du parti au pouvoir, le NPP, brandissant bâtons et machettes, laquelle a été dispersée par la police, on n'a pas enregistré d'incident majeur.

La constestation du parti au pouvoir, qui crie à la fraude, est d'ailleurs un signe de vitalité démocratique, dans la mesure où, en règle générale, c'est l'opposition qui conteste les élections et se fait mater par les forces de sécurité ;

le NPP avait demandé le blocage de la proclamation des résultats tant qu'une enquête n'aurait pas été menée sur des incidents qu'il affirme avoir relevés dans la région de la Volta lors du second tour. Mais les juges ont décidé de statuer sur la question et de rendre leur verdict ce lundi 5 janvier alors que les résultats doivent être rendus officiels deux jours auparavant.

Un second recours avait été déposé par le NPP pour empêcher la tenue du vote dans la circonscription de Tain. N'ayant pas obtenu une injonction de la justice, la Commission électorale a organisé le vote qui a permis, comme on le sait, à l'opposition de remporter le scrutin. C'est dire que la séparation des pouvoirs est une réalité au Ghana. Sous d'autres cieux, le pouvoir judiciaire ne manquerait pas d'argument pour trancher en faveur de la formation politique aux affaires ;

l'attitude des candidats eux-mêmes : d'une part, il y a les perdants, dont l'homme d'affaire Papa Kwesi Nduom, qui a obtenu 1,3% des suffrages exprimés, lesquels ont immédiatement reconnu leur défaite. Ailleurs quand bien même ils savent que leur score ne peut être qu'anecdotique, les opposants se fendent en déclarations pour dénoncer des fraudes massives ; d'autre part, les deux élus pour le sprint final ont tenu des discours dépouillés de haine et qui assuraient qu'ils accepteraient le verdict des urnes. Et ce fut le cas à la proclamation des résultats samedi dernier en fin de matinée.

Et il faut saluer la sagesse du perdant et loué son sens des responsabilités pour avoir trouvé les mots justes pour calmer ses militants chauffés à blanc. C'est ça, un homme d'Etat. Pour l'instant, son heure n'est pas arrivée, et il a promis d'Å"uvrer à la paix.

enfin le président sortant, John Kufuor, a joué sa partition, en appelant ses concitoyens au calme, à la retenue et en demandant le respect du calendrier constitutionnel, qui fixe à mercredi prochain la passation du pouvoir à son successeur.

Ainsi, le Ghana, qui se singularise par une alternance régulière au niveau de l'Exécutif et du Parlement, par une vie politique caractérisée par un débat d'idées non empreint de régionalisme, d'éthnicisme ou de divergence religieuse, par une absence de violences postélectorales, est devenue une référence démocratique. Classé comme l'un des meilleurs élèves de la classe en Afrique par la Banque Mondiale, il jouit, en plus de cette situation socio-politique stable, d'une bonne santé économique, qui pourrait se consolider avec la découverte du pétrole aux larges de ses côtes, qu'il se prépare à extraire en 2010.

Ghana: John Atta-Mills est élu

Quand on sait que l'or noir, objet de beaucoup de convoitises, s'accompagne souvent de crises sous nos tropiques, il faut espérer que l'ancienne colonie britannique, indépendante depuis 1957 sous la houlette de Kwamé N'Krumah, ne sombre pas dans ces tares propres à l'Afrique. Bien au contraire, la manne pétrolière doit contribuer à l'élévation du niveau de vie et à l'amélioration des conditions d'existence des Ghanéens.

L'avenir est entre les mains du protégé de Rawlings, qui a une lourde tâche, car le pays est divisé en deux au regard des résultats du scrutin, pratiquement "fifty-fifty", comme on dit. Il doit donc travailler à rassembler les Ghanéens comme, du reste, il l'a souligné dans son premier discours. Mais tous disent souvent cela après leur élection, mais font plus tard dans l'ostracisme.

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