M. Ibrahima Silla
5 Janvier 2009
billet
La Guinée vient de nous en donner la preuve une fois de plus. Le continent africain, en raison de la nature des régimes politiques et des modes de dévolution de l'autorité, est l'un des terrains féconds où les militaires aguerris aux incursions violentes dans le champ politique, ont souvent décidé d'opérer des ingérences pour permettre des alternances, opérer des changements, établir des reconfigurations et transfigurations politiques les plus manipulables qui soient ;
bref faire tout ce que leurs fonctions ne les prédisposaient pas à remplir, sauf en situation de guerre ou de crise grave.
Cette conditionnalité reste tributaire le plus souvent de leur dépréciation subjective de l'ordre ou du désordre établis.
L'armée y est incontestablement de fait une force politique latente qui tend à se substituer aux structures politiques en instaurant un autoritarisme pourvoyeuse de concurrences, de tensions, d'intentions de restauration de nouvelles légitimités par d'autres renversements.
Il suffit de regarder les trajectoires politiques tragiques de nombre de pays africains, pour s'en convaincre. Pour Dominique Bangoura, « sa singulière et noble tâche de détenir légalement la force pour défendre la patrie, est déviée de sa trajectoire.
Sa finalité n'est plus l'ensemble des citoyens, et leur patrimoine commun (...) mais le pouvoir » . A la loyauté et à la discipline exigées se sont souvent substitué parfois l'adversité, bien souvent la complicité et trop souvent l'atrocité. La cagoule et le kalachnikov y ont souvent plus servi que le bulletin et l'urne.
Les militaires s'y posent souvent en dernier rempart pour revendiquer sans forcément convaincre une caution morale et une certaine éthique politiques qui feraient défaut aux structures politiques en place, civils ou militaires comme eux.
Non contents de rester des témoins silencieux de la politique menée qu'ils désapprouvent, les militaires ont souvent choisi de braver la neutralité insoumise liée à leur fonction et la subordination inconditionnelle dans laquelle ils sont placés pour s'inviter par effraction aux plus hautes instances de décisions et de directions organisant l'Etat.
Bien souvent pour y durer avec autorité sans être inquiétée par les résolutions et sanctions de la communauté internationale obligée de se résoudre à reconnaître cette « représentation » officialisée et imposée de fait ; trop souvent pour y être chassés par d'autres militaires plus ambitieux que révolutionnaires ; très rarement pour promouvoir les bases solides d'un régime démocratique sur les débris tragiques et dramatiques de la participation forcée.
Les militaires qui accèdent au pouvoir ont tous un argument de taille qui ne convainc pas, qu'ils objectent aux « donneurs de leçons occidentaux » en leur rappelant leurs héritages révolutionnaires qui les ont conduit à l'édification des principes du gouvernement représentatif et à la démocratisation de la vie politique, après qu'ils aient anéanti les légitimités du droit divin.
Dans ce cafouillis de légitimités improbables, de légalités introuvables et de représentativités irrecevables, les bases essentielles imperturbables de la démocratie étaient sans cesse réinventées, renégociées, réaménagées selon des formats personnels, ethniques et clientélistes aux destins éphémères.
En effet, l'ordre que les militaires, ces « messies en treillis » ont souvent cherché à établir dans ce continent s'est presque toujours soldé par une ingérence terrifiante et une oppression dictatoriale qui n'a engendré que des désordres politiques répétitifs, en raison de leur incapacité à enrayer la multiplication des coups d'Etats et à établir les bases réformatrices fondamentales d'une société offrant les gages solides et suffisants d'une saine démocratie, d'une justice sociale et d'une stabilité politique.
Le militaire en Afrique s'est souvent présenté comme la « bête noire » du politique. et la « baguette magique ou maléfique » de la politique, peinant longuement ou réussissant largement à réconcilier le civil et le militaire. Mais, tout n'est-il finalement qu'une question de tenue et de retenue ?
Après avoir démontré ce qu'ils valent, ne chercheront-ils pas à sortir de leurs camouflages pour montrer ce qu'ils veulent du pouvoir ? Auront-ils la sagesse d'accompagner les Guinéens « manu militari » jusqu'à la tenue des élections libres et transparentes ?
Ce qui n'est pas exempt de tout repos. Hélas !
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