Khalifa Ndiaye
3 Janvier 2009
Beaucoup en avaient entendu parler. Rares sont ceux qui connaissent la Pampa où l'on dit que l'homme est « rude, mais reste toujours courtois ». Alors, ce premier Dakar en Amérique latine (Argentine et Chili) offrira à ses participants l'occasion d'en connaître un bout. Plus habitués du Sahara, de l'Atlas marocain, du Ténéré, de l'Adrar etc. ils iront ensuite à la découverte de nouveaux lieux mythiques : plaines de Patagonie, désert d'Atacama ou Cordillère des Andes. Leur esprit d'aventuriers toujours fascinés par les grands espaces, sera comblé à travers les 9578 km (dont 5591 de spéciales, c'est-à-dire de secteurs sélectifs chronométrés), en 14 étapes qui s'offrent à partir de ce matin à leurs engins vrombissants et surpuissants et à leur poitrine bombée et tout tendue vers la ligne d'arrivée alors que celle de départ n'est même pas encore franchie.
L'épreuve promet d'être dure, a dit hier Etienne Lavigne, le directeur de l'épreuve, aux hommes et femmes qui seront aux commandes des 505 véhicules engagés (179 autos, 218 motos, 27 quads et 81 camions). Des températures très élevées sont annoncées sur le circuit et dès les premiers jours. Le parcours sera varié et difficile, a ajouté David Castéra, le directeur sportif qui sait de quoi il parle puisqu'ayant effectué les reconnaissances et tracé le circuit. « Vous trouverez dans ce Dakar, tout ce que vous cherchez », leur a-t-il prédit. Et dès ce matin, pour la mise en jambes Buenos Aires - Santa Rosa de la Pampa, la spéciale la plus longue pour une première journée (371 km), est au menu des concurrents. Demain, la montée en puissance se poursuit avec l'étape Santa Rosa - Puerta Madryn également annoncée très rapide.
Mais, certainement qu'on ne trouvera personne pour se plaindre dans le peloton. Le Dakar leur manquait. Deux années à attendre le départ ! Début 2008, à Lisbonne, la nouvelle de l'annulation de l'épreuve, la veille des premiers tours de roue, pour cause d'insécurité en Mauritanie où tout devait se jouer, avait eu l'effet d'une bombe. Depuis, les concurrents rongeaient leurs freins. Aujourd'hui, l'essentiel de ceux qui se sont illustrés ces derniers temps sur les pistes africaines sont partants. A commencer par les tenants des titres : Stéphane Peterhansel en auto, Cyril Desprès en moto et Hans Stacey en camions, tous sacrés donc en 2007. Ici, ils n'auront pas l'avantage de la connaissance du terrain. C'est « un parcours 100% Dakar », mais une découverte pour presque tous. Ils avaient envie d'explorer de nouveaux espaces, ils seront servis...
Bivouac Chronique d'un Dakarien : Escapade
De Buenos Aires : Un Dakar sans Dakar, on en avait déjà connu en 1922 lorsque la caravane partie du Château de Vincennes à Paris avait rallié Le Cap en Afrique du Sud. Même un Dakar sans l'Afrique noire, en 2003 avec un inédit parcours Marseille - Sharm el Sheikh en Egypte. Cette année, c'est l'Afrique toute entière qui sort du tracé de plus célèbre des rallyes - raids au monde. Cap sur l'Amérique latine, en Argentine et au Chili. Il faut reconnaître que la zone d'évolution africaine du Dakar s'est considérablement rétrécie ces dernières années.
L'Algérie avait, la première, disparu de la carte en 1993. Puis le Niger en 2000 ; ensuite vint le Mali. Jusque là, il était toujours possible de s'accommoder d'un circuit assez intéressant pour perpétuer la Légende du Dakar. Mais, dès qu'il est apparu, l'année dernière, qu'il était aussi devenu dangereux de traverser la Mauritanie qui traditionnellement donne le plus de piquant à la course, il fallait changer d'horizon. C'est ainsi que le Dakar a été emmené à traverser l'océan Atlantique. Car, c'eut été possible de disputer 12 étapes au Maroc, de traverser en deux jours la Mauritanie du nord au sud sur sa partie ouest sous la surveillance lourdement armée de 3000 à 4000 militaires, avant d'attaquer les deux dernières manches au Sénégal.
Mais cela aurait ressemblé à quoi ? A tout sauf à du sport, ont certainement jugé les organisateurs de la course qui ont finalement choisi de « s'exiler » en Amérique du Sud. Pour combien de temps ? La question reste ouverte. Le Dakar, selon ses responsables, a aussi une vocation de découvreur de territoires nouveaux. Il est attiré par l'inconnu comme en attestent les 30 pays qu'il a déjà traversés. Et autant il affiche clairement sa volonté de revenir sur les terres africaines qui ont fait sa réputation, autant il ne s'interdit aucune escapade du genre qu'il s'apprête à vivre à partir d'aujourd'hui.
Pour le moment, l'heure est à l'AmSud (et, soit dit en passant, à GMT - 2). Et sur ces terres d'enthousiasme, on n'est pas peu content d'accueillir le plus célèbre des rallyes - raids au monde. En 2 jours, plus de 80 000 personnes ont rendu visite aux occupants de la Rural, le parc d'exposition du centre de Buenos Aires qui abritait les vérifications techniques et administratives. Et sur le trajet, à partir de ce matin, des Zones Public sont prévues sur toutes les spéciales, pour permettre au maximum de fans de sports mécaniques de voir passer la caravane. Succès populaire assuré donc. Succès sportif espéré avec la présence de l'essentiel des grosses écuries. Tout baigne sous le soleil estival de Buenos Aires...
ECHOS... ECHOS...
Podium : Pour dire « au revoir et à bientôt » aux populations de Buenos Aires, les participants à ce premier Dakar en terre sud américaine, sont passés hier soir sur l'imposant podium dressé pour la circonstance sur l'avenue du 9 de Julio. Un premier contact avec le public et du spectacle, mais pas trop quand même. Puis, retour au parc fermé en attendant le grand départ, ce matin. En espérant être de retour dans 15 jours après avoir poussé une pointe jusque sur la côte de l'Océan Pacifique, à Valparaiso au Chili.
Qu'est-ce que cela va donner pendant la course ? Un confrère belge habitué du Dakar s'est posé cette question, hier, en salle de presse à Buenos Aires, lorsqu'il a entendu un radio - reporter argentin hurler dans son micro à se péter les cordes vocales. C'est vrai que le gars est nouveau sur le circuit. De bonnes occasions de donner de la voix, il en aura pendant les 2 semaines à venir. Alors, il faudra certainement se boucher les oreilles. Le Sénégal, c'est en Australie ? L'Argentin d'un âge respectable qui nous a ainsi interpellé avant-hier, n'avait pas dû être un crack en géographie dans sa jeunesse. C'est même à se demander s'il suit la marche du monde.
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