5 Janvier 2009
La banane, l'un des principaux produits d'exportation au Cameroun devrait mieux se comporter en 2009. Selon la dernière note de conjoncture du Groupement inter patronal du Cameroun, (Gicam), après une légère tendance à la baisse observée depuis deux ans, la production camerounaise de la banane a connu une hausse bien visible en 2007. Entre janvier et novembre 2007, 221 432 tonnes de banane ont été exportées, contre 186 158,1 tonnes pour la même période en 2008. En 2008, 270 000 tonnes de banane devraient être exportées.
Une bonne performance qui se justifie par une hausse des cours (18%) sur le marché international. Pour ce qui est des perspectives, les observateurs s'attendent à ce que le secteur de la banane camerounaise tire d'importants bénéfices grâce aux Accords de partenariat économique (Ape). Avec la signature des accords d'étape, avec l'Union européenne, les licences et autres quotas d'importations jadis imposés sur la banane camerounaise entrant sur le marché communautaire (Union européenne) ont été supprimés dès janvier 2008. Toute chose qui augure de meilleures perspectives pour les producteurs de banane au Cameroun. Des lendemains prometteurs donc pour la banane camerounaise en 2009.
Le café, le cacao et le coton dans la tourmente
Du côté du conseil interprofessionnel du cacao et du café, l'optimisme semble beaucoup plus mesuré. Et pour cause, les chiffres ne sont guère encourageants. L'on note une évolution assez timide de la production cacaoyère. La campagne 2008 /2009 démarre plutôt timidement. Après deux mois, la production commercialisée est de 4 916,7 tonnes alors qu'elle était de 13 045 tonnes en décembre 2007.
Cette performance mitigée de la filière cacao s'expliquerait par la chute des cours sur le marché international. L'enthousiasme des planteurs a cédé place à un découragement. Même si du côté de l'interprofession, l'on veut toujours y croire (avec la montée de nouvelles plantations, une meilleure organisation du circuit de commercialisation, et la mise en place des marchés et des infrastructures de stockage), les spécialistes s'accordent sur le fait que le marché du café et du cacao sera l'un des plus touchés par la récession qui s'annonce en Europe et aux Etats-Unis. Vu sous cet angle, la filière cacao risque de connaître une autre traversée du désert en 2009. En tout état de cause, le conseil inter professionnel du cacao et du café estime que la production camerounaise de cacao devrait atteindre 217 000 tonnes en 2009.
Pour ce qui est du café, la tendance baissière enregistrée durant la campagne 2007/2008 risque de s'accentuer. A la fin septembre 2008, la production du café robusta n'était que de 22 294 tonnes contre 35 493 tonnes à la même période de 2007. La filière coton n'est pas mieux lotie. En deux ans, la production camerounaise a baissé de près de 47,3%. Une situation liée à la baisse des cours mondiaux. Même si l'on doit quand même signaler que pour les neufs premiers mois de 2008, les cours ont augmenté de l'ordre de 25% On justifie cette baisse exponentielle par la flambée du prix des engrais, un intrant incontournable pour la production de ce produit. De l'avis des experts, 2009 ne sera pas plus rayonnant pour le marché du coton. La Chine, gros consommateur du coton mondial envisage de confiner sa demande. La Sodecoton l'a compris et envisage de diversifier sa production par le raffinage couplé de l'huile de palme.
L'activité industrielle tributaire de la conjoncture internationale
La dernière assemblée générale du Syndicat des industriels du Cameroun (Syndustricam) a été l'occasion pour ce syndicat patronal de s'inquiéter vertement sur la baisse des activités industrielles au Cameroun depuis quelques années. Une tendance qui ne semble guère s'inverser en 2009. L'environnement économique mondial n'étant pas propice à toute activité industrielle. Bien avant, le groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) avait sur la base d'un échantillonnage de ses membres, observé que la production industrielle a baissé au cours des deux derniers trimestres (-0,7% au cours du premier trimestre 2008, -0,2% au second).
Pour ne prendre que la fin du 1er semestre 2008, l'indice de la production industrielle enregistre un recul de 3,0 % par rapport à la même période en 2007. La conjoncture économique mondiale n'est pas étrangère à cette situation. Le coût du fret, la cherté des matières premières sont des indicateurs de ce que l'année 2009 ne sera pas une année facile pour les industriels camerounais. Encore que le gouvernement camerounais tarde toujours à apporter des réponses efficientes à certains préalables posés par les acteurs du secteur privé, des préalables nécessaires pour la consolidation d'un tissu industriel fort et compétitif.
Il s'agit de la question énergétique, la pression fiscale, les infrastructures et la bonne gouvernance. Le seul motif d'espoir pour l'activité industrielle au Cameroun reste le démarrage en 2009 de certains grands chantiers structurants : le projet d'extension d'Alucam, la construction du barrage de Lom Pangar, le projet du transfert du Chantier naval industriel de Douala pour Limbe, le projet d'extraction du fer de Mbalam Et même pour le démarrage effectif de ces projets, il faut bien que les pouvoirs publics camerounais fassent montre d'une réelle volonté d'industrialiser le pays.
Commerce et services : où sont passées les commandes ?
Dans le secteur des services, les derniers chiffres publiés par le Groupement professionnel des acconiers du Cameroun (Gpac) montrent une relative santé des activités au port de Douala. Selon le Gpac, le trafic s'est accru de 13,1% au cours des neufs premiers mois de l'exercice 2008, dont 2,3 % à l'exportation et 18,8% pour les importations. Cette performance moyenne du trafic maritime ne devrait pas occulter la grave récession qui s'annonce. C'est au parc à bois du port de Douala que l'on peut toucher du doigt les conséquences de la crise financière qui secoue l'Europe et les Etats-Unis. Des bois en attente d'exportation jonchent le parc à bois. Selon les économistes, l'activité d'exportation vers le vieux continent va connaître un net ralentissement. Ce qui ne manquera pas de se ressentir sur le trafic maritime au port de Douala, tout comme les importations.
Quelques chiffres pour l'illustrer. En 2008, les exportations ont globalement bénéficié de la flambée des cours des produits agricoles et du pétrole brut. Pour ne parler que du pétrole brut, les exportations ont augmenté de 11,1%. Tandis que pour les importations, certains produits à l'instar des appareils mécaniques ou électriques ont enregistré des augmentations de l'ordre de 443%. Avec la récession annoncée, on pourrait assister en 2009 à une baisse des activités sur la place portuaire. Encore que le coût et les délais de passage influent déjà considérablement sur la destination de Douala. Les importateurs préfèrent de loin les ports de Libreville et autres Cotonou pour le débarquement de leurs marchandises.
Dans le domaine du transport ferroviaire l'essoufflement noté au premier semestre 2008 risque fort bien de s'accentuer. Le trafic de marchandises, principale source de recettes de la Camrail a diminué de 9,2 % par rapport à la même période de 2007, soit une baisse de 16,2% par rapport à 2006. En 2009, l'on ne s'attend pas à un regain d'activités dans le transport des marchandises entre le nord et le sud du pays.
Quid de l'inflation ?
Des tensions inflationnistes ont été observées au cours du 1er semestre 2008. Selon l'Institut national de la statistique (Ins), l'indice national des prix du détail à la consommation finale a progressé de 5,1 % en moyenne au cours de la période contre 1,0% pour la même période de 2007. Qu'en sera-t-il pour 2009 ? Les économistes s'accordent sur le fait qu'une récession aura pour principale conséquence une baisse de la demande interne. A première vue, - et la loi de l'offre et de la demande aidant - cela pourra profiter aux ménages. Encore faut-il que ces ménages disposent d'un pouvoir d'achat élevé pour s'offrir à moindre coût les biens et services produits par les entreprises. Et c'est là l'autre paire de manche.
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