Infos Plus Gabon (Libreville)
3 Janvier 2009
Libreville — Au Gabon, la Chine s'implante, vend, achète et investit. Au bénéfice de la croissance, certes, mais aussi au risque de la corruption organisée.
La Chine cherche, d'abord, du pétrole, bien sûr. Mais également du bois, du cuivre, du charbon, du zinc, de la bauxite, du phosphate, et aussi de l'aluminium, de l'acier. La demande chinoise a provoqué une formidable augmentation des produits de base sur les marchés mondiaux : au-delà du pétrole, l'acier, le zinc, le cuivre ou l'aluminium connaissent des inflations à deux, voire à trois chiffres.
La percée chinoise est encore plus spectaculaire en Afrique, comme le relève un rapport remis au ministère de l'Economie et des Finances par le cabinet BD Consultants. Le rapport est si inquiétant que les autorités gabonaises refuseraient de le publier ou même de le communiquer à d'autres ministères.
En fait, il n'y a guère d'illusions à se faire. La Chine ne pratique pas une aide désintéressée dont elle n'a pas les moyens. Elle n'a aucune occupation, ni guerre coloniale, à se faire pardonner. Les Chinois proposent donc ce qu'ils appellent des deals win-win (« accords gagnant-gagnant ») aux dirigeants africains.
Lesquels sont très heureux que cette diplomatie nouvelle soit délestée d'une morale qu'ils jugeaient souvent à la fois hypocrite et gênante pour « le business ». Ce n'est un secret pour personne en Afrique : qu'il s'agisse de pétrole, de zinc ou de bois, les Chinois sont fort disposés à verser les « commissions » requises, 20% des contrats quitte à endommager les forêts en déboisant sans respecter aucune règle de préservation forestière.
Du coup, il faut bien trouver des moyens pour que les Africains restituent, en produits ou en investissements, l'argent qui a été engagé pour les soulager de leurs matières premières.
La première méthode est simple : il s'agit de vendre aux Africains des produits chinois manufacturés. Ça tombe bien, la Chine produit en masse des vêtements - y compris des pagnes -, de la vaisselle, des casseroles, des motos, des jouets, des fournitures scolaires...
La Chine est aujourd'hui devenue le premier fournisseur de l'Afrique subsaharienne, avec plus de 10% de part de marché, devant l'Allemagne et la France.
Mais les accords avec la Chine favorisent un système d'échanges très déséquilibré : au total, la Chine exporte quatre fois plus vers l'Afrique que celle-ci vers la Chine Lorsque la Chine et le Gabon, par exemple, s'accordent pour autoriser l'obtention de visas aux citoyens des deux pays, il s'agit de quelques dizaines de Gabonais susceptibles de se rendre à Pékin quand des centaines de commerçants chinois s'installent à Libreville. De même, tout un commerce informel chinois a élu domicile au Gabon.
Mais le mécontentement - pour ne pas dire cette colère - des opérateurs économiques gabonais et autres Africains a peu de chances d'être écouté par le gouvernement gabonais.
On touche ici au troisième volet du système Chine-Afrique : les grands contrats. Les grands groupes de BTP chinois construisent des palais gouvernementaux, des parlements nationaux, et des routes.
Le rapport commandé par Bercy, en France, évalue à 40 milliards de dollars le stock d'investissements en cours sur le continent africain. Tant mieux pour les gouvernements qui achètent ces prestations à des prix défiant toute concurrence. Mais tant pis pour la main-d'oeuvre locale de pays où le taux de chômage atteint des sommets.
Initiée sur de telles bases, la percée chinoise en Afrique bloque tout développement local et durable, et favorise, au passage, la corruption dans les pays producteurs de pétrole et de matières premières.
Des pays dont les gouvernements apprécient par ailleurs de voir la Chine devenir peu à peu « une alternative à la bonne gouvernance », selon le bon mot d'un conseiller du Quai d'Orsay. Traduction plus directe dans la note interne du Quay d'Orsay : « Les programmes d'aide chinoise peuvent s'apparenter à une forme déguisée de corruption. »
Depuis cinq ans, la Chine est devenue le deuxième consommateur de produits pétroliers dans le monde, après les Etats-Unis, avec une demande totale de 5,56 millions de barils par jours. D'ici 2025, selon les projections américaines, la consommation chinoise en hydrocarbures devrait doubler.
Ce besoin en pétrole a poussé la République populaire à s'intéresser particulièrement au Soudan, à l'Angola, au Nigeria, à la Guinée équatoriale, à Sao Tomé-et-Principe, au Congo-Brazzaville, à la Libye et au Gabon.
Pékin est désormais le troisième acheteur du pétrole gabonais, derrière les Etats-Unis et la France. Il absorbe un quart du pétrole angolais  et se retrouve ainsi en concurrence directe avec les Etats-Unis, qui accaparent la moitié de la production de l'Angola.
L'Afrique, terrain réservé jusqu'alors des grandes compagnies pétrolières occidentales, doit compter avec le géant asiatique. En octobre 2004, la Chine avait obtenu, en échange d'aides financières, le droit d'acquérir une participation de 50 % dans un gisement angolais exploité auparavant par le pétrolier Shell.
Pékin est aussi un acquéreur boulimique de minerais et autres matières premières. Une bonne partie de la production forestière du Gabon était exportée en Asie, avant la crise financière internationale, principalement vers la Chine. Côté commercial, des sociétés chinoises gagnent désormais des marchés dans l'ancien pré carré français.
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