Le Nouveau Réveil (Abidjan)
Dieusmonde Tadet
3 Janvier 2009
interview
John Jay, animateur télé radio, promoteur d'évènements culturels, bien connu sur la place a été l'interlocuteur de notre équipe de reportage le mardi 22 décembre 2008. Dans un entretien tenu dans les locaux de "Général Prod", sa structure, le concepteur de "Coq-à-l'âne" porte un regard critique sur la RTI, la vie politique dans notre pays et propose une solution pour la sortie de crise.
Bonjour John Jay, nous voulons savoir les principales activités de "Général Prod", la structure que tu as créée.
A la demande de certains diffuseurs, on fait des reportages en Côte d'Ivoire. Dans ce cadre, nous travaillons avec beaucoup de grandes chaînes.Nous faisons aussi de l'assistance technique c'est-à-dire que quelqu'un vient en Côte d'Ivoire, il veut faire des reportages alors qu'il n'y est pas arrivé avec du matériel, nous mettons à sa disposition les moyens techniques. Notre première émission conçue par nous-même est "du coq-à-l'âne". A côté de tout ça, nous faisons du lobbying.
Jay, à quand la phase opérationnelle de "Tam Tam TV", la chaîne de télévision dont on a tant parlé?
Nous émettons depuis le 10 août 2008 en Europe. Aujourd'hui, nous faisons partie des chaînes de télévisions satellitaires qui sont connues en Europe. Mais ici, on ne peut pas émettre pour la simple raison que nous sommes respectueux des règles de notre pays. Quoique dans ce pays, ceux qui font le brigandage sont beaucoup pris au sérieux.
Mais pour l'instant, nous on suit notre ministre de tutelle qui est en train de se battre comme un beau diable pour que le secteur de l'audiovisuel soit libéralisé de façon pratique. Parce que théoriquement, on dit qu'il y a des lois qui existent. Maintenant il faut les mettre en application et permettre à d'autres Ivoiriens de regarder d'autres télévisions faites par des Ivoiriens.
Je veux dire qu'aujourd'hui, le cadre que le ministre de la Communication crée nous permet d'être optimiste. Si on le laisse finir, en tout cas, ce qu'il est en train de faire, je pense que beaucoup de jeunes Ivoiriens vont avoir l'opportunité de prouver de quoi ils sont capables. Parce que c'est ce combat que nous menons, il n'y a pas autres choses.
John Jay peut-il nous dire réellement les circonstances de son départ de Fréquence II tout comme de la Télé ?
Tout le monde le sait, j'étais déjà à la Radio et je suis parti faire des concerts avec Alpha Blondy. J'étais collaborateur extérieur donc je n'avais pas le devoir d'être là en permanence à la Radio. Si je n'ai pas d'émission, je pouvais vaquer à d'autres activités.
C'est dans ce cadre-là que je suis allé. Et le directeur des Ressources humaines de l'époque a pris les décisions comme il le voulait. Mais je me suis toujours abstenu de lui demander pardon parce que je n'étais pas un cas social, je pense qu'on a contribué au positionnement de Fréquence II. Et la façon dont on a voulu me traiter, je n'ai pas accepté cela.
Je dis qu'on peut ne pas aimer la tête de quelqu'un mais qu'on ait toujours l'honnêteté et le courage de reconnaître que cette personne a apporté quelque chose. Notre bande, Biram, J-C, Consty Eka, Yves Zogbo Junior, je pense qu'au moment où Africa N°1 envahissait toute la Côte d'Ivoire, nous avons joué un rôle important pour cette Radio-là.
Et ce n'était pas la meilleure façon de nous dire merci. La preuve, c'est que quand il a fait ça, M. Ouattara Gnonzié qui était directeur général de la RTI n'a pas voulu cautionner son acte, mais comme c'est son collaborateur et que l'acte étant déjà posé, il a accepté la proposition et je dis à quelque chose malheur est bon.
Parce que peut-être sans ce renvoi-là, je ne me serais jamais pris en charge, je n'allais jamais créer ma propre société. Quoique j'aie été conseillé par Djira Youssouf et Consty Eka. Mais tout ça fait partie de la vie. C'est arrivé, c'est arrivé.
Et comme je le dis à mes collègues, je ne sais rien faire d'autre à part ce métier. Je veux dire que je ne ferai rien dans une rédaction d'un magazine, rien. Mon truc que Dieu m'a donné, c'est qu'on ouvre les vannes d'un micro et je délire.
En somme, on retient quoi de John Jay et de la RTI ?
Non, c'est quelqu'un, c'est un jeune Ivoirien qui avait pour passion ce métier, à qui Emmanuel Gore Bi Ta a donné l'opportunité de faire ses débuts à Radio Bouaké. Ensuite, il a été aidé par BBC pour passer à "Destination musique" puis il a intégré l'équipe de Fréquence II.
Par le biais de Djadji Jack et Yves Zogbo Junior, j'ai pu faire quelques apparitions à la télé. Cela m'a donné goût pour l'écran et puis j'ai commencé à créer ma propre boîte. La chance m'a été donnée par Georges Aboké et voilà je travaille tranquillement.
Et je suis tombé sur le projet de la RTI Music de Barthélemy Inabo où j'ai démontré ma capacité de pouvoir conduire une grande affaire. Cela a été une expérience payante parce que aujourd'hui, fort de tout cela avec des amis, nous sommes en train d'avancer petit-à-petit. Vous savez, moi, mes choses, à partir du moment où j'y crois c'est le plus important.
Qu'on y croit ou pas ce n'est pas mon problème. Je vous donne un exemple "Coq-à-l'âne". Moi j'ai rencontré un monsieur à Paris, je tirais en ce moment-là le diable par la queue. Je lui ai dit : voilà une émission que j'ai. Il me faut un coup de main, j'ai juste besoin de 1500 euros, et je te fais coproducteur de ce télégag. Tout ce qu'il va rapporter, tu prendras une partie.
Il m'a même méprisé, à peine s'il m'a écouté. Et il le regrette, il me l'a signifié une fois dans une boîte de nuit. C'est ainsi que je suis allé donc voir Ali Koné qui m'a aidé. A mon arrivée au pays, arrivé ici Patricia Kalou et Kader Djiré m'ont aussi aidé.
C'est là que j'ai commencé ma première émission. Voilà que cette émission a permis que toi et moi on se retrouve ici aujourd'hui.
C'est parce que j'y crois. Donc "Tam-tam", j'y crois. D'ici un an, les gens diront, nous on croyait qu'il plaisantait. Mais non, je ne peux pas plaisanter avec ma vie. Je peux vous mentir mais regarder dans la glace et puis se mentir, ça je ne peux pas le faire. Jay, est-ce que Tam Tam TV a une particularité ?
C'est une chaîne généraliste dont la vocation répond à une seule volonté : donner les informations telles qu'elles sont en Afrique. Sur le plan culturel, sur le plan politique, sur le plan économique, etc. Je ne peux pas accepter que des médias occidentaux restent dans leurs salons, là-bas, et donner des informations sur l'Afrique, ce n'est pas normal.
Vous voyez, on vient d'annoncer la mort du Président Lansana Conté en Guinée (NDLR mardi 23 décembre) mais il n'y a que RFI seule qui en parle depuis. Et pourtant les médias africains sont là. Et quand on est surpris, on est toujours les premiers à accuser les Blancs et à dire : ils sont contre nous.
Mais nous-mêmes on fait quoi ? Aujourd'hui, pour savoir tout ce qui se passe en Guinée, on est obligé d'écouter RFI. Mais après, quand cette même radio va commencer à faire de l'intox, il ne faut pas qu'on soit surpris. Parce qu'on est incapable de faire l'information.
Dans tous les pays africains où vous allez, les médias qui sont en place ne veulent pas prendre leurs responsabilités. Ils croient que comme tel chef d'Etat m'a nommé là alors il faut chanter le chef de l'Etat à longueur de journée. Mais c'est faux. Je prends le cas de notre pays.
Dès l'instant que le chef de l'Etat a dit qu'il ne mettra jamais un journaliste en prison, même si ce n'est pas un laisser-aller, cela veut dire qu'il faut donner des informations parce que si, on ne le dit pas, la position de l'opposition, c'est vrai qu'il n'y a pas d'opposition en Côte d'Ivoire puisqu'ils sont dans un même gouvernement.
Et on ne peut pas dire qu'il y a une opposition. Mais je veux dire que si on ne crée pas de plate-forme de débats contradictoires, si on pense que c'est parce que c'est grâce à telle personne qu'on est là, donc il faut que je le chante à longueur de journée, on ne lui rend pas service.
C'est ce que je déplore. Je ne veux pas me cacher derrière des arguments fallacieux que la plupart des médias africains utilisent pour dire que c'est celui-là qui trompe le peuple.
Même quand le peuple ne peut pas accepter qu'on le traite tel que le font les médias occidentaux, nous, à notre niveau on fait quoi ? on ne fait rien. Quelle appréciation fais-tu de l'administration actuelle de la RTI ?
Celle qui est là maintenant, je dis qu'elle est encourageante, elle est donc à encourager. Je vous dis que cela fait près de trois ans maintenant que je travaille avec la RTI. C'est la première fois, depuis l'arrivée du directeur général adjoint chargé des Ressources, que moi, j'ai reçu un courrier ici. Mais avec toute la politesse, et je ne suis pas le seul, ils sont nombreux.
Bien avant nous des gens envoient des écrits ici. Et il y a beaucoup de gens qui se sont trompés. Je dis toujours aux gens, le pouvoir, c'est Dieu qui l'a. C'est lui seul qui le donne au peuple. C'est l'exemple de la Côte d'Ivoire. Le peuple de Côte d'Ivoire a estimé qu'aujourd'hui, nous allons confier notre destin à Laurent Gbagbo qui est le Président de la République.
Mais Laurent Gbagbo ne peut pas être en même temps directeur général de la RTI, directeur général de la Police, ministre, donc il confie une parcelle de son pouvoir. Mais cette parcelle de pouvoir appartient au peuple et donc si on te met là, il faut faire ton travail. Il y a beaucoup de gens, dès qu'ils sont nommés, cherchent plutôt à régler des comptes au lieu de faire le travail pour lequel ils sont nommés.
Si ceux qui étaient là avant avaient fait leur travail, tu es d'accord avec moi, qu'on ne désirerait jamais de changement. Je veux dire que quand des gens sont nommés, au lieu de prendre leurs responsabilités, ils font autre chose. Il y a des gens, à un certain niveau de la direction générale de la RTI, qui ont passé le clair de leur temps à régler des comptes.
Avant ça, de quelle équipe veux-tu parler ?
Puisqu'il y a moins de six mois dans ces mêmes locaux de "Général Pro" à la conférence de presse de Tiken Jah, John Jay parlait de l'incapacité de l'actuelle direction de la RTI à gérer les choses. C'est toujours le même Brou Amessan et son équipe qui sont là. Alors parles-tu de quelle équipe, cher ami ?
Non, moi je ne veux plus parler de "Looser". Souffrez que je n'en dise plus un mot parce que je veux parler de "Winner" maintenant. Je pense que j'ai passé beaucoup de mon temps à rentrer. Aujourd'hui, je veux parler de la direction actuelle, de l'administration actuelle de la RTI.
Jay, l'on te reproche souvent d'être proche de la rébellion, qu'en est-il au juste ?
Mais c'est pour ça que je dis, je suis très inquiet pour ce pays. Parce qu'ici, tout se gère avec les rumeurs. Et moi, je suis déçu. Qu'est-ce qu'on va dire de Mme Gbagbo alors ? Parce qu'elle a dansé avec Konaté Sidiki. Moi, je n'ai pas dansé avec Konaté Sidiki. Qu'est-ce qu'on va dire aussi de Blé Goudé, de Serges Kassy, d'Hanny Tchelley ? Je veux dire que c'est des faux problèmes.
Vous savez, je suis dans un pays et je suis ce que le chef me dit. Si on veut être un pays normal, il faut que tous, on peut ne pas aimer Gbagbo Laurent, ne pas aimer sa façon d'être mais qu'on reconnaisse qu'il est notre président. A partir de cet instant, s'il dit qu'il tend la main à ceux qui ont pris les armes pour discuter, nous tous devons converger dans ce sens pour que le pays retrouve la paix. Donc c'est dans ce cadre-là que, moi, je me suis rendu à Bouaké.
Ma venue à Bouaké a facilité beaucoup de choses. Ceux qui en ont bénéficié font aujourd'hui partie de ceux qui font courir ces rumeurs. Tenez-vous bien ! On n'a pas seulement dit que je suis proche de la rébellion. On a dit même que Wattao m'a donné deux cent millions pour acheter une maison à côté de Lida Kouassi Moïse.
Or, je ne sais même pas où ce monsieur habite. Quand des gens qui sont censés être des responsables de certaines structures étatiques en Côte d'Ivoire approuvent ce genre de rumeurs, je ne peux qu'être inquiet pour mon pays. Il y a des gens qui n'ont jamais été d'accord avec Gbagbo Laurent pour avoir tendu la main à la rébellion. Mais ils ne peuvent pas le dire à Gbagbo. Donc, ils viennent déverser leur haine, leur colère, sur des gens comme nous autres.
Comme moi j'ai une petite carapace un peu dure j'arrive à me battre comme je le peux. Mais je t'avoue qu'il y a certains endroits où on m'a fermé les portes. Imagine un peu pour ceux qui ne peuvent pas contourner ces genres de situation. C'est ça le drame. Ça c'est le premier élément.
Deuxième élément, quand vous voyez même la classe politique, quand vous voyez tous les soi-disant leaders ici, vous vous rendez compte que c'est une tragi comédie à laquelle tous ces acteurs convient le peuple ivoirien. Ils ne préviennent pas et pourtant ils le savent tous. C'est pourquoi avec des amis, j'ai décidé aujourd'hui de créer "Côte d'Ivoire fan club" ou "Côte d'Ivoire d'abord" pour dénoncer tous ces comportements. Parce que tous ces leaders dont on parle se retrouvent entre eux frangins !
Donc moi John Jay, aujourd'hui, je ne suis pas prêt à faire palabre avec quelqu'un pour le bien d'un être humain, d'un individu. Mais qu'on me reproche d'être proche de la rébellion ou de qui d'autre, cela me glisse sur la peau. Ça ne m'intéresse pas parce qu'il y a des gens qui veulent qu'on reste dans cette situation de ni paix ni guerre. Parce que dans cette situation, ils se sont enrichis. Ils savent très bien que la Côte d'Ivoire, dans un état normal, ces gens-là ne seraient jamais quelqu'un.
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