Le Nouveau Réveil (Abidjan)

Côte d'Ivoire: John Jay - "Dans ce pays, c'est ceux qui font le brigandage qui sont pris au sérieux"

Dieusmonde Tadet

3 Janvier 2009


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Dans tous les pays africains où vous allez, les médias qui sont en place ne veulent pas prendre leurs responsabilités. Ils croient que comme tel chef d'Etat m'a nommé là alors il faut chanter le chef de l'Etat à longueur de journée. Mais c'est faux. Je prends le cas de notre pays.

Dès l'instant que le chef de l'Etat a dit qu'il ne mettra jamais un journaliste en prison, même si ce n'est pas un laisser-aller, cela veut dire qu'il faut donner des informations parce que si, on ne le dit pas, la position de l'opposition, c'est vrai qu'il n'y a pas d'opposition en Côte d'Ivoire puisqu'ils sont dans un même gouvernement.

Et on ne peut pas dire qu'il y a une opposition. Mais je veux dire que si on ne crée pas de plate-forme de débats contradictoires, si on pense que c'est parce que c'est grâce à telle personne qu'on est là, donc il faut que je le chante à longueur de journée, on ne lui rend pas service.

C'est ce que je déplore. Je ne veux pas me cacher derrière des arguments fallacieux que la plupart des médias africains utilisent pour dire que c'est celui-là qui trompe le peuple.

Même quand le peuple ne peut pas accepter qu'on le traite tel que le font les médias occidentaux, nous, à notre niveau on fait quoi ? on ne fait rien. Quelle appréciation fais-tu de l'administration actuelle de la RTI ?

Celle qui est là maintenant, je dis qu'elle est encourageante, elle est donc à encourager. Je vous dis que cela fait près de trois ans maintenant que je travaille avec la RTI. C'est la première fois, depuis l'arrivée du directeur général adjoint chargé des Ressources, que moi, j'ai reçu un courrier ici. Mais avec toute la politesse, et je ne suis pas le seul, ils sont nombreux.

Bien avant nous des gens envoient des écrits ici. Et il y a beaucoup de gens qui se sont trompés. Je dis toujours aux gens, le pouvoir, c'est Dieu qui l'a. C'est lui seul qui le donne au peuple. C'est l'exemple de la Côte d'Ivoire. Le peuple de Côte d'Ivoire a estimé qu'aujourd'hui, nous allons confier notre destin à Laurent Gbagbo qui est le Président de la République.

Mais Laurent Gbagbo ne peut pas être en même temps directeur général de la RTI, directeur général de la Police, ministre, donc il confie une parcelle de son pouvoir. Mais cette parcelle de pouvoir appartient au peuple et donc si on te met là, il faut faire ton travail. Il y a beaucoup de gens, dès qu'ils sont nommés, cherchent plutôt à régler des comptes au lieu de faire le travail pour lequel ils sont nommés.

Si ceux qui étaient là avant avaient fait leur travail, tu es d'accord avec moi, qu'on ne désirerait jamais de changement. Je veux dire que quand des gens sont nommés, au lieu de prendre leurs responsabilités, ils font autre chose. Il y a des gens, à un certain niveau de la direction générale de la RTI, qui ont passé le clair de leur temps à régler des comptes.

Avant ça, de quelle équipe veux-tu parler ?

Puisqu'il y a moins de six mois dans ces mêmes locaux de "Général Pro" à la conférence de presse de Tiken Jah, John Jay parlait de l'incapacité de l'actuelle direction de la RTI à gérer les choses. C'est toujours le même Brou Amessan et son équipe qui sont là. Alors parles-tu de quelle équipe, cher ami ?

Non, moi je ne veux plus parler de "Looser". Souffrez que je n'en dise plus un mot parce que je veux parler de "Winner" maintenant. Je pense que j'ai passé beaucoup de mon temps à rentrer. Aujourd'hui, je veux parler de la direction actuelle, de l'administration actuelle de la RTI.

Jay, l'on te reproche souvent d'être proche de la rébellion, qu'en est-il au juste ?

Mais c'est pour ça que je dis, je suis très inquiet pour ce pays. Parce qu'ici, tout se gère avec les rumeurs. Et moi, je suis déçu. Qu'est-ce qu'on va dire de Mme Gbagbo alors ? Parce qu'elle a dansé avec Konaté Sidiki. Moi, je n'ai pas dansé avec Konaté Sidiki. Qu'est-ce qu'on va dire aussi de Blé Goudé, de Serges Kassy, d'Hanny Tchelley ? Je veux dire que c'est des faux problèmes.

Vous savez, je suis dans un pays et je suis ce que le chef me dit. Si on veut être un pays normal, il faut que tous, on peut ne pas aimer Gbagbo Laurent, ne pas aimer sa façon d'être mais qu'on reconnaisse qu'il est notre président. A partir de cet instant, s'il dit qu'il tend la main à ceux qui ont pris les armes pour discuter, nous tous devons converger dans ce sens pour que le pays retrouve la paix. Donc c'est dans ce cadre-là que, moi, je me suis rendu à Bouaké.

Ma venue à Bouaké a facilité beaucoup de choses. Ceux qui en ont bénéficié font aujourd'hui partie de ceux qui font courir ces rumeurs. Tenez-vous bien ! On n'a pas seulement dit que je suis proche de la rébellion. On a dit même que Wattao m'a donné deux cent millions pour acheter une maison à côté de Lida Kouassi Moïse.

Or, je ne sais même pas où ce monsieur habite. Quand des gens qui sont censés être des responsables de certaines structures étatiques en Côte d'Ivoire approuvent ce genre de rumeurs, je ne peux qu'être inquiet pour mon pays. Il y a des gens qui n'ont jamais été d'accord avec Gbagbo Laurent pour avoir tendu la main à la rébellion. Mais ils ne peuvent pas le dire à Gbagbo. Donc, ils viennent déverser leur haine, leur colère, sur des gens comme nous autres.

Comme moi j'ai une petite carapace un peu dure j'arrive à me battre comme je le peux. Mais je t'avoue qu'il y a certains endroits où on m'a fermé les portes. Imagine un peu pour ceux qui ne peuvent pas contourner ces genres de situation. C'est ça le drame. Ça c'est le premier élément.

Deuxième élément, quand vous voyez même la classe politique, quand vous voyez tous les soi-disant leaders ici, vous vous rendez compte que c'est une tragi comédie à laquelle tous ces acteurs convient le peuple ivoirien. Ils ne préviennent pas et pourtant ils le savent tous. C'est pourquoi avec des amis, j'ai décidé aujourd'hui de créer "Côte d'Ivoire fan club" ou "Côte d'Ivoire d'abord" pour dénoncer tous ces comportements. Parce que tous ces leaders dont on parle se retrouvent entre eux frangins !

Donc moi John Jay, aujourd'hui, je ne suis pas prêt à faire palabre avec quelqu'un pour le bien d'un être humain, d'un individu. Mais qu'on me reproche d'être proche de la rébellion ou de qui d'autre, cela me glisse sur la peau. Ça ne m'intéresse pas parce qu'il y a des gens qui veulent qu'on reste dans cette situation de ni paix ni guerre. Parce que dans cette situation, ils se sont enrichis. Ils savent très bien que la Côte d'Ivoire, dans un état normal, ces gens-là ne seraient jamais quelqu'un.

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