Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La RD Congo et « la pax rwandana »

Jp Mbelu

5 Janvier 2009


Kinshasa — L'agence Belga a publié le 30 décembre 2008 un article intitulé 'Le Rwanda veut «pacifier» la RDC'. Dans ce texte, le ministre rwandais de la Défense, Marcel Gatsinzi, affirme ceci: «Nous allons voir comment stabiliser et pacifier l'est de la RDC et notre sous-région des Grands lacs africains». Et s'adressant à son homologue congolais, Charles Mwando Simba, il dit: «Soyez rassuré, nous sommes de votre côté pour que la RDC retrouve la paix et s'attèlle à son développement» C'était à l'issue d'une réunion regroupant les responsables de la sécurité de deux pays à Gisenyi, au Rwanda.

Au cours d'un point de presse, Marcel Gatsinzi a soutenu que tous ces responsables de sécurité aller «essayer de trouver des solutions aux problèmes de sécurité qui ravagent la RDC mais qui ont une incidence négative sur le Rwanda, étant donné que les forces négatives qui sont en RDC opèrent contre nos deux pays.»

Pas de paix sans une justice réparatrice

Peut-on voir dans cette assurance donnée au ministre de la Défense congolais le résultat des rencontres diplomatiques organisées à Kigali, Goma et Kinshasa ces derniers temps? Qu'est-ce qui pousserait le Rwanda à s'impliquer, tout à coup, dans la recherche de la paix pour la région des Grands Lacs. Est-ce l'incidence négative des conflits à répétition à l'est du Congo au Rwanda?

Qu'est-ce qui, d'un coup, a décidé le Rwanda à comprendre que la paix est indispensable au développement du Congo après une guerre d'agression qu'il a entretenue pendant plus d'une décennie?

Il est possible que la diplomatie ait joué un grand rôle dans ce changement de vapeur dont les résultats sont attendus. Même si elle s'est employé à chercher une réponse politique à une question fondamentalement économique: une question de l'économie de la prédation.

Il est aussi possible que la résistance pacifique congolaise ait réussi à mettre à nu les raisons majeures de la guerre d'agression du Rwanda (et ses alliés) contre le Congo au point que le recours permanent au subterfuge «des forces négatives» déstabilisant l'est du Congo et le Rwanda soit devenu un argument spécieux. Le dernier rapport de l'ONU sur cette guerre et les conséquences qu'il a entraînées -la suspension de l'aide bilatérale par la Suède et les Pays-Bas- pourrait être pour quelque chose dans ce changement d'attitude du Rwanda. Dorénavant, le monde entier sait que le Rwanda entretient une guerre d'agression au Congo avec l'appui des U.S.A. et la Grande-Bretagne pour piller les ressources du sol et du sous-sol congolais. Dans cette guerre, il a utilisé comme marionnettes l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila, le RCD d'Azarias Ruberwa et le CNDP de Laurent Nkunda.

Ceci étant, la décision de «pacifier» la RDC soulève des questions sur lesquelles certains analystes et la nouvelle génération d' hommes et femmes politiques congolais voudraient avoir un peu plus de lumière.

Est-il possible de faire confiance à l'équipe de Paul Kagame au pouvoir au Rwanda? «La pax rwandana» n'est-elle pas de la poudre jetée aux yeux des Congolais après que les marionnettes susmentionnées aient infiltré toutes les institutions républicaines du Congo et ses régies financières? Et cette paix devrait-elle se passer de la réparation du chaos créé au Congo?

Dans son message à la Diaspora du 30 décembre 2008, une actrice politique congolaise note: «Le monde entier sait aujourd'hui que la guerre des minerais au Congo passe par une exportation délibérée du conflit cyclique rwandais sur le sol congolais. En effet, peu importe les prétextes avancés par les envahisseurs rwandais, l'extermination des Congolais à l'est du pays, l'accès aux ressources congolaises, l'occupation et l'annexion clandestine du territoire congolais au Rwanda demeurent le seul et l'unique véritable enjeu de la guerre qui est injustement imposée au peuple congolais.» (Lire Message à la diaspora de Jeanne-Marie Sindani sur le site de Congoone). Pour Jeanne-Marie Sindani, «sans la justice et la réparation pour les victimes, la consolidation de la paix reste hypothétique et aléatoire. Le peuple congolais exige la fin de l'impunité pour rétablir la sécurité et le redressement des conditions sociales. Sans ce préalable, la mission des Nations Unies au Congo demeure sans objet.» (Ibidem)

Le choix n'est pas entre le pardon et la haine

En effet, «la pax rwandana» serait une proposition consécutive à l'appel que les Congolais(es) ne cessent de se lancer mutuellement pour briser le silence ensorceleur ayant couvert pendant tout un temps «un drame collectif» afin qu'ils mettent fin à «l'holocauste africain» au Congo.

Réduire le nombre de nos morts à la baisse (comme viennent de le faire deux démographes belges) ne change rien à l'appel à une justice réparatrice. Cela d'autant plus que les artisans de cet «holocauste» sont connus et poursuivis par la justice espagnole.

Contrairement à ce que certaines critiques acerbes d'une certaine vision congolaise de la guerre d'agression imposée à notre pays pensent, nous ne sommes pas tous soumis au choix binaire du «ou la paix ou la guerre, ou le pardon ou la haine». Plusieurs d'entre nous exigeons une justice réparatrice impliquée dans un processus de Vérité et de Réconciliation interne et externe à notre pays.

A n'en pas douter, le Rwanda et ses alliés ne seraient pas artisans de la mort chez nous sans des complicités internes avérées. «Il est aujourd'hui établi que le pouvoir «dynastique» de Joseph Kabila, imposé de facto par des puissances étrangères, puis légitimé par voie de tricherie électorale, est complice de l'agression rwandaise maquillée en rébellion interne au Congo (...)» (Lire Voeux de Nouvel An de Me Marie-Thérèse Nlandu au peuple congolais sur les sites de Congoone et de Congoforum). Pour Marie-Thérèse Nlandu, «ce n'est pas une pure spéculation de penser que le pouvoir de Kinshasa compose avec ses parrains, des ennemis du Congo pour empêcher de nous organiser. Dans son état actuel, notre armée ne parvient pas et ne parviendra à aucun résultat probant pour sécuriser notre territoire, défendre notre peuple. Infiltrée, elle compte dans ses rangs des éléments exogènes en grand nombre dont 9 généraux, 13 colonels et 300 majors issus des armées rwandaise et ougandaise venus au Congo dans la vague qui nous a envahis en 1996 avec l'entrée de l'AFDL de Laurent-Désiré Kabila.» (Ibidem)

Dans un article publié le 26 décembre 2008 et intitulé 'Pourquoi l'armée congolaise est aussi faible', Colette Braeckman abonde dans le même sens quand elle écrit: «Pour comprendre la faiblesse de cette armée, il faut se rappeler que ce sont les accords de paix de Sun City, conclus en 2002 sous l'égide de la communauté internationale, qui ont donné naissance à une formule hybride : le pouvoir politique était partagé entre un président (Joseph Kabila) et quatre vice présidents. Deux d'entre eux, Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa étaient issus de mouvements de rébellion, le dernier, au nom du RCD Goma, prenant en charge la Défense et la Sécurité.

Page 1 of 212

Be the first to Write a Comment!

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Ask Obama a Question