Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Identification - Les tribunaux absents, les certificats de nationalité indisponibles

Emmanuel Kouassi

1 Janvier 2009


Abidjan — Le ministre de la Justice, Koné Mamadou, est attendu sur les dossiers de la reconstitution des registres et la réouverture des tribunaux.Outre la reconstitution des registres dont la réalisation se fait lentement, les populations sont confrontées à un autre problème.

Si, dans le district d'Abidjan, l'opération d'identification et du recensement électoral a pu se dérouler sans difficultés majeures, tel n'est pas le cas dans les zones centre, nord et ouest.

En effet, dans la région de la Vallée du Bandama, dont le chef-lieu est Bouaké, où l'opération a démarré il y a quelques semaines, les jérémiades fusent de partout.

A côté de la reconstitution des registres d'état civil, perdus ou détruits du fait de la guerre, le problème de certificat de nationalité se pose avec acuité aux jeunes qui auront 18 ans et à qui cette pièce est exigée pour leur enrôlement.

Or, aujourd'hui, tout le monde sait que l'administration judiciaire, fiscale et financière n'est pas encore redéployée. «Les jeunes qui sont concernés par la délivrance du certificat de nationalité éprouvent d'énormes difficultés pour s'en procurer.

Il leur faut aller à M'Bahiakro ou à Toumodi pour se faire établir cette pièce», nous apprend Kouamé Maurice de Kongodékro, un village de Bouaké.

Le jeune Yao Michel du village d'Akanzakro ne dit pas autre chose. «Depuis le déclenchement de la guerre en septembre 2002, nos parents n'ont plus d'activités lucratives. Nous, leurs fils, avons des problèmes d'argent pour nous déplacer jusqu'à M'Bahiakro, Yamoussoukro ou Toumodi pour la délivrance du certificat de nationalité qui est exigé à l'enrôlement».

Mlle N'Zolié Pauline, ressortissante de Béoumi, dit ne pas comprendre pourquoi les autorités exigent le certificat de nationalité à ces jeunes sachant que le tribunal n'existe plus dans leur région.

Nombreuses sont les personnes qui, comme elle, demandent au Premier ministre Soro Guillaume et au Président de la République de se pencher sérieusement sur ce problème. Si, soutiennent-elles, «le gouvernement veut réussir une bonne opération d'identification et du recensement électoral pour éviter à notre pays, une autre situation regrettable».

Question : pourquoi, deux ans après la signature de l'Accord politique de Ouaga (qui totalise aujourd'hui 4 Accords complémentaires), les tribunaux ne sont pas encore ouverts à Bouaké, Korhogo et à Man ?

Pourquoi l'unicité des caisses de l'Etat traîne encore malgré le redéploiement des douaniers à Ouangolodougou ? Est-ce une simple volonté de retarder le processus de paix dont l'une des étapes est l'opération d'identification qui va aboutir aux élections ? Le peuple ivoirien attend la réponse.

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