Le Messager (Douala)

Cameroun: Propos inachevé sur l'insécurité

Marlyse Sibatcheu

5 Janvier 2009


L'insécurité a atteint la cote d'alerte en 2008. Mais le président ne semble pas en faire une préoccupation de premier plan. Inquiétudes.

Comme en 2007, Bakassi est revenu dans le message de fin d'année du président de la République. 12,22% du discours du 31 décembre 2008 y est consacré. Cette année, Paul Biya en parle pour magnifier le règlement pacifique du différend frontalier, avec la cérémonie de transfert définitif d'autorité à Calabar le 14 août, mais également pour exalter la coopération avec Abuja et tous les pays intéressés à la mise en place d'un " dispositif de nature à sécuriser le Golfe de Guinée et le littoral camerounais en particulier ". Il rappelle la volonté du gouvernement à doter Bakassi d'infrastructures indispensables au développement de la zone. Bakassi est donc abordé ici sous l'angle diplomatique et sécuritaire. Mais Paul Biya semble avoir fait table rase de ses déclarations du 31 décembre 2007. Un signe du constat d'échec de la lutte contre l'insécurité dans le littoral camerounais en particulier et dans l'arrière-pays en général ?

Le 31 décembre 2007, le président de la République avait en effet partagé l'émotion " qui a saisi tous les Camerounais " et éprouvé " la plus grande compassion pour les familles " des 21 soldats camerounais tués le 12 novembre 2007 à Bakassi par des " éléments non identifiés ". Affirmant que les autorités nigérianes n'avaient aucune responsabilité dans ce drame, il s'engageait à faire " toute la lumière " sur ce qui s'est passé. " Des enquêtes sont en cours du côté nigérian comme du côté camerounais ; je veux croire qu'elles feront apparaître la vérité sur ces actes odieux dont les coupables doivent être punis. En attendant, des précautions ont été prises pour qu'ils ne puissent plus se reproduire. La nation sait pouvoir compter sur son armée ", avait rassuré le chef de l'Etat.

Où en est-on avec les enquêtes ?

Au cours de l'année 2008, les faits ont établi que la nation ne pouvait véritablement compter sur son armée que quand il faut transformer des citoyens en chair à canon. On l'a par exemple vu lors du mouvement populaire de revendications sociales de fin février 2008. Parallèlement, cette armée a présenté un piètre bilan lors des affrontements l'ayant opposée à des preneurs d'otages dans le nord-Cameroun, aux coupeurs de routes à l'est, et aux pirates et autres assaillants à l'ouest du pays.

Concernant particulièrement Bakassi, jamais message présidentiel n'a subi un tel revers. Le peuple a particulièrement apprécié les mesures prises par le chef de l'Etat pour que les actes d'agression " ne puissent plus se reproduire ". Le résultat est éloquent : le 9 juin 2008, une embarcation ayant à bord neuf personnes dont le sous-préfet de l'arrondissement de Kombo à Bedimo dont le chef-lieu est Akwa, est attaquée. On décompte officiellement six morts dont le sous-préfet, représentant du gouvernement. Le 12 juillet, une autre attaque fait trois soldats blessés. Le 24 juillet, un affrontement à Kombo à Janéa fait deux morts et quatre blessés côté camerounais. L'armée tente de se réveiller en tuant dix assaillants ; huit autres sont faits prisonniers.

Sur toutes ces attaques, la communication gouvernementale est toujours tardive, voire absente. Qui s'étonnerait donc que les résultats des enquêtes annoncées par le chef de l'Etat ne soient jusqu'ici pas communiqués au peuple qui les attendait au regard de la promesse de lumière faite par Paul Biya ? Peut-être que ces investigations se poursuivent toujours, auquel cas le président devait présenter des excuses du fait qu'elles n'aient pas encore abouti un an après, et situer au moins le peuple sur le niveau d'avancement des recherches.

Biya a-t-il caché sa feuille de route ?

Sur les autres aspects de l'insécurité qui a progressé de l'arrière-pays jusqu'aux portes de la capitale, Paul est resté muet. Peut-être pour ne pas apeurer l'opinion nationale, croirait-on. Au moins aurait-il pu indiquer les mesures prises pour lutter contre ce fléau, comme il l'a fait pour la relance de l'économie. On pourrait ainsi formuler trois hypothèses pouvant éclairer cette attitude : soit la lutte contre l'insécurité n'est pas une question importante, soit le phénomène n'a pas encore un niveau tel qu'il convient d'en faire une préoccupation nationale de premier plan, soit le président n'a pas de réponse appropriée face aux hors-la-loi. Mais que l'on se souvienne que les prises d'otages, " coupures " de route et braquages à domicile ont fait du Cameroun en 2008 une destination et un milieu " insécure ".

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Comment ne pas se rappeler ces dizaines de Camerounais enlevés à Mbrodong dans la région de l'Extrême-Nord et traînés vers Dinder au Tchad où ils ont été tués entre le 10 et le 13 mai 2008 ? Comment oublier ces banques dévalisées à Limbe dans la nuit du 27 au 28 septembre 2008 par une bande qui a paralysé tout l'arsenal de défense de l'armée camerounaise pendant plus de trois heures de temps ? Comment passer une éponge sur la mémoire de ces commandants de brigade (Massagam) et de compagnie (Kaelé) assassinés par des bandits ? Comment oublier ces citoyens délestés de leurs biens à Ahala (Yaoundé) alors qu'ils ne demandaient qu'à voyager sereinement ? Comment taire les noms de ceux qui, comme le DG de Delta Petroleum, ont été assassinés dans leurs domiciles par des sortes de mafias visant des hommes d'affaires et de pouvoir Les étrangers développent de plus en plus la peur de venir ou de vivre au Cameroun ; les nationaux manifestent quant à eux l'angoisse qui déteint sur leurs activités quotidiennes. Un journaliste émérite confiait hier dimanche sur une chaîne de télévision nationale que des bergers du nord-Cameroun craignaient désormais de conduire leurs troupeaux en brousse de peur d'être kidnappés. D'ici à ce que la viande manque encore cruellement sur les tables, il y a un pas que l'esprit n'hésite pas à franchir

Les faits " insécuritaires " les plus ignobles sont légion pour que Paul Biya envoie un coup de pied dans la fourmilière. Et ce n'est pas faute de l'avoir prévenu. Les services institutionnels de renseignement, doublés des organisations de la société civile, et appuyés par des observations de diplomates accrédités à Yaoundé, ont averti le chef de l'Etat. Quelle est donc la politique du gouvernement en 2009 pour la lutte contre l'insécurité ? Mystère et boule-de-neige !

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