Le Messager (Douala)

Cameroun: Aide-toi !

Franck Essomba

5 Janvier 2009


Comme attendu, le président de la République, Paul Biya, s'est adressé au peuple camerounais à travers son message radiotélévisé du 31 décembre 2008. En 1 669 mots, le chef de l'Etat a entretenu ses compatriotes sur la politique intérieure (les actions accomplies en 2008 et celles envisageables en 2009), l'inconfortable situation socioéconomique du pays et la politique conjoncturelles pour y remédier, le succès diplomatique avec le transfert d'autorité sur Bakassi et la question sécuritaire sur cette partie du territoire national. Dans sa structure thématique, le discours du 31 décembre 2008 accorde une place de choix aux préoccupations socioéconomiques. 60% du texte (1 003 mots) y sont en effet consacrés, contre 12,22% (204 mots) à la politique et un peu moins à la diplomatie.

On peut ainsi comprendre que Paul Biya a voulu prioritairement communiquer à ses concitoyens ses constats et ses voeux sur les questions socioéconomiques. Même s'il se dit satisfait d'une certaine tendance au redressement des finances publiques et d'un retour à la confiance des bailleurs de fonds et des investisseurs, il est bien obligé de constater que le gouvernement n'arrive toujours pas à tenir les engagements malgré ses rappels à l'ordre. Qu'avons-nous fait pour répondre aux revendications légitimes des populations, demandait-il à ses ministres à l'issue du mouvement populaire de revendications sociales de février 2008. On se rappelle que dans son adresse à la nation le 31 décembre 2007, il projetait une amélioration certaine des conditions de vie des populations assises sur une croissance économique projetée à 4,5% en 2008. Et c'est précisément à cause de la hausse des prix des denrées, le taux élevé de chômage et de sous-emploi, et la perspective de modification de la Constitution qui pourrait permettre au régime Biya de se maintenir au pouvoir que des jeunes ont envahi les rues.

Malgré les efforts du gouvernement - augmentation des salaires des personnels émargeant au budget de l'Etat, réduction ou suppression de certaines taxes douanières, relèvement du salaire minimum interprofessionnel garanti, lutte contre l'inflation, recrutement dans la fonction publique, - nul ne peut dire avec certitude que ces mesures ont eu un effet significatif dans la qualité de la vie des citoyens. Qui plus est, le taux de croissance projeté à 4,5% se trouve aujourd'hui bien en deçà de cette prévision : environ 3,7% selon certaines sources. Or selon certains économistes, il faudrait au Cameroun un taux de croissance continue de 10% sur 10 ans pour que les Camerounais récoltent véritablement les fruits de la croissance. Le président qui affirmait qu'il fallait passer à l'action se trouve probablement déçu. Le bouc émissaire est trouvé : les émeutes de fin février et la crise financière internationale. Le chef de l'Etat se convainc tout de même que " notre taux de croissance s'est redressé et l'inflation a été freinée [ ] Notre production industrielle s'est relevée. " Mais à la différence de 2007, il n'avance aucun chiffre. Déplorant les effets que pourrait avoir la conjoncture financière et économique internationale sur le Cameroun, comme dans le reste des pays du monde entier, le président affirme avec force que les Camerounais ne doivent pas se contenter de subir. " Même s'il est permis d'espérer que les concertations au niveau mondial apportent à terme, des solutions à la crise, nous devons, me semble-t-il, dans les circonstances présentes, compter surtout sur nos propres forces et faire nôtre la devise : aide-toi, le ciel t'aidera. " Il énonce des moyens qui permettront de s'en sortir.

Les autres centres d'intérêts du discours présidentiel, c'est bien sûr ses exploits sur les terrains politiques et diplomatiques. Paul Biya n'a pas manqué de signaler le coup qui a abouti à la modification de la Constitution. On a alors compris pourquoi, au sortir du bureau de vote le 22 juillet 2007, il avait affirmé à la presse qu'il attendait dans l'immédiat de ces législatives, des majorités confortables pour poursuivre l'oeuvre de modernisation du pays. Pas étonnant, au plan politique, il évoque Elecam dont il a gardé le suspense jusqu'aux dernières heures de l'an 2008, quant à la nomination de ceux qui auraient la charge de l'animer. Enfin, le président de la République a célébré ses succès diplomatiques sur la question de Bakassi, non sans déplorer l'insécurité qui règne dans la zone ainsi que dans tout le littoral camerounais. Il a néanmoins promis à tous ceux qui y vivent des infrastructures pour rendre l'existence agréable. On attend de voir.

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Au final, on constate que le président a fait un discours moins politique. Comme en 2007, il s'est fixé trois priorités définies en terme de feuille de route : " relance de la croissance, amélioration du niveau de vie, lutte contre la corruption. " Mais ce qui démarque fondamentalement celui du 31 décembre 2008 des autres, c'est, loin de l'appel béat à l'action comme il a fait dans celui du 31 décembre 2007, l'identification des actions concrètes et des ressources que les Camerounais pourraient mobiliser pour faire face à la conjoncture. Même s'il n'a pas fixé d'objectif quantifiable et mesurable, on peut noter son voeu de voir chacun s'impliquer dans l'amélioration de sa condition : aide-toi

Pour l'histoire, Le Messager publie l'intégralité du texte du chef de l'Etat accompagné de quelques commentaires particuliers de la rédaction.

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