La Presse (Tunis)

Tunisie: Le cinéma et la crise - Des scénarios possibles

Khaled Tebourbi

3 Janvier 2009


La crise financière menace-t-elle le cinéma? La question se pose de toute évidence, tant il est vrai que lorsqu'on parle de 7e art aujourd'hui on songe en premier lieu à des industries et à des marchés.

Le problème semble intéresser en premier lieu les cinémas des pays développés, plus particulièrement les Etats-Unis et Hollywood. Assistera-t-on en 2009 à un repli de la consommation culturelle dans les grandes métropoles occidentales?

Les économistes répondent que oui. Ils évoquent, en effet, la récession et ses inévitables conséquences sur le pouvoir d'achat. Moins on dépensera (et l'on dépensera sans doute moins) et moins les salles se rempliront. En 2007, on a compté aux Etats-Unis 1,47 milliard d'entrées où les 12-24 ans représentent 38% du total.

Ce chiffre, ô combien rassurant, eu égard à l'énorme concurrence d'Internet, ne se confirmera pas sûrement dans quelques mois.

Malgré les mesures de relance de la consommation entreprises par l'administration Bush, il y a fort à parier que les 1.200 dollars injectés dans les budgets familiaux en cette fin d'année 2008 iront principalement dans les dépenses de première nécessité et beaucoup moins dans les sorties et les divertissements.

Le mental du public américain est plutôt morose. Les observateurs pensent que pour l'heure ce facteur psychologique ne joue guère en faveur du cinéma.

Des banques moins confiantes

Mais pour les studios comme pour les entreprises, la crise produira surtout ses mauvais effets au niveau du «crédit qui est devenu plus rare et plus cher».

Les banques, déjà en difficulté, ont moins confiance dans les projets des cinéastes. Il faudra proposer non pas forcément les meilleurs scénarios artistiques, mais ceux qui présenteront le plus de garanties commerciales aux yeux des banquiers.

Autre difficulté : depuis 2004, beaucoup de banques américaines ont investi dans des studios, ce qui a permis le tournage de nombre de grands films. Depuis 2007, ce procédé tend à la diminution. Des studios risquent de perdre le soutien de certains investisseurs de Wall Street.

En Europe, le phénomène est déjà visible. Il n'y a qu'à constater le nombre de faillites dans le secteur de la restauration, étroitement lié à l'activité commerciale des arts et de la culture, pour conclure à une période bien difficile pour les cinéastes, exploitants en premier.

Restera à savoir si la crise n'aura pas, en revanche, quelque effet d'assainissement sur une industrie qui avait tendance à «surproduire» pendant la dernière décennie.

Moins de films à Hollywood ou en France signifierait aussi, dans une certaine mesure, un amenuisement de la dette accumulée et peut-être encore une réorientation plus «qualitative» de la production.

Le «bon paradoxe»

Qu'en sera-t-il des cinémas dans les pays du Sud?

La réponse des spécialistes est, paradoxalement, plus nuancée.

Bien sûr, la crise financière aura à court et moyen terme des répercussions sur l'économie des pays émergents. Bien sûr, elle aura des conséquences sur le niveau des exportations vers le Nord et corrélativement sur les pouvoirs d'achat.

Mais il est à prévoir aussi que dans nos pays un cinéma soutenu par les Etats et beaucoup moins dépendant du crédit pourrait mieux se maintenir sur les marchés locaux.

Liens Pertinents

Malgré le chute vertigineuse du nombre des salles en Afrique, pour ne citer que cet exemple, l'intérêt des publics pour la cinéphilie et les grands événements cinématographiques s'accroit au fil des années. La crise mondiale est décidément changeante selon les contextes et les cultures.

Mais on prédit aussi pour les cinémas du Sud une meilleure chance sur les marchés occidentaux eux- mêmes.

Une récente étude américaine montre que la baisse de la production hollywoodienne en 2009 laisserait un peu de place aux autres cinématographies (entendre les nôtres, celles du Sud) trop souvent handicapées par la polarisation sur les films américains ou européens.

A quelque chose «malheur» est bon.

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