Imen Haouari
3 Janvier 2009
Le châtiment corporel ou la bonne raclée infligée, parfois, par des parents excédés par des enfants turbulents peuvent-ils être néfastes et avoir une influence négative sur la personnalité de ces derniers?
Le dialogue d'abord
Dès la plus tendre enfance, les enfants expérimentent les premières limites posées et font l'apprentissage des règles implicites et explicites inculquées, en premier lieu, par leurs parents qui vont leur permettre de s'intégrer progressivement dans la société et d'y vivre en harmonie.
Pour les éduquer, la plupart privilégient le dialogue avec leurs enfants et expliquent avec des mots simples, et dès que l'occasion se présente, l'importance de respecter les règles.
C'est à partir du moment que les enfants font de la résistance ou de la désobéissance que se pose pour eux la question de la méthode la plus appropriée pour leur inculquer la meilleure éducation. Que faire lorsque l'enfant continue à refaire les mêmes bêtises ou à rêvasser pendant les devoirs malgré les nombreuses remontrances de ses géniteurs ?
Certains, harassés par une dure journée de travail ou soumis à une vie trop stressante, finissent par sortir de leurs gonds et abandonnent l'option du dialogue, choisissant plutôt de donner une bonne raclée à leur chérubin pour se faire obéir.
Selon cette jeune avocate, mère de deux petites filles, âgées respectivement de six et de neuf ans, une fessée légère est parfois nécessaire et même bénéfique pour faire respecter les règles à la maison et se faire obéir. «Il faut comprendre que cela reste l'ultime recours, explique la jeune femme.
Lorsque les filles font des bêtises ou ne veulent pas se concentrer pour faire leurs devoirs, mon mari et moi privilégions le discours, en essayant de leur faire comprendre qu'elles ne doivent pas agir de la sorte. Mais, parfois, il leur arrive de tenir bon et de nous désobéir volontairement malgré tous nos efforts.
Alors, on leur donne une petite raclée légère pour les secouer. C'est efficace. Mais c'est très rare qu'on ait recours à la punition corporelle. Généralement, nous ne frappons jamais nos enfants sur le visage ou sur d'autres organes sensibles du corps. On se contente d'une petite fessée».
Dialoguer ou donner la fessée ?
Cadre dans une entreprise publique, ce père d'un adolescent capricieux de treize ans, regrette, pour sa part, de ne jamais avoir infligé à ce dernier une punition physique. Aujourd'hui, l'adolescent refuse de respecter certaines règles établies par ses parents et n'hésite pas à leur tenir tête.
«Nous n'avons jamais levé la main sur lui. Lorsqu'il faisait des bêtises lorsqu'il était petit, nous préférions lui expliquer de la façon la plus ferme possible qu'il ne doit plus agir de la sorte et qu'il doit nous obéir. Atteint l'âge de l'adolescence, il ressent le besoin de nous narguer et n'accorde parfois plus d'importance aux règles édictées dans cette maison, malgré nos efforts pour dialoguer avec lui.
Il m'arrive, alors, de penser que si je lui avais infligé une bonne raclée il y a quelques années, il n'aurait pas refait certaines bêtises et ne montrerait pas une telle impudence à mon égard».
D'autres parents basant leur argumentation sur les études qui ont été réalisées sur l'inefficacité de la punition corporelle, restent, totalement réfractaires, dans toutes circonstances, au recours à la fessée classique. Ceux-ci préfèrent plutôt, pour éduquer leurs enfants et leur faire respecter les règles et les normes sociales, recourir à l'échelle de privation des loisirs.
Psychologue de formation, ce père de famille a appris à choisir les bons mots dès la naissance, pour inculquer à ses enfants les principales règles de l'éducation. Il juge qu'il a y a tout un processus à mettre en place pour favoriser l'intériorisation des règles, des valeurs et des principes nécessaires à la construction de la personnalité.
«Je trouve que les parents qui recourent à la punition physique sont des parents qui sont en panne de mots. Il faut savoir se mettre à la hauteur des enfants, essayer de trouver les mots simples pour leur expliquer les règles qu'on instaure.
Lorsqu'ils dérogent à ces règles et dépassent les limites qu'on leur fixe, il faut leur expliquer qu'ils n'auraient pas dû agir de la sorte et leur accorder des moments en solitaire pour qu'ils puissent réfléchir à leurs fautes».
Priver de loisirs, certes, mais accorder confiance aussi
Toutefois, il a instauré une échelle symbolique de privation de loisirs consistant, à titre d'exemple lorsque l'un de ses enfants continue à déroger aux règles, à le priver d'argent de poche pendant une journée ou à lui interdire de pratiquer son loisir favori.
Tout dépendra, en effet, du degré d'importance de la faute. Pour le pédopsychiatre Wahid Koubaâ, il est important de poser des limites aux enfants à partir de l'âge de deux ans mais il ne faut pas non plus multiplier les interdits afin de leur laisser une marge de manoeuvre nécessaire à leurs propres expériences personnelles et à la découverte de leur entourage.
«En fixant trop d'interdits, cela risque de limiter les investigations de l'enfant et d'appauvrir, par conséquent, le développement psychomoteur et intellectuel de ce dernier, explique le praticien.
Mais, il est important de fixer des limites. Si l'enfant persiste à vouloir y déroger, il faut alors discuter et encore discuter, élever la voix, prendre un ton sévère, avoir un regard désapprobateur et surtout ne pas céder aux câlins de l'enfant.
La punition légère doit alors constituer l'ultime recours si l'enfant récidive. Elle doit surtout être légère et non répétitive et ne pas cibler les organes sensibles du corps comme la tête ou le tronc».
Enfin, selon le médecin, la confiance doit constituer la base de la relation qui lie les parents aux enfants. Lorsque ces derniers fautent, les parents doivent prévenir les enfants qu'ils vont les punir (privés de jouets, rester dans leur chambre seuls ), en veillant à leur expliquer les causes de la punition et en leur donnant surtout l'occasion de se racheter.
«Il ne faut surtout pas humilier l'enfant. Cela peut lui causer une blessure narcissique. Il faut lui tendre la perche et lui faire comprendre qu'on compte sur lui pour qu'il ne refasse plus la même erreur. C'est important de responsabiliser un enfant et de lui faire comprendre qu'on lui fait confiance», conclut le spécialiste.
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