Aguibou Kane
5 Janvier 2009
Au rythme où les tenants actuels du pouvoir en Guinée multiplient les sorties et servent des discours à leurs compatriotes et à la communauté internationale pour justifier leur 'coup', il y a lieu de se demander si Dadis Camara et son équipe gouvernante ne sont pas en train de passer à côté de la mission qu'ils se sont assignée.
C'est connu : un militaire, ça parle moins et ça agit beaucoup. Tel ne semble pas être la devise des putschistes guinéens. A la place d'un seul discours englobant et qui tiendrait compte, à la fois, des préoccupations des différentes composantes du peuple guinéen et de celles de la communauté internationale, le Comité national pour la démocratie et le développement (Cndd) initie des rencontres tous azimuts avec tous les segments de la population.
Le plus cocasse dans cette démarche est que ces rencontres donnent souvent lieu à des palabres qui s'éloignent des préoccupations du peuple guinéen.
Tenez, jeudi dernier, par exemple, en rencontrant la gent féminine, le capitaine Moussa Dadis Camara s'est laissé aller à un speech à relent paternaliste du genre : 'Vous les femmes, soyez fidèles à vos époux' ou bien, s'adressant aux plus jeunes : 'Les filles, je vous demande de faire très attention'. On eût cru que c'est un imam ou un prêtre qui parlait.
Faisant dans l'autoglorification, l'homme fort de la Guinée explique les raisons qui lui ont valu son statut actuel par le fait qu'il est très honnête. Dadis Camara semble beaucoup aimer cet exercice oral où il est la vedette.
A côté de ses discours insipides, on ne compte plus le nombre de communiqués pondus par la junte au pouvoir. Chaque jour, c'est son porte-parole qui se présente à la télévision, en live, et muni d'un papier, souvent lu à la manière d'un écolier, pour annoncer telle nomination ou telle autre décision prise par le nouveau régime.
Devant l'immensité des tâches à accomplir, cette démarche ne semble pas être la meilleure pour rassurer ses compatriotes. En effet, la seule chose qu'il est, aujourd'hui, demandé à ce groupe de militaires arrivés au pouvoir par la force, c'est d'assurer une bonne transition démocratique en permettant à leur peuple de se choisir librement le président de la République qu'il veut.
Cela passera, dans un cours délai, par l'organisation d'élections démocratiques et transparentes. Tout autre discours ou acte n'est que distraction. C'est pourquoi, ce qui s'est passé à Conakry, jeudi dernier, n'est pas un acte de nature à rassurer les Guinéens.
En effet, la tentative d'enlèvement (même si le pouvoir s'en défend) de l'ex-Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, pour des raisons d'audit, argue-t-on, ouvre l'ère de la chasse aux sorcières. Avec les menaces qui planent sur la tête de ceux qui étaient, hier, au pouvoir et traités par le capitaine Dadis Camara de 'corrompus', nul doute que les signes d'un régime de terreur sont là.
A cela s'ajoute la révolution faite au niveau du commandement territorial où tous les leviers sont, aujourd'hui, détenus par des gradés de l'armée. Une manière pour le Cndd de permettre à tous de prendre part au partage du gâteau mais, aussi, de sécuriser son pouvoir.
Autrement dit, excepté le poste de Premier ministre attribué à un civil technocrate, comme pour leurrer la communauté internationale, tout le pouvoir est, actuellement, du ressort de l'armée.
Seulement, comment comprendre qu'après avoir tressé des lauriers au président défunt, Lansana Conté, en voyant en lui un patriote qui a beaucoup fait pour son pays, qu'on veuille, à présent, se séparer de tous les hommes et toutes les femmes que ce dernier avait choisis pour l'aider à faire le travail tant vanté, aujourd'hui, par le Cndd ?
Et ces 'corrompus' tant décriés, agissaient-ils à l'insu de feu Lansana Conté ? Ce dernier, pris pour un modèle de patriotisme, n'avait-il pas cautionné leurs actes en laissant faire ?
Ce n'est pas en faisant dans la lutte contre la corruption que les nouvelles autorités guinéennes réussiront à convaincre les uns et les autres de leur noble intention de remettre de l'ordre dans la gestion des affaires publiques pour, ensuite, retourner dans les casernes.
Cela est d'autant plus vrai que l'audit de la gestion des biens publics ne relève point de la compétence de l'armée. Il y a des gens plus outillés, en la matière, pour faire ce travail et qui ne sont pas dans ses rangs.
Or, la junte ne semble pas vouloir entendre parler de civils, à l'heure actuelle. En atteste la caporalisation des postes de gouverneurs et de préfets par les soldats. Pour dire qu'en Guinée, l'heure est grave !
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