5 Janvier 2009
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Qui plus est, la complexité des problèmes à débattre à l'Assemblée nationale oblige à reconnaître que la plupart des parlementaires ne sont pas outillés pour y faire face. Dès lors, comment s'étonner que les projets de loi soient votés dans un mouvement panurgique !L'analphabétisme agité par certains n'est pas en cause ; cependant, l'examen de problèmes techniques nécessite certaines compétences. A cet effet, le projet d'assistant parlementaire, en vigueur même dans les démocraties avancées, serait, en plus de petites formations de mise à niveau et de l'utilisation de la traduction simultanée, une des solutions. Sous ce rapport, le parlementaire doit accepter un nouveau partage du pouvoir.
En ce qui concerne les relations entre l'Etat et la religion, il est urgent de revenir aux fondamentaux de la laïcité. A ce sujet, il importe de rappeler que la laïcité n'est pas l'ennemi des croyances et des religions. Elle vaut à la fois reconnaissance du pluralisme religieux, voire de la liberté de conscience et de conviction. La laïcité, telle que nous la comprenons, traduit une conception du bien commun. Elle a pour fonction de soustraire le pouvoir politique à l'influence dominante de toute faction spirituelle ou religieuse, afin que chaque citoyen se reconnaisse dans la République. Cela permet à l'Etat, en dernière instance, de garder une certaine neutralité distante.
Que faire des résultats des travaux des assises nationales ?
Faut-il rappeler qu'à l'entame des travaux des assises nationales, son président A.M. Mbow avait demandé expressément aux participants de ne pas faire de fixation sur la période actuelle, mais de procéder à un bilan diagnostic dont la période de référence remonterait le plus loin possible.
Ceci étant dit, il nous faut d'abord lever toute ambiguïté. De notre point de vue, ceux qui ont participé aux assises nationales ne sont les otages d'aucun parti politique, ne sont instrumentalisés par aucune coterie. C'est pourquoi ces assises ne sauraient être, en aucune manière, celles de l'opposition. En conséquence, leurs travaux ne constituent pas non plus un programme pour quelque parti que ce soit. Il s'agit plus simplement, pour tous les acteurs de la société, de se donner les moyens de se faire entendre et de participer au développement national de leur pays. De fait, le souhait des participants aux assises, c'est qu'il y ait moins de faits du Prince, plus de consensus. Ce faisant, l'arbitre étant moins arbitraire n'en sera que plus respectable, et la démocratie moins névrotique.
En vérité, il a toujours existé des phénomènes d'opinion dans les systèmes politiques. Le fait nouveau, c'est le caractère permanent que doit avoir ce phénomène d'opinion qui doit s'opérationnaliser en actions de veille sur tout programme politique mis en oeuvre par une formation politique qui a accédé au pouvoir grâce au suffrage universel. Cela n'est possible que si des garde-fous sont mis en place, qui obligent ceux qui sont aux affaires à rendre compte à leurs concitoyens, non pas à la fin de leur mandat, mais de façon régulière. Porter une formation politique au pouvoir ne doit pas signifier un blanc-seing qui lui donne droit de vie et de mort sur les citoyens.
Dans la perspective que nous venons d'esquisser, il s'agit de partager un projet de société, fondé sur une vision prospective auquel aura souscrit l'essentiel des composantes de la société sénégalaise. Au plan factuel, les travaux des assises nationales ont d'abord une fonction hautement utilitaire pour l'ensemble des acteurs intervenant dans le champ du développement. En effet, ils sont constitués à partir des consultations citoyennes, d'un recueil de corpus de données des préoccupations du moment, et de propositions (souvent en rupture avec les pratiques passées) de pratiquement toutes les régions du Sénégal.
Ces travaux, pourraient ensuite, déboucher sur une charte nationale. Celle-ci serait un référentiel, un cadre normatif sous forme de feuille de route pour toutes les parties prenantes et qui sera opposable à tous ceux qui auront la prétention de gouverner un jour le Sénégal. Cette charte pourrait être encadrée par un comité de surveillance issu de ses signataires, et être l'expression d'un consensus pour le respect, entre autres, de la Loi fondamentale. Cela est important. En effet, si la Constitution permet de changer les règles du jeu entre les hommes, elle ne change pas les hommes pour autant.
Pour l'essentiel, il ne peut y avoir de destin en commun sans échange ni partage. Depuis longtemps, l'Etat et ses agents agissent et pensent tels des oracles à la place et au nom des citoyens. Les assises nationales sont l'occasion de proposer une réappropriation par ces derniers de leur liberté d'action et de parole. En cela, elles pourraient contribuer non seulement par des propositions alternatives au renforcement du processus démocratique, mais aussi à réconcilier gouvernants et gouvernés et, au-delà, les Sénégalais avec la politique.
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