Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)
Ousmane WAGUE
5 Janvier 2009
Comme l'immigration clandestine et le terrorisme, le trafic de drogue est devenu un fléau qui embrase et mine tous les pays du Maghreb. Difficiles à anéantir, les grands barrons, chaque jour qui passe, explorent de nouveaux créneaux et recrutent des associés mais aussi et davantage de consommateurs.
De la Libye à la Mauritanie, en passant par la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, sans oublier leur itinéraire transsaharien, un vaste réseau a pu se former et se tisser pendant des années, créant par-ci, par-là des petites filiales qui se gonflent au gré des complicités locales ou se rétrécissent selon que l'étau se resserre autour des gourous des différents réseaux. Une chose est certaine aujourd'hui, le trafic de la drogue est une réalité irréfutable au Maghreb.
Et personne ne peut nier que ce fléau ne bénéficie pas de larges soutiens, malgré d'énormes moyens mobilisés pour atténuer ses conséquences et étouffer les grands réseaux dans tous les pays maghrébins. Qui soutient donc les trafiquants de drogue et qui sont les tenants et les véritables figures de proue de ce sale commerce ? D'où viennent-ils, quel est leur itinéraire et où écoulent-ils leurs produits ? Enquête de Nouakchott Info.
Moins peuplée que les autres capitales du Maghreb, Nouakchott est une ville qui grouille de monde à longueur de journée et de l'année. Commerçants, fonctionnaires, marchands ajoutés à toute la nomenclature des gens de métier s'y côtoient dans ses quartiers huppés comme dans ses « kebbas ». Depuis un certain temps, une nouvelle race d'affairistes y est née. Bon nombre de ces personnes qu'on qualifie d'hommes d'affaires sont généralement sans lieu fixe, ni non plus une seule activité.
Des trafiquants de toutes les formes de drogue profitent de cette « informalité » du métier pour s'infiltrer dans cette mosaïque de jeunes entrepreneurs en se cachant sous l'étiquette de d«'homme d'affaires ». Mais en réalité, certains s'adonnent à un trafic implicite de la drogue, en recevant ou en faisant transiter des colis suspects. Ils entrent en connivence parfois avec des personnes gradées et de petits dealers. Ils n'hésitent pas à arroser ceux d'entre eux supposés leurs créer d'embûches où les dénoncer.
En analysant avec une certaine minutie le comportement de ces « affairistes flous », on sent que quelque chose cloche. Le moins qu'on puisse constater est que personne ne sait ce qu'ils font réellement et comment ils s'enrichissent. Ils opèrent beaucoup plus la nuit que le jour. En un laps de temps, ils deviennent des millionnaires, alors qu'il y a sous peu, ils étaient sans ressources. Qu'est ce qu'il faut en déduire : un trafic illicite, d'autant que la police, dans ses enquêtes, ne trouve pas de diffcultés à dénicher parmi eux des dealers parfois même mains dans le sac. Comme dans toutes les capitales du monde, ce trafic obnubile aujourd'hui certains jeunes affairistes sans vertu et fascinés par le gain facile de l'argent.
Pas plus tard qu'il y a quelques jours, la gendarmerie et la police semblent déclencher une offensive pour neutraliser les petits dealers à travers tout le pays. A Nouadhibou, comme à Nouakchott, l'étau semble se serrer autour d'eux et d'importantes quantités de drogue ont été saisies. Les personnes arrêtées seront jugées au Tribunal de Nouakchott où plusieurs affaires de trafic du genre pullulent sur la table du procureur de la république.
De par le passé, certains narcotrafiquants ont été jugés et jetés en prison pour longtemps. En revanche, de nombreux autres dossiers ont été tout simplement classés, parce que les accusés, dit-on, avaient des soutiens de taille et bénéficient de la couverture de ceux qu'on appelle dans le langage familier des « bras longs. » Rien qu'en 2008 qui bouclera la boucle dans quelques jours, plus d'une vingtaine d'arrestations et de nombreuses condamnations ont été rendues public par le Tribunal de Nouakchott. Des dizaines de kilogrammes, toutes drogues confondues, ont été aussi saisies.
En effet, ces dernières années, le trafic de cocaïne sud-américaine vers l'Afrique de l'Ouest s'est considérablement amplifié. Un mois ne passe, sans pour autant qu'une nouvelle affaire d'arrestation de trafiquants de drogue ne fasse la-une des médais et des rumeurs des salons de thé. Citons, entre autres, celles du fils de l'ancien président mauritanien Mohamed Khouna Ould Haidalla interpellé au Maroc et ciblé par la justice belge pour son implication présumée dans un trafic à grande échelle impliquant aussi des marocains, des sénégalais et des méxicains. Cette affaire vient se joindre à celles de Mini Ould Soudani, Sid'Ahmed Ould Taya, le représentant d'Interpol qui ne sont pas encore définitivement classées.
Les statistiques montrent par ailleurs que le fléau persiste. Environ, 12 tonnes de cocaïne destinées au marché européen ont été saisies depuis début 2007 en Mauritanie.Trois importantes saisies totalisant près d'une tonne et demi de cocaïne et 5,4 tonnes de cannabis ont été enregistrées pendant une huitaine de mois seulement. Une quarantaine de personnes ont été arrêtées dans la foulée. Ces chiffres ne montrent que la partie visible de l'iceberg de ce trafic dans nos murs.
Le Maroc et l'Algérie sont aussi minés
Selon des sources dignes de foi le Maroc est le plus important producteur et exportateur de cannabis à l'échelle mondiale. Les profits tirés par les trafiquants atteignent actuellement les 13 milliards de dollars par an, et ce, grâce à un secteur informel se situant entre 17 et 40% du produit intérieur brut (PIB). C'est, en tout cas, la révélation faite dernièrement le quotidien marocain Al-Itihad Al-Ichtiraki. Le journal, qui cite le dernier rapport annuel d'un organisme du département d'État américain, le Bureau for International Narcotics and Law Enforcement Affairs considère que le blanchiment d'argent au Maroc inquiète le département d'État américain et cite des extraits du même document intitulé "Rapport 2008 sur la stratégie internationale de lutte contre les stupéfiants", lequel souligne que l'argent noir est essentiellement blanchi en Europe et profite peu au Maroc.
Quant à l'Algérie, de l'avis de nombreux spécialistes, elle demeure un espace de transit de la drogue. Une étude menée par les différents services de sécurité révèle que 90 % des marchandises saisies, ces dernières années, étaient destinées au marché européen et au Moyen-Orient.
L'analyse des statistiques démontre clairement que l'Algérie connaît une évolution constante du business de la drogue. A cela, il faut ajouter la recrudescence du trafic international d'opiacés et de cocaïne auquel s'adonnent les ressortissants et trafiquants de la région subsaharienne. Ces derniers acheminent leurs marchandises à partir du Niger et du Mali en franchissant les frontières du pays clandestinement. Ainsi, la vaste région qui s'étend de Tamanrasset à Aïn Guezzam constitue du pain beni pour les narcotrafiquants. En effet, les drogues en provenance de l'Afrique subsaharienne sont en majorité des drogues dures.
Les frontières des pays d'Europe étant maintenant imperméables et constamment gardées, c'est vers le Grand Sahara que les réseaux internationaux se sont tournés avec comme principal point de transit la région de Nâama, où des barons de l'acabit des frères Araba et de Pascal servent d'intermédiaires. De meme, la voie maritime menant vers le Vieux Continent leur étant devenu inaccessible par la mer, les trafiquants ont jeté leur dévolu sur l'Algérie, plus précisément sur la région frontalière de Nâama, d'où le produit prohibé est introduit avant d'être convoyé vers la Tunisie et Libye, via la wilaya d'El-Bayadh ou Tiaret.
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