Kinshasa — Village situé à quelque trois cents km de Lubumbashi, dans le district du Haut Katanga, Kashobwe sera un pôle de développement qui va rayonner dans cinq ans sur l'ensemble de la province du cuivre. Une phase expérimentale comprend 100 ha pour le riz, 8 pour le manioc et 100 pour le maïs. Initiateur du projet et originaire du coin, Moïse Katumbi Chapwe veut faire de cette bourgade un modèle pour toute la RDC.
La débâcle financière internationale a mis à nu les limites du secteur minier au Katanga et dans le reste de la RDC. Prophète incompris par ses contemporains, le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe l'avait pourtant prédit au début de son mandat. Il avait en son temps invité tous les Katangais à réfléchir sans tarder sur l'épuisement des ressources minières et de s'occuper chacun du développement de son territoire.
C'est dire qu'il était soucieux de l'imminence de la crise alimentaire qui peut affecter la production dans tous les autres secteurs et le vécu quotidien de la population. Raison pour laquelle, il avait demandé à tout le monde - ministres et députés provinciaux, fonctionnaires et opérateurs économiques, fussent-ils du secteur minier, de disposer d'un champ de sorte à faire face à la crise alimentaire qui se profilait à l'horizon. Mais aussi et surtout de commencer à préparer l'après mines dans le Katanga.
La conviction de Moïse Katumbi est que l'agriculture demeure la seule alternative au boom minier. Cela dans la mesure où l'agriculture, contrairement aux mines, est une ressource inépuisable. Il reste d'avis que l'agriculture devrait être proclamée priorité des priorités par le gouvernement. Cela au regard du dernier trimestre 2008 qui a vu le boom minier péricliter suite à la crise financière internationale. Celle-ci a affecté la plupart des entreprises minières opérant en RDC (Katanga), lesquelles puisaient leur financement sur les places boursières mondiales. Elles ont été doublement frappées. D'une part par la chute du cours des métaux, principalement du cuivre, d'autre part par le retard mis par le gouvernement dans le processus de revisitation des contrats miniers.
Agriculteur, le gouverneur élu du Katanga a prêché par l'exemple. Il produit du maïs mais aussi de la farine de maïs dont il a inondé le marché à Lubumbashi à un prix très abordable en cette période de crise. Il a même entrepris, en son temps, une tournée à travers sa juridiction pour convaincre les paysans à ne pas se désintéresser des travaux champêtres au profit de l'exploitation minière artisanale.
Dans le même ordre d'idées, il a décidé de créer un pôle de développement modèle. Et pour cela il a choisi son fief natal, Kashobwe situé à 350 km de Lubumbashi dans le district du Haut Katanga, à la frontière avec la Zambie dont il est séparé par la rivière Luapula. C'est une contrée quasiment enclavée du fait du mauvais état de la route. Elle se mourait mais, depuis 2004, affirme le coordonnateur du projet, M. Jean François, elle a repris de la vie. La population est estimée à environ 40 mille âmes dont les trois quarts sont constitués de jeunes gens et des enfants.
A ce jour, environ quatre ans après le lancement du projet, Kashobwe tend à devenir une petite ville. Pour l'heure, il s'agit d'un centre urbano-rural qui dispose d'une piste d'atterrissage pour petits porteurs. Toutes les infrastructures scolaires, hospitalières sont en pleine réhabilitation. Deux écoles primaires pour filles (Cibondo1) et (Cibondo 2) ont été complètement reconstruites. En projet, la construction d'une école maternelle et des maisons pour enseignants.
Il en est de même de l'hôpital qui a subi une vraie cure de jouvence. Il a été rééquipé et doté de matériel moderne qui lui permet de pratiquer la césarienne, de faire de la téléconsultation et des vidéoconférences. Tous les services essentiels sont organisés , notamment la maternité, la pédiatrie, la médecine interne, des blocs opératoires. Trois médecins ont été recrutés et logés. Comblé par ce don de Moïse Katumbi, le médecin directeur, Dr Hubert Seti Kitungwa a laissé entendre que son hôpital reçoit des patients venant par pirogue de la Zambie, de l'autre côté de la Luapula.
En attendant la construction d'un barrage hydroélectrique ou une centrale thermique, des groupes électrogènes de grande capacité alimentent l'hôpital. Quant à la population du centre de la cité, elle bénéficie d'un éclairage public assuré par des lampadaires alimentés par des panneaux solaires. Elle a droit à l'Internet.
Une route carrossable en terre couverte de latérite, s'étalant sur une quarantaine de Km, traverse une zone marécageuse et s'enfonce dans la petite forêt boisée. De cette route, entretenue de manière permanente, on peut apercevoir l'engagement des paysannes et des paysans à se rendre utiles dans la concrétisation du projet agricole initié par l'un des leurs. Ils sont plus de trois cents à s'affairer à l'aide des houes et dans les eaux marécageuses traversées par des bandes vertes (pépinières) , des digues et des drains qui s'étendent à perte de vue. Ils touchent 2.500 Fc par jour.
Renseignements pris, c'est l'aménagement du terrain pour la culture du riz. Selon l'ingénieur agronome Odilon Kawala, les pépinières réalisées vont couvrir une superficie de 100 ha dans un premier temps, considéré comme une phase expérimentale. Il a estimé à 4 tonnes la production de riz par ha. L'objectif, a-t-il déclaré, est d'atteindre 80.000 tonnes pour une superficie de 20.000 ha au bout de trois ans.
Plus loin, c'est le défrichage et la préparation du terrain pour la culture du maïs et du manioc. Selon l'ingénieur Barthélemy Banywesize, la phase expérimentale de la culture du manioc est faite sur 4 ha puis sur 8 ha avant de l'étendre sur une large superficie. Le terrain étant trop humide, le manioc est planté sur des billons. Quant au maïs, il est prévu une superficie d'au moins 300 ha pour une production de 400 tonnes.
Pourquoi vous n'avez pas allégé le travail des paysans en utilisant les machines ? L'ingénieur Odilon Kawala répond : « le gouverneur Moise Katumbi a dit aux paysans que la mécanisation sera le fruit de leur production ».
Les paysans ne vont-ils que travailler dans les champs de Moise et oublier leurs propres champs ? Le superviseur du projet, M. Jean François, rétorque : « Il a été mis en place un système appelé « famille agricole ». Chaque famille agricole reçoit des semences améliorées qu'elle est obligée de couvrir sur une superficie allant de 3 à 5 ha ». Et d'ajouter que très prochainement, il sera procédé à la construction du camp des travailleurs, d'une ferme pour l'élevage du gros et petit bétail. Une palmeraie est projetée. Au final, seront implantées une minoterie et une huilerie.
Tous les autres dignitaires devraient en faire autant dans leurs fiefs respectifs au lieu d'investir à l'étranger ou à Kinshasa et de passer des vacances dans des cures ou maisons des pères catholiques. Moïse Katumbi donne l'exemple et il dérange pour avoir réussi là où beaucoup se sont cassé les dents en se fourvoyant des discours démagogiques.

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