Rosemary Okello
5 Janvier 2009
De nouveaux investissements significatifs dans la lutte contre la pandémie du SIDA pourraient avoir des impacts positifs sur les grands systèmes de santé en Afrique si les gouvernements les gèrent bien.
Une étude de six pays -- Argentine, Brésil, République dominicaine, Zimbabwe, Kenya et Ouganda -- par la Coalition internationale pour la préparation du traitement (International Treatment Preparedness Coalition - ITPC), intitulée "Sur le point de rater l'objectif 6 - La réponse au VIH/SIDA et les systèmes de santé", indique qu'un nouvel investissement dans les services du SIDA a exposé les fragilités existant dans les systèmes de santé. Dans certains cas, il a accablé ces systèmes de charges croissantes en élargissant la demande et a tiré le maximum des ressources humaines déjà surexploitées.
Le rapport qui fournit une partie de la première recherche de terrain ayant enquêté sur l'augmentation proportionnelle des impacts des services du SIDA, montre que la réponse au SIDA a attiré la plus grande part du financement de la santé, accru l'effectif du personnel médical formé, amélioré la gestion des personnes vivant avec le virus, et appuyé l'installation des centres se santé pour le VIH, qui traitent la tuberculose et d'autres infections opportunistes.
La pandémie a encouragé la mobilisation des activistes et les consommateurs des soins de santé eux-mêmes et forcé les dirigeants au niveau mondial et national à un sens de responsabilité et d'urgence plus vigoureux. La recherche a également examiné les affirmations selon lesquelles la réponse internationale au VIH/SIDA a également affaibli les soins primaires dans beaucoup de circonstances, déformant les systèmes de santé, détournant le financement et le personnel de santé.
"Quant au degré auquel la réponse au SIDA a 'déformé' les systèmes de santé, cela s'est produit par l'augmentation de l'accessibilité et la qualité des services pour une maladie dévastatrice", écrivent les auteurs.
"Avant le SIDA, les systèmes de santé ont souffert depuis des décennies de désinvestissement à cause des politiques d'ajustement structurel et du sous-financement chronique. Ce qui a abîmé toute l'infrastructure pour les soins primaires. Les débats d'aujourd'hui sur le SIDA et les systèmes de santé n'auraient pas eu lieu il y a 10 ou 20 ans. Le SIDA a ouvert un sentiment de responsabilité pour le changement, pour le progrès dans la fourniture des soins de santé à tous ceux qui en ont besoin".
Le rapport de l'ITPC montre que le VIH et le SIDA ont exercé une pression supplémentaire sur les systèmes de santé dans chacun des pays étudiés, ce qui se manifeste dans la quantité de travail des agents de santé, dont les effectifs n'ont pas augmenté en tandem avec les demandes croissantes. En Ouganda, par exemple, le personnel des services de santé publics s'est déplacé vers des centres de santé de VIH où ils sont mieux payés, créant un déficit dans les institutions qu'ils quittent.
Cependant, l'augmentation proportionnelle des services du SIDA a également conduit à des améliorations au niveau de plusieurs aspects des soins de santé, y compris dans la manière dont les services étaient rendus et par rapport à ceux qui recevaient des soins.
Dans le district de Wakiso, des agents de santé communautaires, qui mènent la sensibilisation contre le VIH/SIDA, distribuent également des médicaments anti-paludisme, des moustiquaires, et traitent des maladies mineures, telles que l'accès palustre, et la diarrhée. Les hôpitaux de Mengo et de Rubaga disposent des programmes sociaux qui se focalisent sur le test du VIH et la vaccination, le planning familial, ainsi que la prévention et le traitement des maladies ordinaires.
Le rapport recommande que la communauté des donateurs devrait acheminer davantage de ressources dans l'amélioration de l'infrastructure, avec une attention particulière sur l'augmentation du nombre de laboratoires pour les tests de diagnostic. Il invite également les gouvernements en Afrique à rationaliser la chaîne d'approvisionnement et de logistique afin d'assurer une fourniture conséquente et continuelle en ARV (anti-rétroviraux) et autres médicaments essentiels.
Les défis auxquels les systèmes de santé sont confrontés en Afrique sont aggravés par un manqué de personnel. Selon le professeur Fred Nuwaha, de la Faculté de médecine de l'Université de Makerere, ce manque peut être réglé à travers l'organe médical régional qui devrait également diriger de sérieuses recherches contre les maladies transmissibles et les dernières maladies de l'abondance comme le coeur, l'hypertension artérielle et le cancer.
"Cela aidera également à maîtriser la migration des médecins vers l'Europe et l'Amérique, un mouvement qui fait dérailler rapidement le secteur de la santé en Ouganda et dans d'autres pays africains", ajoute-t-il.
Nuwaha révèle que 20 pour cent des 200 médecins qui sont formés à l'université chaque année finissent par quitter le pays du fait des mauvaises conditions de travail. "Comme ces médecins s'installent ailleurs, les gens qu'il est difficile d'atteindre dans les zones rurales sont les plus affectés puisque les quelques médecins disponibles se retrouvent dans les zones urbaines", souligne-t-il.
Le Zimbabwe connaît aussi des manques sévères d'agents de santé, aggravés par l'effondrement économique et l'impasse politique. "Ce que nous avons remarqué était que les services du VIH/SIDA, notamment l'approvisionnement en anti-rétroviraux, sont devenus une corde de sécurité pour le système de santé au Zimbabwe", a indiqué Matilda Moyo, qui est co-auteur du chapitre du rapport sur le Zimbabwe.
"Au milieu des crises économiques et politiques, une attention conséquente sur les services de santé du VIH a été une oasis dans tout un désert du système de santé en effondrement". Mais une autre personne impliquée dans la production du rapport a mis en garde contre la diffusion du financement du VIH pour appuyer le système de santé du grand public.
"La réponse au SIDA au Zimbabwe, au Brésil et dans d'autres pays, montre que de nouveaux investissements dans la santé peuvent avoir des impacts spectaculaires", a déclaré Chris Collins, l'un des coordonnateurs du rapport. "Mais un simple remaniement des ressources de santé vers des fonctions de santé plus généralisées au détriment des programmes efficaces spécifiques à des maladies, telles que le VIH/SIDA, mettrait en danger les progrès remarquables qui ont été faits et laisserait les plus de six millions de personnes qui ont besoin en urgence d'un traitement du VIH sans ces soins".
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