L'Express de Madagascar (Antananarivo)
Vero Andrianarisoa
5 Janvier 2009
Cette ferme a été la fierté du Boeny. Les autruches fournissaient de la viande, du cuir et des plumes. En plus, la visite des touristes de l'élevage a permis de boucler les fins de mois, en période de vaches maigres. L'élevage d'autruches d'Amparehimahitsy sur la RN4 à Mahajanga est menacé. Il ne reste plus que deux femelles reproductrices, âgées respectivement de 8 et 14 ans, et un mâle de 16 ans à Mahajanga. Alors qu'au départ, elles étaient plus de 200 têtes, en 2000.
La reproduction commence à décliner. Cette année, les oeufs n'ont pas pu être couvés. A cause du délestage, tous ont été mis à la vente et à la consommation, la couveuse électrique fonctionnant d'une manière aléatoire.
De fait, à la ferme de Mahajanga ils utilisent une couveuse électrique, puisque les autruches ne peuvent pas les couver elles-mêmes. «Ici, les volatiles sont incapables de le faire. Nous transportons les oeufs dans une brouette et les mettons en couveuse. A cause du délestage, il y a plusieurs mois, nous avions rencontré des problèmes. Nous avions alors dû vendre les oeufs», explique le propriétaire de l'élevage.
La ferme d'Amparehimahitsy, à 14 km sur la RN4, est la seule à élever des autruches à Mahajanga. Elles proviennent de Morondava, mais elles sont d'origine africaine.
Des touristes étaient venus à la ferme pour apprécier surtout les autruchons. Les recettes obtenues des visites permettaient de supporter les dépenses d'élevage. Mais, la crise financière n'a pas aussi épargné la ferme. Les oeufs n'ont pas donné des autruchons.
La commercialisation de la viande est aussi l'une des raisons de ce dépérissement. Depuis quelques temps, les visiteurs se font rares car il n'y a plus de petits à voir.
Ferme de l'avenir
Il faudrait attendre jusqu'en novembre 2009 pour pouvoir en admirer courir dans la cour de la grande ferme. Venant des régions steppiques et subdésertiques, les autruches s'adaptent bien au climat de Mahajanga.
Les autruches sont des oiseaux coureurs, robustes à l'élevage et facilement domestiqués depuis longtemps. Au départ, elles étaient essentiellement élevées pour leurs plumes, utilisées dans la mode et l'habillement.
Leur chair est très appréciée, tandis la peau dont on en tire fournit un cuir estimé dans la cordonnerie.
En moyenne, une autruche femelle pond entre 60 à 90 oeufs, de mars à novembre, soit un oeuf tous les deux jours.
Actuellement, l'élevage d'autruches est considéré comme un des projets agricoles les plus rentables. On l'appelle souvent «ferme de l'avenir», en raison de la grande variété des produits (viande, cuir et plumes), de l'efficacité de production et de reproduction.
La rentabilité potentielle de ce type de ferme est élevée. L'élevage d'autruches pour une commercialisation date de plus d'une centaine d'années (vers 1880).
A Mahajanga, les autruches sont abattues surtout en période des fêtes, dont Noël. Les grands établissements hôteliers, à l'instar de Zahamotel et de La Piscine, sont les principaux clients de la ferme d'Amparehimahitsy.
Le kilo coûte 15 000 ariary. La chair d'autruche apporte autant de protéines et de fer que la viande de boeuf, mais elle est beaucoup moins grasse : 2 % de lipides contre 3 à 15 % pour le boeuf.
Une certaine politique
L'autruche apparaît dans certaines expressions françaises populaires. L'idée reçue qu'une autruche ayant peur se met la tête dans le sable vient du fait que lorsqu'elle se trouve dans une tempête de sable elle met la tête à ras du sol pour se protéger.
Les Africains, en voyant la scène de loin, affirment que lorsque l'autruche met la tête près du sable c'est signe de tempête. L'expression s'est ensuite transformée et a donné ensuite à une fausse croyance par rapport à ce phénomène.
Les plumes d'autruche sont utilisées pour confectionner de hauts chapeaux que portent les Gilles lors des carnavals en Belgique.
Un ratite gobe-tout
Les autruches sont essentiellement herbivores. Mais leur régime est varié, car elles sont capables d'ingérer tout ce qui passe à la portée de leur bec. Ainsi, ces ratites ingurgitent également des cailloux qui les aident dans leur digestion, et surtout pour la formation de la coquille d'oeuf. Au total, elles en dévorent 2 kg par semaine.
La ration alimentaire supplémentaire est aussi composée de 2 kg de provende par autruche et par jour. A la ferme d'Amparehimahitsy, on leur donne du "leuchenat", une feuille d'arbre ressemblant au tamarinier. La ration d'eau par animal est de 25 litres par jour. Heureusement, la ferme possède un puits d'eau.
Polygames vivant en bandes, les mâles aménagent une excavation profonde dans le sol servant de nid. D'un poids compris entre 1,2 et 1,8 kg, l'oeuf d'autruche est le plus gros oeuf à coquille d'animal vivant, et donc la plus grande cellule du règne animal. Leur temps d'incubation dure 42 jours.
Le volatile ne vole pas
L'autruche est le plus grand oiseau africain. Elle fait partie de la famille des ratites.
On distingue actuellement deux espèces d'autruches : l'autruche d'Afrique «struthio Linnaeus 1758», dite «cou bleu», et l'autruche de Somalie «struthio molybdophanes Reichenow» 1883, une espèce d'Ethiopie, Kenya du Nord et Somalie, dite «cou rouge».
Le mot dérive de l'italien «ostruce», lui-même issu du latin «avis struthio», d'après le grec strouthiôn.
L'autruche est le plus rapide des oiseaux terrestres. Animal de grande taille, 2m20 en moyenne et assez lourd, 120 kilos en moyenne, l'autruche est un oiseau qui ne vole pas. Son espérance de vie est d'environ 70 ans, 40 ans en captivité.
Elle se déplace en marchant et peut atteindre la vitesse de 70 km/h en courant. Ses pattes n'ont que deux doigts. Elle se repose sur le doigt intérieur, le plus développé, lorsqu'elle court. La faculté de voler a été remplacée par la puissance des pattes, qui lui permet de courir aussi vite que des mammifères.
Cette puissance est telle que l'autruche ne connaît aucun prédateur. Le lion lui-même en a peur. En effet, le mâle dominant d'un groupe d'autruche défendrait immédiatement les autruchons en donnant un coup de patte meurtrier à l'animal qui oserait s'y attaquer. Un coup de pied équivaut à 200 kg d'impact. Il donc est très difficile d'approcher les autruches.
À l'âge adulte, la tête et le cou de l'autruche sont dénudés ou garnis d'un duvet épais. Le plumage du corps est abondant. Les ailes sont courtes mais normalement constituées.
Il existe un important dimorphisme sexuel : le mâle possède un plumage noir avec l'extrémité des ailes blanches tandis que la femelle a un plumage brun terne. Ses yeux sont plus grands que son cerveau.
Jusqu'à 9 mois, le mâle est de la même couleur que la femelle, c'est-à-dire brun terne. Puis, il prend la couleur noire.
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