Ali Boukhlef
6 Janvier 2009
Onze jours après le début de la guerre contre Ghaza, les ballets diplomatiques accompagnent désormais les sirènes des ambulances et le bruit des chars israéliens sans qu'une solution se profile à l'horizon. Depuis le début du conflit, les tentatives diplomatiques, quoique trop timides et parfois maladroites, ont commencé à se manifester. Mais les résultats ne sont pas toujours assurés dans l'un des conflits les plus complexes au monde.
Deux jours donc après le début de l'attaque israélienne le 27 décembre dernier, les ministres arabes des Affaires étrangères -comme pour se donner bonne conscience- ont tenu une réunion au Caire. Organisée dans le feu de l'action, cette rencontre a été tout simplement un échec. Car, à part la rhétorique habituelle qui condamne et soutient, rien de concret n'a été décidé. Et les ministres se
sont séparés pour s'accuser mutuellement de trahison par la suite. Sauf que les Arabes -qui se sont déplacés entre-temps à Washington pour tenter de convaincre le Conseil de sécurité d'intervenir- savent qu'aucune solution ne peut être trouvée sans l'intervention de pays tiers, notamment les Etats-Unis (inopérants à cause notamment de la transition du pouvoir) et l'Union européenne.
D'autres pays plus au moins influents dans la région ont tenté d'apporter leur pierre à l'édification du «chemin de la paix», pour reprendre le président français Nicolas Sarkozy. Ainsi, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a tenté, des jours durant, de profiter de ses bonnes relations avec plusieurs parties de la région, notamment les deux protagonistes directs, à savoir Hamas et Israel, de servir d'intermédiaire. En vain. Sa volonté est stoppée net par, d'un côté, la fidélité du Hamas à son combat et, surtout, l'obstination de l'Etat sioniste à venir à bout du mouvement islamiste. Pendant ce temps, les meurtres continuent.
En plus des appels au calme qui fusent de partout, y compris des pays plus souvent favorables aux Israéliens, toutes les tentatives de médiation ont été discrètes, sinon infructueuses. L'initiative la plus osée est sans doute celle du président français Nicolas Sarkozy. Deux jours après le début des hostilités, le chef de l'Etat français a reçu à Paris la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, pour lui proposer dans un premier temps «une trêve humanitaire».
Le schéma de Sarkozy est simple : demander aux deux parties un cessez-le-feu de 48 heures pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire dans la bande de Ghaza dont les conditions ne cessent de se dégrader de manière catastrophique. «Pas question», réplique la ministre israélienne sur le perron de l'Elysée, siège de la présidence française.
Le président français ne lâche pas prise. Il a programmé, dans l'immédiat, une tournée dans la région. «Je vais aller chercher les chemins de la paix», avait-il déclaré aux journalistes depuis la capitale française. Mais les chemins semblent sinueux et plein d'embûches, d'autant que l'intervention terrestre était imminente. Multipliant les contacts, d'abord à Paris, Nicolas Sarkozy a néanmoins commencé hier sa médiation sous de mauvais auspices. Il sait que le pari est risqué.
«Celui qui ne prend pas le risque d'échouer se prive également de la chance de réussir», a-t-il fait valoir dimanche dernier dans un entretien à des journaux libanais. Avant de rencontrer aujourd'hui les présidents libanais et syrien -Damas abrite essentiellement le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal- le chef de l'Etat français s'est entretenu, hier, avec le président égyptien Hosni Moubarak, avant de rejoindre en début de soirée le chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
Avant Sarkozy, une délégation de l'Union européenne, emmenée par la République tchèque, s'est rendue hier dans la région pour convaincre les deux parties d'arrêter les hostilités. Mais la délégation n'a pas atteint ses objectifs, puisqu'elle est confrontée, dès le début, à deux problèmes de taille : en plus du refus israélien d'arrêter son agression (Livni et Olmert ont rejeté toute idée de cessez-le-feu), l'Egypte a fait savoir qu'elle n'accepterait pas la présence d'une force internationale sur son territoire.
Cette dernière idée, proposée par les Européens pour contenter les Israéliens qui veulent empêcher l'approvisionnement en armes du mouvement islamiste palestinien, a donc reçu une fin de non-recevoir de Hosni Moubarak. De même que l'idée de déployer une force multinationale à Ghaza pour, officiellement, «protéger les populations civiles», est rejetée par le Hamas. Pendant ce temps-là, la situation humanitaire à Ghaza atteint «des niveaux inacceptables», comme l'a affirmé le chef de la diplomatie française. La diplomatie arrêtera-t-elle cette spirale ? Il est difficile de voir le bout du tunnel pour le moment.
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