L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Niger: De l'uranium pour un enrichissement mutuel

Lobservateur

6 Janvier 2009


Abdou Karim Sawadogo — Le groupe français Areva, leader mondial du nucléaire, a signé lundi avec le gouvernement du Niger une convention portant sur l'exploitation du gisement d'Imouranen, « la mine d'uranium la plus importante de toute l'Afrique et la deuxième du monde », précise Areva. Ce gisement devrait produire 5000 tonnes d'uranium par an à plein régime pendant 35 ans. Il nécessitera un investissement initial de plus de 1,2 milliard d'euros et la production commencera à l'horizon 2012.

C'est dire donc qu'entre le groupe et le premier des Nigériens, Mamadou Tandja, les nuages se sont dissipés, emportés par les vents du réalisme. Le premier était accusé par le second de soutenir les « bandes armées » actives au nord du pays, mais à qui on dénie toujours le statut de rebelles. Toujours fidèle à sa logique de nier l'évidence et de voir des ennemis partout, Tandja a fini par avoir ce groupe français dans son collimateur.

Mais, cette fois-ci, il a dû se rendre à l'évidence : le numéro un mondial du nucléaire civil est loin d'être la moindre des sociétés françaises, et l'ancienne métropole, toujours prompte à préserver son précarré, ses intérêts, n'allait pas admettre une déculottée dans l'univers minier du Niger surtout avec un métal aussi stratégique ; d'autant qu'une pénurie mondiale d'uranium se produira selon les experts dès 2015 ; la production atteindra son maximum en 2025 avant de diminuer, entraînant la diminution de la production d'électricité nucléaire, et aucune autre technologie nucléaire ne sera disponible avant 2040. Au-delà de l'usage civil, l'uranium militaire (enrichi à 92%) permet la fabrication des armes atomiques, dont disposent les grandes puissances tout en interdisant aux autres Etats libres du monde d'en posséder.

L'enjeu était donc de taille pour que le président nigérien, quel que turbulent soit-il, s'amuse à s'accorder une liberté qui va à l'encontre des intérêts de l'autre. Lui qui, à la lumière de la loi fondamentale, ne doit plus se représenter mais demande la modification de celle-ci pour prolonger son pouvoir de 3 ans et ce, contre l'avis du peuple, mis à part, bien entendu, ses courtisans et ceux qu'on dupe toujours, ne peut pas se mettre Paris à dos sans laisser des plumes. Entre AREVA et Tandja, c'est donc aujourd'hui la lune de miel.

L'heure n'est plus aux suspicions et à la méfiance, mais à la convergence de vues, « Nous sommes sur la même ligne et j'espère que les choses vont aller maintenant très vite », a déclaré la présidente du groupe, Anne Lauvergon, à la télévision publique à l'issue d'un entretien avec le président Tandja. On peut même penser à un deal de ce genre entre Paris et Niamey : « Tu nous donnes l'uranium dans les conditions voulues par nous, et tu gardes le pouvoir ».

Si c'est le cas, il peut avoir malheureusement la conscience tranquille avec cette nuée de cas de violation de constitution qui nous environne sur le continent noir, où certes les chefs d'Etat ne ferment pas l'Å"il sur la légitimité extérieure, mais ignore celle intérieure, qui, seule, doit justifier leur présence au pouvoir. C'est ce qui fait que nos Etats, en quelque 50 ans d'indépendance, cherchent toujours leurs repères sur la voie du développement, et les populations ploient sous l'extrême pauvreté, contre laquelle l'aide au développement n'a pu faire grand-chose et ne pourra rien, si les choses ne changent pas.

En dehors de ce grand projet concernant l'uranium, le pays d'Amani Diori veut exploiter son gisement de pétrole. Classé parmi les Etats les plus pauvres au monde, ce pays a un sous-sol à la générosité débordante, comme quoi Dieu n'oublie jamais les siens. C'est sûr, avec cette convention, le pays se prépare à entrer dans une embellie économique qui pourrait l'aider à marquer des points dans les classements du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Et si Tandja veut accompagner son pays dans la prospérité et la quiétude, il n'a qu'à mettre à profit les 11 mois qu'il lui reste à passer à la tête du pays pour jeter les bases de la bonne réalisation des projets, et circuler, car les problèmes de l'Afrique, ce sont la mal gouvernance et la conservation du pouvoir.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Niger

Rubriques