Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Les maîtres d'école à la recherche des diplômes universitaires

Pazouknam J.B. OUEDRAOGO

7 Janvier 2009


La formation supérieure intéresse de nombreux enseignants du primaire à Ouahigouya dans la province du Yatenga. Mais concilier études et activités professionnelles n'est pas chose évidente. Enseignants et responsables de l'administration rencontrés courant octobre 2008, en témoignent.

Le directeur régional de l'Enseignement de base du Nord, Moumouni Ouédraogo : "La formation universitaire pourrait être un avantage pour le système éducatif et un atout pour le projet enseignement post-primaire". L'inspecteur de la circonscription n°2, Boureima Diallo : "Nous n'avons rien contre le fait que les enseignants s'inscrivent à l'université; c'est leur droit".

"Dans le passé, la formation universitaire n'intéressait que quelques enseignants. Mais avec les nouvelles réformes, l'engouement des enseignants a grandi ces dernières années". Ainsi s'est exprimé le Directeur régional de l'Enseignement de base du Nord (DREBAN) Moumouni Ouédraogo, parlant des enseignants qui poursuivent des études supérieures.

A Ouahigouya, chef-lieu de la province du Yatenga, de nombreux enseignants se sont lancés dans la course aux diplômes universitaires. Une compétition parsemée d'embûches mais qui ouvre des portes au bout de l'effort comme l'a expliqué nombre d'entre eux. Jean Sawadogo, instuteur à l'école Souly du secteur n°1 de Ouahigouya a suivi des cours par correspondance pendant six ans à l'Université de Ouagadougou.

Il a dû abandonner sa classe pour se rendre dans la capitale toutes les fois qu'il devait faire des devoirs à l'université. Mais il profitait des créneaux libres pour rattraper ses retards dans l'exécution du programme. Un autre enseignant qui a requis l'anonymat a confié qu'il a repris classes à l'université parce qu'il n'a pas eu suffisamment de temps pour préparer ses examens.

Une formation en adéquation avec l'enseignement

La psychologie, la philosophie et la linguistique sont en général les filières de prédilection des enseignants étudiants. Pourquoi ? M. Sawadogo, inscrit en année de maîtrise de psychologie a répondu qu'il est nécessaire pour lui en tant qu'enseignant, de comprendre l'Homme en général et la psychologie de l'enfant en particulier. Cela, a-t-il poursuivi, me permet d'appliquer les meilleures théories psychopédagogiques, pour transmettre le savoir aux enfants. Pour son collègue de l'école de Pièla du secteur n°13, inscrit en linguistique, il est utile d'allier connaissance des langues et enseignement de base. "La linguistique devient de plus en plus une discipline intégrée dans l'enseignement bilingue", a-t-il expliqué. Et l'enseignant linguiste y est, un élément essentiel selon lui.

Une enseignante de Yingané dans la Circonscription d'éducation de base (CEB) de Thiou, Alimata Zida apporte d'autres éléments d'explications : "La linguistique permet de mieux apprendre les prononciations, les accentuations et les intonations aux élèves. Nous arrivons à aider ceux qui éprouvent des difficultés à prononcer le son "che" et "je" du fait de l'influence de leur langue maternelle", a-t-elle ajouté. A l'entendre, la linguistique qui est la science des langues et du langage, explique la structuration de certaines langues nationales et leur influence sur le français. Ce qui permet de corriger les défaillances et de pallier les difficultés de langage.

Des clés pour les professionnels

Pour la directrice de l'école Bimbili D de Ouahigouya, Maïmouna Ouermi, la formation universitaire améliore non seulement l'enseignement mais facilite également l'évolution dans la carrière professionnelle. Il est ressorti de ses propos que le nouveau système de l'enseignement de base donne la possibilité aux enseignants titulaires du baccalauréat de se présenter à certains concours professionnels comme ceux des conseillers et inspecteurs.

Le directeur régional de renchérir : "Avec une ancienneté de cinq ans, un enseignant titulaire du Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) et d'une licence, peut directement passer l'inspectorat, au lieu d'attendre dix (10) ans après le CAP pour prétendre au concours des inspecteurs".

Jean Sawadogo, en maîtrise de psychologie en plein cours d'histoire dans une classe de CE1.

Concernant les retombées concrètes de la formation universitaire sur le travail des enseignants, ceux-ci ont souligné qu'ils ont eu de meilleurs résultats scolaires malgré leurs études. M. Sawadogo par exemple a obtenu 100% de réussite au Certificat d'études primaires (CEP) dans sa classe. Selon le directeur régional, les enseignants dotés de diplômes universitaires réussissent facilement aux concours professionnels. La formation universitaire comporte bien des difficultés, ont souligné nombre d'enseignants.

Mme Ouermi qui a passé le BAC témoigne : "Avec les tâches administratives et ménagères, ça n'a pas été facile de préparer mon examen".

Des difficultés à travers la formation

Un de ses collègues a confié qu'il a été obligé d'abandonner les cours à l'université pour mieux se consacrer à ses élèves avec lesquels il devrait être évalué pour son examen pratique du CAP. "Il fallait rallier Ouagadougou à chaque examen à l'UO Alors que la phase pratique du CAP nécessitait que je fusse aux côtés de mes élèves pour mieux les encadrer".

Cependant, déterminé à consolider ses connaissances, il compte se réinscrire pour l'année 2008-2009. La plupart des enseignants estiment qu'il faut de l'abnégation pour concilier cours à l'université et enseignement à l'école. En effet, ont-ils expliqué, les grèves, les débrayages et autres manifestations des étudiants ou des enseignants de l'université entament souvent leur motivation et faussent leurs programmes et projets.

"On nous accorde des autorisations d'absence de 24 à 48 heures. Pourtant les examens à l'UO dépassent parfois deux jours. Et il faut trouver une solution" a ajouté M. Sawadogo. "Lorsqu'on prend toutes les dispositions pour se libérer et se rendre à Ouagadougou pour les évaluations et voir le temple du savoir fermé ou les devoirs reportés, on est plus que déçu", ont-ils laissé entendre. L'enseignant dans cette situation perd son temps, son énergie et son argent.

Face aux difficultés, prioriser la conscience professionnelle

Cela le met souvent en difficulté avec ses supérieurs hiérarchiques car il est amené à entreprendre les mêmes démarches pour bénéficier d'autorisations d'absence. A ce propos, l'inspecteur chef de la circonscription d'éducation de base de Ouahigouya n°2 Boureima Diallo ne cache pas son mécontentement surtout à l'endroit des maîtres qui s'inscrivent à l'UO à l'insu de leurs supérieurs.

La directrice de l'école Bimbili D de Ouahigouya, Maïmouna Wermi : "Dans la quête du savoir, il faut beaucoup d'abnégation pour ne pas sacrifier l'avenir des élèves".

Alima Zida, enseignante à Yingané : "J'ambitionne dispenser des cours dans une école bilingue. Une formation en faculté de langues serait un atout pour moi".

"Ceux-ci abandonnent leur classe sans justification, sans se soucier de l'avenir des enfants. Nous ne nous opposons pas au besoin de se former dans la mesure où un enseignant bien instruit peut mieux dispenser les cours à l'école. Mais il faut respecter les délais d'autorisation d'absence et les procédures de délivraison", conseille-t-il. Notre chance est que dans les communes, il est mis dans chaque classe, deux maîtres pour pallier les problèmes liés à la pléthore des effectifs. Les enseignants étudiants ont alors la possibilité d'être remplacés pendant leurs absences, a relevé l'inspecteur.

De plus, les directeurs d'école sont déchargés de telle sorte qu'ils puissent remplacer les enseignants absents. Par ailleurs, appuie M. Sawadogo, les examens universitaires se déroulent pendant les mois de juillet et septembre, période qui correspond aux vacances scolaires. Face aux difficultés pour concilier formation universitaire et obligations professionnelles, Jean Sawadogo pense que la décentralisation des universités pourrait diminuer les fréquents déplacements sur Ouagadougou et les abandons de classes.

L'enseignant va mieux coordonner ses activités scolaires et universitaires. Pour Mme Ouermi, il faut plutôt prioriser les intérêts des élèves et la conscience professionnelles. En tous les cas, les enseignants reconnaissent qu'un enseignement de qualité doit nécessairement accompagner l'Objectif du millénaire pour le développement en ce qui concerne l'éducation. Et nombre de pays développés ont su asseoir une bonne politique de développement en faisant de l'éducation un secteur-clé.

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