La Presse (Tunis)

Tunisie: Télévision - «Vedettes de demain»

Khaled Tebourbi

7 Janvier 2009


Récemment sur TV 7 notre ami Ezzedine Ayachi était convié, entre autres, à évoquer son expérience de la troupe nationale de musique au début des années 80. Ces stras nous les devons à "Vedettes de demain (Amina Fekhit/Saber Rebaï/Dhikra Mohamed/Najet Attia).

Belle occasion, propice, croyons-nous, à remettre sur la table, le problème devenu urgentissime de la prospection des talents.

Ce que l'on observe, en effet, c'est que tant au sein de la troupe nationale de musique que dans la grille même de la télévision nationale, l'idée de formation et de recherche des nouvelles voix a pratiquement disparu

Pourquoi?

Les réponses que l'on donne ici ou là ne sont pas près de convaincre. A la troupe nationale de musique, l'argument de «professionnalité» est utilisé presque à tous les coups. La direction entend faire de la troupe «un ensemble performant et d'expérience».

Cela donne quoi au concret? Juste un trop plein de chanteurs «endurcis», et un programme de concerts où les créations nouvelles et les talents d'avenir sont choses rares pour ne pas dire introuvables.

Mais le mystère reste complet en ce qui concerne la télé nationale et son rôle, pourtant traditionnel de prospecteur de talents.

Pourquoi une émission comme «Vedettes de demain», qui a eu ses heures de gloire depuis les années 70 jusqu'à une date relativement récente est-elle franchement abandonnée aujourd'hui?

Pourquoi abandonne-t-on une institution qui a donné à la chanson tunisienne ses plus grands chanteurs et chanteuses de l'époque contemporaine?

Affaire de psychologie

Rien ne le justifie en vérité. Ni «la hausse des coûts», ni la mutation des publics, ni spécialement la vogue de la Star Academy.

Simplement, tout a été une affaire de psychologie ambiante. Une fausse croyance s'est installée à partir de la mi-90, selon laquelle une autre culture de la musique doit prévaloir à l'époque de l'explosion satellitaire. Quelle culture musicale au juste? On ne l'a jamais su.

Tout au plus a-t-on entendu les nouveaux chantres de l'audiovisuel réclamer «une rupture nécessaire avec les vieilles habitudes du spectacle et du chant».

Une nébuleuse si l'on y réfléchit, bien, car ni «la civilisation de l'image», ni la concurrence satellitaire, ne contredisent en fait la continuité des valeurs classiques de la belle voix et du beau chant.

Bien au contraire : prospecter les belles voix et aller à la rencontre du beau chant est un complément vital pour les formes actuelles du spectacle.

Quelle satellitaire, même spécialisée dans les clips, refuserait de prendre en charge une ou un jeune artiste doué de voix ?

Quelle chaîne et quelle antenne publique ou privée ne s'accommoderaient-elles pas de nos jours d'une nouvelle star de la grande chanson ?

Dépasser «le syndrome»

Nous l'avons dit : ce qui domine hélas c'est une pseudo impression, une sorte de crainte (inutile) de perdre des marchés ou de ne pas se conformer aux «goûts du jour».

Et cela n'a pas l'air de se dissiper, loin s'en faut. Une syndrome de l'innovation semble comme inhiber le domaine du chant, dans nos troupes, mais surtout à la radio et à la télévision.

Liens Pertinents

Un syndrome, Dieu merci, qu'il suffira de vouloir dépasser pour que les bonnes traditions musicales reprennent leur bon et vieux cours.

Notre ami Ezzedine Ayachi s'est montré surpris l'autre soir quand on lui a suggéré de proposer, à nouveau, un cycle «Vedettes de demain». Il nous a paru un peu effrayé par la perspective.

Rien ne s'y oppose à vrai dire. Sauf le flou des «craintes» et la «raideur» des préjugés.

Trois chaînes sont à l'écoute: pourquoi ne pas faire fi de tout cela et foncer clairement sur le projet ?

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