Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La corruption s'institutionnalise

Kimp.

7 Janvier 2009


Lorsque le Belge Karel de Gucht, ci-devant ministre des Affaires Etrangères, épinglait, il y a une année, la corruption au nombre d'anti-valeurs au passif des gouvernants congolais, le ciel des relations entre Bruxelles et Kinshasa s'était brutalement assombri, au point que jusqu'à ce jour, l'éclaircie continue de se faire attendre. Quand, en milieu d'année 2008, la Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco), dans une de ses déclarations incendiaires, tirait la sonnette d'alarme sur ce mal qui avait fini de tout gangrener au pays, on a senti une montée de nervosité au sein de la classe dirigeante congolaise.

En dépit de toutes les promesses des décideurs congolais de s'investir dans la bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques, les faits de tous les jours montrent que la situation va de mal en pis. Le fait que des membres de notre représentation nationale - affaire de revisitation des prévisions des recettes de la DGI, dossier SNEL-MagEnergy, truanderie d'un sujet Libanais propriétaire d'une savonnerie dans les installations de la Renapi - interpelle les consciences.

On se souvient qu'en 2003, la Commission Bakandeja, en synergie avec l'Inspection Générale des Finances, la Cour des Comptes et le Conseil Permanent de la Comptabilité au Congo, avait établi un rapport accablant à l'endroit de six membres du gouvernement de transition, présumés coupables de corruption et de détournement des deniers publics, griefs qui leur avaient coûté leurs postes en janvier 2004. Qu'au Dialogue Intercongolais, les participants aient eu l'idée de mettre en place, entre autres structures d'appui à la démocratie, la Commission d'Ethique et de Lutte contre la Corruption (CELC) est un indice révélateur de la psychose générale face à certaines pratiques peu orthodoxes dans les moeurs congolaises.

Au-delà de l'affaire DGI

Il serait injuste de croire qu'il n'y a que des députés qui se font graisser la patte dans le traitement des dossiers en rapport avec les finances publiques, les marchés publics, les interpellations, les questions écrites et orales, les projets de lois, les enquêtes politiques et administratives, etc. Mais, dès lors que ceux qui devraient contrôler les actes des membres de l'Exécutif national et des mandataires publics dans les entreprises publiques et d'économie mixte brillent par des comportements équivoques, il est permis de douter de la gestion même de l'Etat, à tous les niveaux.

Les évêques congolais nous rappelaient, il y a moins de six mois, que tout pouvait s'acheter en-dessous en RDC : une décision politique, une décision judiciaire, un titre scolaire, un titre académique, une carte d'identité officielle, un permis de conduire, un passeport, la signature d'un contrat, une nomination politique, une promotion administrative, un certificat d'enregistrement valant titre de propriété foncière ou immobilière, un certificat de naissance, une attestation de bonne vie et moeurs, attestation médicale, etc. Ils avaient suggérer, dans le souci de crever l'abcès en vue de repartir sur de nouvelles bases, un forum national sur la corruption et que 2009 soit décrétée année de lutte contre la corruption.

Selon toute vraisemblance, un mauvais signal est déjà parti du Palais du Peuple, siège du Parlement de la République. L'opinion congolaise apprend, de manière vraiment incidentielle, que les « enveloppes » couvrent plusieurs dossiers publics. Mais combien d'actes de corruption et concussions posés par des détenteurs du pouvoir de « signer » échappent-ils au commun des mortels, puisque frappés par la loi du silence ?

Il se raconte, dans les milieux des investisseurs, que les « signatures » des décideurs politiques congolais « coûtent » cher, tellement cher que nombre de projets de développement finissent par être abandonnés par financiers potentiels. Mais, de plus en plus, certains commencent à épouser l'air du temps, essentiellement dans le domaine des infrastructures routières. Ici, des entrepreneurs acceptent de laisser de grosses « commissions » à ceux qui décident du choix des gagnants des « appels d'offres », parfois jusqu'à concurrence de 30% de la facture globale. En retour, les bénéficiaires des dessous de table ferment les yeux sur la qualité des routes. Le système « C » fait rage partout : contrats miniers, achats des médicaments pour les hôpitaux publics, marchés publics, mises en place dans l'administration publique, l'armée, la diplomatie, les services spéciaux, douanes, fisc, etc.

Beaucoup d'argent dans les placards congolais

A la lumière des affaires de corruption qui circulent aux quatre coins du pays, le constat logique à faire est que beaucoup d'argent, qui devrait être canalisé vers les caisses de l'Etat, échoue dans les poches des individus. Ainsi, ceux qui estiment que le Budget national est terriblement sous-évalué ont pleinement raison. Au regard de ses ressources naturelles et des sources de création de richesses fiscales, douanières, administratives et domaniales, la République Démocratique du Congo ne mérite pas un budget de moins de 5 milliards de dollars.

Elle devrait être en mesure de mobiliser des masses d'argent au même titre que l'Angola, le Congo/Brazza, le Gabon, la Zambie, le Nigeria et autres. Que des compatriotes aient été traversé par l'idée de faire tomber les prévisions des recettes de la DGI de près de 90 milliards de Francs à près de la moitié devrait faire passer à des manipulations obscures sur celles d'autres régies financières telles que l'Ofida et la DGRAD. Le diamant, l'or, le coltan, le pétrole, le cuivre, le cobalt, le bois, la papaïne sont autant d'autres sources d'évasion des richesses communes. La corruption, l'anti-valeur la mieux partagée entre Congolais, est un véritable frein au développement national. Une réflexion nationale s'impose pour en cerner les contours et assainir les moeurs, sinon, la lutte contre la pauvreté restera à jamais un voeu pieux.

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