Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana à Conakry
8 Janvier 2009
Au-delà de la volonté des populations guinéennes de voir leur quotidien s'améliorer au plus vite, ce qui les préoccupe, en particulier sa classe politique et la société civile, c'est la tenue d'un scrutin, surtout la présidentielle, au plus vite. Sur ce dernier sujet, les opposants sont divisés : un premier groupe veut qu'on postpose la présidentielle par...
... rapport aux législatives tandis que le second est pour le schéma actuel, c'est-à-dire les députations avant. Du côté du camp Alpha-Yaya-Diallo, on table sur une présidentielle qui aura lieu courant juin-juillet 2010.
« Allez-y vous concerter et proposez-nous des projets de société et des dates pour les élections... si nous vous imposons quoi que ce soit, vous allez dire que nous sommes des dictateurs... ». Paroles du capitaine Dadis Camara aux hommes politiques et de la société civile le 28 décembre 2008 lors d'une de ses premières rencontres avec les animateurs de la vie politique guinéenne.
Il sait, en effet, que le problème de la Guinée réside dans l'absence d'alternance. Depuis pratiquement 50 ans, ce pays n'a jamais connu une vraie élection transparente et crédible. Il n'ignore pas non plus que si le peuple est relativement bienveillant face à cette transition militaire, qui a commencé le 23 décembre dernier, il attend de la junte qu'elle ne s'éternise pas au pouvoir et qu'elle organise les conditions nécessaires au retour à une vie constitutionnelle normale.
Les USA, l'Union africaine UA), la CEDEAO, l'UE, tous souhaitent que, très rapidement, les Guinéens puissent opter pour le dirigeant de leur choix. Nicolas Sarkozy, le chef de l'Etat français, formait le jour de la Noël 2008 « le vÅ"u qu'une transition pacifique ordonnée et démocratique se mette en place en vue de permettre un retour rapide au fonctionnement normal des institutions, par des élections libres et transparentes, qui devraient être organisées à bref délai et sous observation internationale ».
Le mandat des députés étant expiré il y a plus de deux ans de cela,les législatives doivent impérativement être organisées pour que l'Assemblée nationale se dote de nouveaux représentants de la nation. D'ailleurs, si beaucoup ne se sont pas préoccupés du sort de l'ex-occupant du perchoir, Abdoulaye Somparé, c'est que celui-ci n'avait plus de légitimité, ayant été maintenu là de par la seule volonté du défunt Lassana Conté. L'intéressé, soit dit en passant, n'a pas fait allégeance aux nouveaux dirigeants, et sollicite une exfiltration pour un exil doré ( ?).
Mais si l'organisation de scrutins fait l'unanimité dans les états-major des partis politiques, leur timing est l'objet de polémiques entre les opposants, scindés en deux groupes : un premier groupe de 8 formations politiques et de la société civile, menées par Sidya Touré, ex-Premier ministre et président de l'Union des forces républicaines (UFR), qui nous a, d'ailleurs, accordé une interview, que vous pourrez lire dans nos prochaines éditions, et qui est farouchement contre des législatives avant la présidentielle.
Pour lui, il faut mettre fin à cette transition militaire par une élection présidentielle avant d'élire les députés, « sinon on se retrouvera dans la situation de la Mauritanie actuelle avec un président élu démocratiquement certes, mais sans majorité et qui s'est retrouvé bloqué et a fini par être victime d'un coup d'Etat ».
Le second groupe, composé de 11 partis politiques et associations que cornaque Alpha Condé du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), est pour le scénario qui a cours, à savoir doter l'hémicycle de députés avant d'aller aux urnes pour la présidentielle. Selon ce groupe, il n'y a pas lieu de changer le chronogramme établi, car les députés élus pourront même Å"uvrer à mieux faire réussir la présidentielle.
Les deux entités s'accordent cependant sur un point : pas question de bâcler la transition, qui serait alors source de graves problèmes politiques. Du reste, de part et d'autre, on trouve les 2 années promis par la junte pour retourner dans les casernes raisonnables.
« Les gens ne savent pas exactement ce qui s'est passé dans ce pays... J'étais en janvier 2007 dans l'immeuble de l'UE qui surplombe le pont du 18 novembre ...ce que j'ai vu...des gosses qu'on assassinait... et quand on parle de crimes économiques en Guinée, c'est plutôt d'un pillage qu'il s'agit ....il faut repartir de zéro », affirme le même Sidya Touré.
Du côté du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA) du camp Alpha-Yaya, où siège le président Moussa Dadis Camara, la période de juin-juillet 2010 est pratiquement celle retenue pour la tenue de la présidentielle. Quand au chronogramme des législatives, vraisemblablement, les militaires attendent les propositions des politiques.
18 mois donc, c'est le temps imparti aux militaires, notamment à son chef, pour montrer à la face du monde que celui-ci est soit un ATT, un Ely Ould Val ou un Robert Guéi. A lui de choisir !
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Je ne suis pas tout à fait d'accord que les gens diabolisent les militaires par rapport au pouvoir comme s'ils n'étaient en soi que contre le développement de nos nations. Combien de civils ont eu les rênes du pouvoir et ont contribué à l'affaissement de la Guinée ? Feu Lansana Conté était certes le président mais les civils étaient d'intrépides agents de sa politique. Je pense donc que mieux vaut un bon militaire patriote au pouvoir qu'un civil formé je ne sais en quoi. Au tant que les civils, les militaires peuvent bien conduire la Guinée à sa libération. Que Dieu bénisse la Guinée et nous donne d'hommes vraiment humains pour la destinée de ce beau pays.