Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Lutte contre le drame des femmes qui meurent en couches à Sedhiou

Kolda et Sédhiou sont les deux régions du Sénégal où le taux de mortalité maternelle inquiète le plus. La persistance des pratiques traditionnelles jugées néfastes fait perdurer le mal. Sur place, un système de parrainage est initié par Africare et les structures de santé pour infléchir la tendance.

Le taux de mortalité maternelle est estimé à 400 décès pour 100.000 naissances vivantes au Sénégal, indique le dernier rapport d'enquête sur la santé de la reproduction. Ce taux est supposé être le double dans les régions de Kolda et Sédhiou. Ces statistiques inquiètent plus d'un, surtout pour l'atteinte des Objectifs du millénaire pour le Développement (OMD) à l'horizon 2015. A Sédhiou l'ONG Africare du programme américain USAID a initié un système de parrainage de concert avec les structures sanitaires de la région pour impliquer les communautés dans la recherche de solutions idoines au mal qui perdure depuis ces cinq dernières années.

A Koussy, village situé sur l'axe Sédhiou/Madina Wandifa, des groupes cibles sont organisés pour mener des activités de sensibilisation en faveur d'un changement qualitatif des comportements à risque comme le non respect des consultations prénatales et les accouchements à domicile. S'exprimant au sujet de la mission de Africare dans la région de Sédhiou en matière de prise en charge maternelle, Abdoulaye Diallo, son représentant explique que « c'est un programme de l'USAID que Africare exécute depuis mars 2008 en partenariat avec d'autres organisations comme le district sanitaire.

Notre stratégie privilégiée s'appelle le Care groupe ; c'est un concept anglais de groupe conseil pour les soins adéquats de santé notamment chez les femmes en état de grossesse. Ce sont des initiatives émanant des populations elles mêmes allant dans le sens de partager les informations nécessaires et indispensables à la santé de la future maman et de son nouveau né. A notre niveau, nous essayons de les organiser tant soit peu afin d'apporter quelques réponses aux différentes préoccupations liées à la mortalité maternelle et néonatale ».

Sur place, l'adhésion des populations se manifeste par des activités de sensibilisation de masse et des porte-à-porte au sein de la communauté. Aussi, la voix des leaders tels que les imams, curés, dignitaires traditionnels et cultuels porte très haut le message des relais communautaires. « Ici à Koussy, nous avons sept care groupes structurés en fonction de l'appartenance géographique. Chaque groupe organise une fois par semaine une causerie pour sensibiliser les femmes enceintes sur les comportements à adopter jusqu'au-delà de l'accouchement. Nous avons également initié une approche de prise en charge appelée « ndèye dikké ».

C'est une forme de marrainage pour confier le suivi de la future maman à une dame du coin plus ou moins expérimentée et reconnue de par sa disponibilité surtout pour veiller au respect des consultations prénatales et à ne pas accoucher à domicile autant que faire se peut. La caisse de solidarité que nous avons mise en place permet de venir en aide en temps réel celles qui ne disposent pas à tout moment de l'argent », note pour sa part Fanta Badiare la présidente des groupements de femmes de Koussy.

UNE REPONSE AUX GROSSESSES ET MARIAGES PRECOCES ET/OU FORCES ?

« Des cas de grossesses et de mariages précoces et/ou forcés sont fréquents dans la région de Sédhiou et singulièrement dans cette zone surtout chez les jeunes élèves. Mais, depuis que nous avons entamé ces activités de sensibilisation de proximité, nous avons senti un léger mieux. Au début, ces filles renient leur état de grossesse, ce qui est de nature à accroître les risques mais elles finissent par accepter pour fréquenter les structures de santé.

Nous allons également vers leurs parents pour les convaincre à ne proférer aucune menace à l'encontre de leurs filles au risque qu'elles optent pour une solution dramatique ou d'abandon de maison », a expliqué Boubacar Mané le relais communautaire de Koussy. Cette même approche est mise en route à la case de santé de Tourécounda, village de l'axe Kolda/Sitaba qui polarise une vingtaine de localités, pour briser les tabous les pratiques jugées néfastes. Ce site est aussi une case pilote de planification familiale à l'échelle communautaire.

« La prise en charge des femmes en état de grossesse se fait très correctement ici grâce au soutien de Africare, des autorités médicales et des leaders des communautés bénéficiaires. Peu à peu, les gens comprennent la valeur des consultations prénatales et de l'ensemble des principes de précaution liées à la situation d'une femme en état de grossesse, nous prenons également soin des enfants atteints de malnutrition et nous faisons régulièrement des pesées dans le cadre du suivi/conseil », a dit Kany Camara, la matrone de Tourécounda.

Des propos bien confortés par Mbaye Fall, l'infirmier chef de poste de Diendé qui atteste que « cette forme de prise en charge à l'échelle communautaire nous permet d'avoir plus de visibilité en terme de statistiques et de stratégies de riposte à certains pathologies ou complications ». Seulement, à Koussy tout comme à Tourécounda, le manque de moyen d'évacuation accroît toujours les risques de mortalités des patients surtout les femmes en couches.

« C'est souvent à des heures tardives de la nuit que les femmes en travail (à terme de grossesse) meurent du fait de l'absence de possibilités de les référer à temps vers les structures hospitalières » a notamment relevé Kany Camara. Ces communautés ont enfin formulé avec insistance des requêtes pour l'obtention d'ambulances médicalisées pour que plus jamais une femme ne perde la vie en donnant la vie.


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