Infos Plus Gabon (Libreville)
Par Célia Lebur
9 Janvier 2009
La nature sauvage du parc W, situé au carrefour du Niger, du Bénin et du Burkina Faso est sécurisée et protégée. Offerte à l'oeil du voyageur, ce paysage fait bien sûr son bonheur. Mais le programme écologique ne fait pas toujours l'unanimité...devant une population locale très pauvre, qui doit composer avec les contraintes du parc.
« A l'extérieur du parc, nous nous bagarrons avec les agriculteurs qui grignotent peu à peu les terres et ne veulent pas voir nos troupeaux gaucher leurs récoltes. Obligés de trouver de nouveaux espaces, nous venons les faire paître dans l'enceinte du parc, alors que cela est interdit, et même dangereux, avec les animaux sauvages qui rôdent... », regrette Yero, un éleveur peul.
Les différentes activités rurales ne sont pas toujours compatibles entre elles, à l'image de l'agriculture et du pastoralisme, et les conflits qui en découlent se trouvent exacerbés par les déplacements de populations, notamment peules.
« Le parc W est un oasis pour nous, les Peuls, avec ses mares et les affluents du fleuve, la Tapoa et le Mekrou, quand on arrive du nord où sévit la sécheresse », poursuit Yero.
Pour répondre à ces problématiques, le programme Ecopas essaye de promouvoir un nouveau mode de gestion participative en périphérie du parc, les Zones villageoises d'intérêt cynergétique (ZOVIC).
L'expérience a été tentée côté bukinabe, où les réserves de brousse, objets de convoitise tant pour l'agriculture, la chasse, que le pastoralisme, ont été divisées en zones bien délimitées, propres à chaque activité, tout en incluant la préservation des points d'eau environnants, dans les villages de Koumalougou, Kabougou et Toptiagou.
Un tel espace multifonctionnel, dessiné en concertation avec la population, tout en apaisant les conflits entre ruraux, permet d'éviter le saccage clandestin du parc.
« Car nous avons encore à surveiller le parc, où viennent transhumer les troupeaux en saison sèche, et où chassent encore les braconniers la nuit pour la viande, bien qu'ils risquent des sanctions lourdes », explique Moussa, un forestier.
Au delà des contraintes qu'entraîne la sécurisation du parc, l'implication des villageois dans la préservation de ses richesses semble nécessaire, afin de concilier leur contribution au développement des espèces qui y sont protégées, et la possibilité d'en retirer, tout légitimement, des bénéfices.
Des villages « d'écotourisme » aux personnels du parc, les revenus générés par la proximité de la réserve ne sont pas négligeables. Comme dans ce petit village, Karey Kopto, dont les habitants ont pu construire un campement, au bord du Niger, grâce à l'aide de l'Union Européenne et du voyagiste Point Afrique.
C'est grâce aux ressources du tourisme, que Soumaila a pu bénéficier d'une « classe de la 2ème chance ».
« J'ai pu obtenir mon Certificat d'études primaires (CEP), alors que j'ai 13 ans, au lieu de retourner aux champs, et d'abandonner l'école, comme il était prévu », explique fièrement l'enfant.
Quand aux guides du parc, ils sont essentiellement issus des villages environnants, car les jeunes, très tôt, peuvent bénéficier de formations théoriques à partir de ce qu'ils côtoient quotidiennement : les espèces recensées dans le parc, celles en voie d'extinction, la végétation, comment approcher les animaux sans les effrayer ni mettre en danger les touristes.
C'est le cas d'Abdoulaye Bah, 22 ans, originaire du village de la Tapoa, situé à l'une des entrées du parc, et déjà guide depuis 5 ans. Il connaît le parc comme sa poche.
« Mon père faisait déjà ce métier, et m'emmenait partout avec lui quand j'étais enfant, j'ai donc suivi ses traces, naturellement... », déclare Bah.
La tutelle du parc, plutôt qu'un obstacle au développement des populations riveraines, semble pouvoir offrir ses attraits aussi bien aux bêtes qu'aux hommes, à condition de n'y exclure personne...
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