Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Lumumba - Un franc-parler au sang chaud, un «indiscipliné politique»

Jean-Baptiste Ndeke

12 Janvier 2009


analyse

Kinshasa — L'auteur de l'article se pose la question de savoir si Lumumba était à la solde des communistes ou il était un visionnaire téméraire aux accents nationalistes. Il confronte ce qu'il a oui-dire à ce qu'il sait par la lecture de l'histoire. Depuis quelques temps, des spéculations se font de plus en plus jour et insistantes non seulement sur la nécessité de redorer la figure de Lumumba mais aussi sur une éventuelle redébaptisation de Kinshasa en l'honneur du héros national. Outre le fait que je perçois cela comme des rumeurs non fondées, je tiens à considérer une telle tentative, si elle devrait jamais se réaliser, pour un retour éhonté vers un mythe qui n'ose pas regarder l'histoire en face.

Après la chute de la dictature, il faudrait bien comprendre le rôle et la figure de Lumumba car le règne de Mobutu a occulté et altéré, à tort d'ailleurs, certains aspects de la réalité historique de notre pays. 32 ans c'est long voire très long au point où le président Clinton, un peu agacé, disait de Mobutu : «Quand j'étais étudiant, il était président. Quand je suis devenu gouverneur, il était toujours président et quand je suis président, il est encore président». Moi, je dirais au contraire : «Quand Lumumba est mort, je n'étais même pas encore né !»

Qu'importe si ce qui fait autorité dans la vérité est passé de l'oralité à l'écrit; de la gérontocratie ou de la génération des cheveux gris à la spécialisation et à la maîtrise scientifique du domaine; de l'arbre à palabre aux débats parlementaires et juridiques, aux forums des média etc. Toutefois l'hiatus entre générations me parait encore et toujours perceptible, c'est-à-dire entre, d'une part, ceux qui ont connu l'odieuse colonisation et en portent encore parfois des stigmates, ceux qui ont dansé «Indépendance Tcha Tcha», et d'autre part, la génération montante qui n'a eu de cette période qu'un regard lointain des facettes choisies et souvent bigrement maquillées pour le besoin de la cause.

En scrutant l'histoire, je trouve qu'il y a deux périodes importantes dans le parcours du héros : avant l'indépendance (le héros) et après l'indépendance «l'indiscipliné».

Avant l'indépendance : le héros

Lumumba est le héros national, ai-je appris à l'école primaire. Sa mort est même parfois considérée comme un martyre au même titre que celle des victimes de la répression du 4 Janvier 1959. L'histoire veut que ce soit le passage du général De Gaulle à Brazzaville en août 1958 qui ait fait tilt dans la conscience de cet employé des Postes l'amenant à insister pour le droit des Congolais d'accéder, comme les autres peuples, à l'indépendance. Le général, en effet, offrait aux Congolais français la possibilité de choisir le statut de leur territoire : soit en faire un Etat indépendant et souverain, soit adhérer à la France au titre de territoire d'Outre-Mer.

Lumumba, alors basé à Stanleyville (Kisangani), exaspéré par des atermoiements belges sur la question, adresse, deux jours après, un Mémorandum au gouverneur général belge au Congo demandant l'indépendance immédiate et l'intégration des leaders africains dans le groupe d'études censé former la Police nationale. Le Postier, qui dirige le Cercle des évolués, fonde en octobre 1958, le Mouvement national congolais (MNC), premier parti supra-ethnique, 8 ans après la fondation d'un autre plus tribal, l'Association des Bakongo pour l'unification, l'expansion et la défense de la langue Kikongo (ABAKO) par Edmond Nzeza-Landu. Lumumba, lui, préconise de préparer les masses et l'élite à assurer les affaires publiques, de continuer le processus de démocratisation, d'implanter la déclaration des droits de l'homme et de sortir du néo-colonialisme par la non-violence.

De retour d'Accra où il participait à la All-African People's Conference, il tient un rassemblement populaire à Léopoldville cette fois, au cours duquel il déclare que l'indépendance n'est pas un cadeau de la Belgique mais un droit mérité du peuple congolais. Le lendemain, c'est au tour de l'Abako de tenir meeting. Celui-ci sera violemment réprimé créant ainsi des tensions dans la population. Le 8 janvier Kasa-Vubu est arrêté et le 12, l'Abako dissoute. Libéré, il fait un tour en Belgique. De retour, en mai il ressuscite l'ABAKO qui s'appelle tout simplement l'Alliance des Bakongo.

Le 29 octobre 1959 d'autres partis nationalistes rejoignent le MNC, notamment : - le Centre du regroupement africain, - le Parti du peuple, - l'Union de la jeunesse et, tenez-vous bien, l'Union nationale du Rwanda. Mais bientôt des tensions internes secouent le parti qui se disloque en deux ailes : le MNC-Lumumba et le MNC-Kalonji. Les partis nationalistes dont le MNC en tête décident de boycotter les élections nationales prévues en juin 1960. Une autre vague de violence explose et Lumumba est rendu responsable.

Il est arrêté le 1er novembre 1959 mais sera relâché afin de participer à la conférence de la Table ronde à Bruxelles en janvier 1960, où sera fixé l'indépendance du Congo pour le 30 juin 1960. Un mois avant la date de l'indépendance, en mai 1960, lors des élections nationales, le MNC-Lumumba obtient 33 sièges, l'ABAKO 12 . Mais lors de la formation du gouvernement, c'est plutôt Kasa-Vubu qui est élu par les deux chambres, avec 159 voix contre 43, au poste de Chef de l'Etat; Lumumba est, avec ses 33 sièges, le Premier ministre. Etait-il déçu ou désillusionné ?

Bref, je retiens de cette période que Lumumba a prôné et réveillé le sentiment national. Son mouvement s'ouvrait à tous, contrairement aux autres qui s'affichaient sans ambages régional ou tribal. Il a aussi présenté l'accession à l'indépendance comme un droit dévolu à tous de jouir de la liberté et de déterminer sa destinée et souligné la nécessité de rompre avec un passé autrement douloureux pour se prendre en charge en tant qu'adulte.

Après l'indépendance : «l'indiscipliné»

Cela peut paraître osé aux yeux de ceux qui ont fait de lui un mythe, mais laissons parler les faits historiques. Le jour même de l'indépendance a lieu le premier acte d'«indiscipline» du Premier ministre. Ce qu'il convient d'appeler en langage courtois l'incident diplomatique.

Après les discours du roi Baudouin et du président Kasa-Vubu, Lumumba surprend le protocole, prend la parole, déplie des papiers soigneusement cachés et c'est l'incendiaire speech. Il se moque tout à la fois du protocole et des règles de préséance. Indiscipline ou héroïsme ? Besoin inavoué de porter à tout prix le chapeau sans doute. Ce que tu souhaitais est là, alors pourquoi cracher l'animosité ? Pauvre Lumumba, les élections ne t'ont pas hissé au poste que tu aurais sans doute voulu occuper; la postérité essaie en vain de te l'assurer ne serait-ce que dans l'imagerie populaire alors que l'histoire te le prive à tout jamais.

Et quand la crise née de la Force publique donne l'occasion à Moise Tshombe et son Conakat (Confédération des associations du Katanga) de passer du simple voeu fédéraliste à une factuelle sécession - le pas était si proche pour tarder à être franchi - Lumumba identifie judicieusement les coupables : les Belges. Bravo. Mais on aurait tort de penser que ce sang chaud s'arrêterait là. Le Premier ministre déclare la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique et demande aux Belges de quitter le territoire national dans les 12 heures. Mon pauvre ! Il y a bien quelqu'un au-dessus de toi. Héroïsme ou indiscipline ? Mettez-vous à la place du Chef de l'Etat et encaissez pareilles décisions-surprises de la part de votre Premier ministre...

Décidément, il outrepasse ses prérogatives, constate le Chef de l'Etat. Le calme ne pourrait être tenu pour un défaut et le respect des règles pour de la faiblesse. Kasa-Vubu sort de son apparente torpeur, signe le 5 septembre 1960 une ordonnance qui limoge le Premier ministre et nomme Joseph Ileo. Mais comme on peut s'en douter, le soir même l'ancien Premier ministre annonce à son tour la révocation du chef de l'Etat. A ce stade, j'ignore si la Constitution prévoyait et reconnaissait au Premier ministre (ancien) le droit de démettre un chef de l'Etat élu par le parlement.

Mobutu interviendra pour neutraliser les deux politiciens. Mais ce n'est pas encore le grand départ en politique de José de Banzy (pseudonyme du journaliste Mobutu) ou plutôt si. Le président demande l'aide des Casques bleus de l'Onu (première mission du genre dans l'histoire de l'Organisation) alors que l'ancien Premier ministre s'adresse, lui, au Ghana qui réagit promptement. Ne s'est-il pas lié d'amitié avec N'Krumah ?

Cela ne semble pas suffire car bientôt il demandera l'aide de la Russie communiste. Mon pauvre! Aujourd'hui c'est un motoculteur que tu aurais reçu et on t'aurait indiqué ton «vrai» métier en lieu et place de toutes ces gesticulations sur la scène politique. Je me demande bien ce que cela aurait donné aujourd'hui que d'avoir embrassé, à cause de toi, le communisme. Ce n'est pas de gaieté de coeur que la Russie et certains autres anciens pays communistes ont dédié des universités à Lumumba. Lors de l'Assemblée générale des Nations unies, l'ancien Premier ministre envoie une délégation parallèle à celle du bloc Kasa-Vubu - Ileo - Mobutu. L'Onu vote pour cette dernière.

Lumumba, ancien Premier ministre, perçoit son échec. Tout est perdu, le rêve fini. Il faut rentrer dans la ville-berceau de son activité politique : Stanleyville. Pour tenter de nouveau, qui sait. Oui, il faut rentrer d'où l'on est parti et où de surcroît le MNC a encore pignon sur rue. Mais le retour en arrière est trop tard. Oui, l'autoroute est faite pour des grandes vitesses. Aux commandes de la machine, on peut rouler aussi vite que l'on veut mais il faut savoir décélérer à temps et se ranger du bon côté pour ne pas rater la sortie car la marche arrière n'est jamais autorisée et elle est mortelle. Le retour en arrière sera hélas trop tard car il n'arrivera jamais à destination...

Héroïsme contesté ?

Liens Pertinents

Il est certes de bon ton de se replacer dans l'environnement de gestation et d'éclosion d'une telle volonté d'affirmation. Je relève deux points : 1. Le mérite de Lumumba ne me semble pas résider dans l'exigence de l'indépendance. Ceci était le voeu des Belges eux-mêmes qui, sous la pression internationale et devant la vague d'émancipation de ces années-là, s'apprêtaient eux aussi, comme les Britanniques et les Français, à lâcher bride. Mais confrontés au manque criant des cadres dans les différents secteurs de la vie publique, ils préconisaient un délai «raisonnable» afin de nous y apprêter. Il est vrai que 30 ans de prévu sonnaient à la fois injurieux et fourbe de leur part. Mais.

Le mérite de Lumumba en tant que chef de file des «nationalistes» (ce mot me fait toujours peur, encore que certains l'emploient fièrement pour caractériser l'action de Lumumba !) est, je crois, l'exigence de l'indépendance immédiate. La nuance est de taille. En cela, l'héroïsme ne me paraît pas aussi évident que l'oralité a coutume d'en broder les exploits. Car, non seulement, il était déjà question de l'indépendance en milieu belge, mais surtout une telle revendication n'a pas eu l'air de choquer l'administration coloniale. Le dialogue et la tolérance entre Belges et évolués congolais existaient

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Author: omar
Mon Jan 12 11:10:50 2009

Lumumba n'était pas seulement indiscipliné. Il était aussi hautement incompétent et très incapable de gérer la république.


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