L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Congo-Kinshasa: CPI - A quelle sauce sera mangé Jean Pierre Bemba ?

Boureima Diallo

12 Janvier 2009


Depuis hier lundi, Jean Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, s'explique devant les juges de la Cour pénale internationale de la Hayes aux Pays-Bas, à l'occasion d'une audience dite de confirmation des charges.

Pour faire simple, disons que l'audience de confirmation des charges permet au juge de voir si le procureur dispose d'un nombre suffisant de preuves pour intenter un procès sur la base des charges citées.

Cette audience n'est aucunement un procès et ne déterminera pas la culpabilité ou l'innocence du président du Mouvement de libération du Congo.

Après cette procédure, les juges peuvent, soit confirmer les charges, ce qui conduit directement au procès, soit demander au procureur de donner des éléments additifs. Ces juges internationaux, qui sont à l'Å"uvre, ont jusqu'à jeudi prochain, soit quatre jours d'audience, pour voir s'il y a suffisamment de preuves pour organiser un procès.

On se souvient encore que ce fils du richissime homme d'affaires congolais Saolona Bemba et ancien commandant en chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), qui vivait en exil depuis un an à Faro au Portugal tout en faisant de fréquentes navettes entre ce pays et la Belgique, a été interpellé le 24 mai 2008 à Bruxelles.

Ce suspect sérieux de la Cour pénale internationale est visé par cinq chefs d'accusation de crime de guerre et trois de crime contre l'humanité :

il est notamment soupçonné de viols, de tortures, de traitements dégradants, de pillages et de meurtres, commis par ses hommes sur le territoire de la République centrafricaine du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003.

Parallèlement à leur implication dans la guerre civile de 1998-2003 en République démocratique du Congo, les combattants du MLC étaient allés appuyer le régime du président centrafricain d'alors, Ange Félix Patassé, pour écraser une tentative de coup d'Etat du général Bozizé, qui s'est emparé plus tard du pouvoir.

A travers la présente audience, le candidat malheureux à la présidentielle congolaise de 2006 entre dans l'histoire comme le premier suspect faisant l'objet d'un mandat d'arrêt délivré par la CPI dans le cadre de l'enquête sur les évènements intervenus en République Centrafricaine, ouverte en mai 2007 par le procureur, Luis Moréno Ocampo.

Il devient ainsi le quatrième prisonnier de ce tribunal international après les chefs de milice congolais Thomas Lubanga, Mathieu Ngudjolo Chui et Germain Katanga à être dans la ligne de mire de l'institution que semble diriger sans complaisance le procureur argentin.

Certes, pour le moment, on retient son souffle dans les Grands-Lacs ; mais si cette inculpation venait à être confirmée, ce serait incontestablement la boîte de pandore que l'on aurait ainsi ouverte, ce, d'autant plus que d'autres personnalités de diverses nationalités pourraient défiler à la barre.

Dès son arrestation en Belgique, Bemba a fermement promis de coopérer avec la Cour. S'il tient vraiment parole, ce probable procès peut être une mine de révélations et surtout d'enseignements.

C'est dire qu'avec cette audience, l'excitation est à son comble dans certaines capitales des Grands-Lacs, où l'on pense que d'autres personnalités qui, d'une manière ou d'une autre ont trempé la babiche dans cette affaire, pourraient être appelées à en répondre.

A tout seigneur tout honneur, d'ores et déjà, on cite parmi les prochains prévenus l'ancien président Centrafricain Ange Félix Patassé, qui, depuis son départ du pouvoir d'Etat, a pris ses quartiers à Lomé au Togo. Car, si les troupes de Bemba sont allées en Centrafrique mater les rebelles, c'est lui, Patassé, qui les y a conviées.

Mais, comme on l'a vu, elles ne se sont pas contentées de taper sur la rébellion, elles ont volé, violé et tué de manière gratuite des Centrafricains et des Centrafricaines ; c'est dire que l'hôte du président Faure Gnassingbé a sa part de responsabilité dans les exactions des troupes du MLC dans son pays.

Parmi ceux qui pourraient également être entendus par les services du procureur Ocampo, on cite volontiers et en bonne place des généraux ougandais, instructeurs des troupes du MLC en Centrafrique. Cette situation semble être une source de préoccupation au pays du président Yoweri Museveni, qui ne voudrait aucunement remettre ses officiers aux fins limiers de la CPI.

Véritablement, l'Ouganda, qui est signataire du Statut de Rome, se trouve dans une position bien délicate et pourrait difficilement se dérober à ses engagements si d'aventure ses officiers étaient cités à comparaître.

Quoi qu'il en soit, cette arrestation de Jean Pierre Bemba promet d'être riche en rebondissements, car, si ces généraux devaient être entendus par la CPI, cette affaire ferait boule de neige en Ituri, où les exactions les plus abjectes ont été également commises par les troupes de Bemba au moment où il régnait en maître sur cette partie du Congo.

Là aussi, les officiers ougandais ont fait largement étalage de leur savoir-faire dans la violation des droits de l'homme sans oublier de piller systématiquement les fabuleuses richesses de la zone.

Hormis cela, l'Ouganda est fortement soupçonné d'avoir entretenu de nombreuses milices dans cette partie du Congo, qui n'ont pas fait dans la dentelle en matière de violation des droits de l'homme ; chose qui a conduit les criminels Thomas Lubanga, Katanga et Ngudjolo dans les geôles de la CPI à la Hayes.

Alors, face à ces graves chefs d'accusation, la ligne de défense de Jean Pierre Bemba pourrait s'articuler autour de deux axes. Premier argument : Bemba n'était pas sur place et n'a pas été dans la chaîne de commandement.

Second argument : les miliciens qui ont commis ces exactions ont été jugés et punis à l'époque par le MLC.

En dépit de cet argumentaire, Bemba pourra-t-il s'en tirer à si bon compte ? Il est permis d'en douter même si Me Aimé Kilolo, son avocat, estime que le procureur de la CPI aura du mal à prouver tous les crimes dont on charge son client.

Mais quelle que soit l'issue de cette affaire, son côté pédagogique marquera pendant longtemps les esprits, et tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir réfléchiront désormais par deux fois avant de poser un acte qui peut être lourd de conséquences pour eux.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Rubriques