L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

4 Février 2009

Mali: Peut-on enfin faire confiance à Ag Bahanga ?

« Nous voulons la paix. La guerre n'est pas une bonne chose pour le Mali. L'Algérie peut aider tout le monde à faire la paix. Nous voulons faire la paix ». C'est ainsi que, mardi dernier, Amed Ag Oussouf, connu pour être un proche du chef rebelles Ibrahim Ag Bahanga a annoncé, avec insistance à l'Agence France Presse (AFP), la décision de l'Alliance Touareg du Nord-Mali pour le changement (ATNM) de rentrer dans les rangs de la République.

Et il a précisé que son patron avait déjà « saisi officiellement la médiation algérienne pour réintégrer l'accord d'Alger et pour faire la paix avec tout le monde ».

Coup de bluff ou stratégie de combat ? Toujours est-il que cette décision est prise à un moment où l'ATNM est mise en difficulté sur le terrain par l'armée malienne, qui a déclenché depuis janvier une offensive d'envergure contre les positions de la rébellion. Une offensive à succès qui a contraint, dans un premier temps, les hommes d'Ag Bahanga à demander, dimanche dernier, un cessez-le-feu vite rejeté par les forces loyalistes.

Le rejet de cette trêve est manifestement le signe que l'armée est plus que jamais convaincue d'être très près de son but : anéantir la rébellion. En effet, les succès militaires enregistrés ces derniers temps confirment sur le terrain la suprématie militaire et tactique des hommes du général-président Amani Toumani Touré sur ceux d'Ibrahim Ag Bahanga.

On comprend alors ce revirement spectaculaire du chef rebelle, qui martelait, rien qu'en fin janvier 2009, la détermination de son mouvement à poursuivre la guerre, car, confiait-il alors à un journal algérien, « la seule alternative qui s'offre à nous est la riposte et la guerre par les armes ». On imagine donc aisément que dans les larges bandes désertiques maliennes, la puissance de feu et le succès ne sont plus du côté de l'ATNM.

C'est pour cela qu'on peut se poser de légitimes questions sur la sincérité de la demande de paix des insurgés touareg. Quel crédit donner à un homme passé maître en retournement de veste et qui, du lever au coucher du soleil, est capable de se renier trois fois ?

Sa démarche procède-t-elle d'une réelle volonté de faire la paix ou alors est-ce tout bonnement parce qu'il est en difficulté qu'il use d'une stratégie pour amener l'armée à baisser un peu la garde et à desserrer un peu son étau juste le temps qu'ils puissent reconstituer ses forces et enflammer de nouveau le Nord-Mali ? Rien n'est impossible, car il s'agit d'une guerre, et chaque partie peut user de ruse pour aboutir à ses fins.

Ce n'est sans doute pas pour rien non plus que l'armée boude la trêve tant réclamée à cor et à cri par les rebelles. Une stratégie de Bamako qui consiste à maintenir la pression sur Ag Bahanga afin de faire monter les enchères pour obtenir de l'ATNM qu'elle s'amende réellement, en revenant définitivement dans le camp de la République.

Une chose est sûre : le chef rebelle, qui a essuyé beaucoup de pertes, est très affaibli, et la seule issue honorable qui s'offre à présent à lui est l'accord de paix d'Alger. Un accord dont il s'était lui-même écarté. En faisant la sourde oreille face à l'appel à la trêve, Bamako veut montrer qu'il est fatigué des promesses non tenues des révoltés touaregs.

Seulement, cette fois, il faut avouer que les autorités maliennes sont face à un dilemme : refuser la main tendue des rebelles, c'est rester dans la logique de la guerre ; par contre, accepter de fumer ce calumet de la paix, c'est faire un pari et prendre un risque, le pari de réconcilier pour toujours les enfants de la Nation, et le risque que demain, après la paix, la rébellion ne recommence de plus belle.

Dans tous les cas, il urge de trouver un modus vivendi et cela, dans l'intérêt supérieur du peule malien. A moins que Bamako ne veuille la reddition pure et simple des insurgés, ce qui est incertain.

C'est pour cela que la médiation algérienne doit accepter de réintégrer Ibrahim Ag Bahanga dans le processus de paix tout en prenant évidemment un certain nombre de dispositions pour garantir et assurer le retour définitif des rebelles dans le champ de la République.

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