Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: la seule voie de salut

En très haut lieu, il a été décidé de la construction d'un centre commercial en lieu et place du stade Assane Diouf qui était une propriété de la Commune de Dakar, avant d'être reversé, par une délibération souveraine du Conseil municipal, dans le domaine public de l'Etat. Les populations (particulièrement les jeunes) des zones polarisées par ledit stade se sont levées pour s'opposer à ce projet. Les raisons avancées font béton (passé glorieux du stade, unique structure sportive pour plusieurs milliers de jeunes de la Médina, de Reubess, de Gorée, etc.). Des voix mieux autorisées que la mienne (celle de M. Lamine Diack qui est un enfant de Reubess en particulier) se sont déjà clairement exprimées. J'ose espérer que les autorités de l'Etat prendront en compte les récriminations des populations qu'elles sont censées servir.

Après la conférence publique organisée par ceux qui veulent sauver le stade et certains propos qui y ont été tenus à juste raison par mon marabout Thierno Habibou Mountaga Tall et rapportés par la presse, j'ai eu peur pour mon pays et mon peuple. Cette peur s'explique par le fait que, quelque part, on ne sait pas que les équilibres au sein de la nation sénégalaise sont encore très précaires. Nous n'avons pas encore une nation forte, une nation soudée même si ses illustres bâtisseurs (Mamadou Dia et Léopold Sédar Senghor) lui ont donné un hymne, un sceau et un drapeau.

Après 50 ans d'indépendance, nous continuons toujours à être des musulmans et des chrétiens ; des tidianes, des mourides, des khadres et des layènes, etc. ; des Wolofs, des Toucouleurs, des Sérères, des Diolas, des Soninkés, etc. ; des geers et des gnégnos. C'est tellement vrai qu'après chaque formation d'un gouvernement, on entend des voix s'élever par-ci par-là pour se plaindre de la non considération de telle religion, de telle confrérie, de telle ethnie ou de telle classe sociale.

Jusqu'en 2000, ceux qui avaient en charge la gestion de l'Etat ont toujours tenu compte des équilibres si nécessaires à l'édification de la Nation. Depuis un certain temps, tous les efforts consentis pendant 50 ans sont en train de fondre comme beurre au soleil. N'a-t-on pas vu deux honorables députés se crêper les chignons, chacune disant que son sang était plus riche en hémoglobine royale ? N'a-t-on pas entendu un autre honorable député parler de journalistes pular, sérère, bassari, koniaki et autres ? Dans le pays du Pulaar Mamadou Dia, du Sérère Senghor et du Wolof Lamine Guèye, c'est tout simplement terrifiant !

Lorsque mon marabout Thierno Habibou Mountaga Tall déclare que 'personne n'oserait faire à Touba ou Tivavouane ce qu'on veut faire à côté du mausolée de Thierno Seydou Nourou ; c'est peut-être parce que les Toucouleurs ne sont pas nombreux à Dakar', j'ai applaudi des deux mains même si la deuxième partie de la phrase m'a donné la chair de poule. J'ai applaudi car Thierno Seydou Nourou Tall, petit-fils de Oumar Foutiyou Tall qui a introduit la tarikha tidiane au Sénégal et dans toute l'Afrique de l'Ouest, Thierno Seydi Nourou Tall qui, à côté de Dia et Senghor, a négocié avec De Gaulle l'indépendance du Sénégal dans la paix et la concorde des coeurs, Thierno Seydou Nourou Tall qui, au moment de l'éclatement de la fédération du Mali, s'était farouchement opposé à ses parents maliens au profit de Senghor et du Sénégal, ce serviteur de Dieu et de la Oumah islamique ne mérite pas de reposer à côté d'un centre commercial, porta-t-il le nom de 'Kawsara', c'est-à-dire l'abondance.

A quelque religion, tarikha, ethnie ou classe sociale qu'il appartienne, tout guide religieux, tout citoyen sénégalais devrait condamner fermement le projet de souillure du mausolée de Thierno Seydou Nourou Tall. Qu'une statue d'obédience franc-maçonnique surplombe ledit mausolée est déjà suffisamment grave et choquante ; qu'un centre commercial le jouxte est tout simplement inadmissible.

La deuxième partie de la déclaration de mon marabout Thierno Habibou Tall (' . c'est parce que les Toucouleurs ne sont pas nombreux à Dakar') m'a donné la chair de poule, car elle m'a replongé dans les propos malheureux de ce député irresponsable qui a classé les journalistes sénégalais en pular, sérère, koniaki, wolof, etc. Thierno a certes raison. Toutefois, son humble talibé, que je suis, souhaiterait le voir parler du Sénégal et du peuple sénégalais comme le faisaient ses illustres grands-parents et parents. C'est notre seule voie de salut.


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