Johannesbourg — Karamoja, région semi-aride du nord-est de l'Ouganda, est en crise ; à l'origine de cette crise : un cocktail explosif dont les principaux ingrédients sont les conséquences du changement climatique - 14 sécheresses en 25 ans - ainsi que les conflits frontaliers, les raids menés par des voleurs de bétail armés et des problèmes complexes de développement et de viabilité, ont appris des participants à une récente conférence sur le Changement climatique et la sécurité en Afrique.
En raison des répercussions humanitaires de ces facteurs, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies mène à Karamoja un programme d'aide alimentaire qui dure depuis 40 ans.
La situation à Karamoja a été soulignée par l'Agence d'aide à la coopération technique et au développement (ACTED), l'organisation humanitaire française qui a organisé la conférence, avec l'Institut Egmont, cellule de réflexion bruxelloise, dans un souci de sensibilisation aux liens complexes qui existent entre le changement climatique, les conflits, les migrations et la sécurité humaine au sein des communautés d'éleveurs d'Afrique.
Ainsi, les pénuries de vivres et d'eau causées par l'impact du changement climatique pourraient aggraver les conflits actuels et en provoquer d'autres, selon un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et de son Groupe consultatif d'experts, dirigé par l'Institut international du développement durable, une cellule de réflexion canadienne sur les politiques en matière de développement durable.
Dans son rapport, le PNUE appelle à mener davantage de recherches sur la façon dont le changement climatique risque d'augmenter la vulnérabilité aux conflits, et sur les manières de traiter ce problème par l'alerte précoce.
Les raids menés par des voleurs de bétail armés - essentiellement de mitraillettes AK-47 - étaient auparavant une réaction de survie lorsque les maladies et la famine frappaient une communauté ; aujourd'hui, ils sont monnaie courante, et sont menés à des fins lucratives, a expliqué Victor Onenchan d'ACTED.
La crise humanitaire qui accable Karamoja est oubliée depuis longtemps, a déploré David Knaute, autre intervenant d'ACTED. « Depuis la Grande Famine de 1980, au cours de laquelle 20 pour cent de la population totale a péri, plusieurs sécheresses consécutives ont augmenté le risque d'insécurité alimentaire ».
Le PAM nourrit au moins 970 000 des 1,1 million d'habitants que compte Karamoja. « Les problèmes d'insécurité et la présence d'armes ont également provoqué d'importants déplacements de population et de graves problèmes humanitaires ; des centaines de femmes et d'enfants fuient vers les grandes villes d'Ouganda (Kampala, Mbale, Jinja, Soroti) pour gagner de quoi vivre en mendiant, et les populations les plus vulnérables s'installent près des centres urbains, sans aucune source de revenu », a poursuivi M. Knaute.

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