Ceux qui croient que la crise financière et économique mondiale n'affectera pas le continent africain peuvent déchanter. Par un effet d'entraînement, l'Afrique sera gravement affectée par cette crise. La conviction est du Fonds monétaire international (Fmi).
Le continent africain n'est et ne sera pas épargné par la crise financière et économique mondiale actuelle. C'est du moins ce qui a été retenu samedi lors d'une conférence publique organisée par le Sudes autour du thème: 'la crise financière et économique mondiale et les perspectives pour l'Afrique' tenue à l'Amphithéâtre Kocc Barma Fall de la Fastef.
A ce panel, tous les acteurs se sont accordé sur le fait que l'Afrique sera gravement affectée par cette crise. Ainsi, donc, pour le modérateur Amady Aly Dieng, il faut bien se livrer à une analyse systémique pour comprendre la nature de cette crise.
Selon le professeur de sciences économiques, 'nous faisons face à une crise du système capitaliste lui-même, qui est différente de la crise de 1929'. Un avis partagé par le représentant-résident du Fmi à Dakar, Alex Segura qui, dans son exposé, a expliqué que 'même si les banques africaines ne sont pas trop exposées à la crise économique et financière internationale, l'Afrique sera gravement affectée par la crise'.
Cela, argumente-t-il, par le biais de transmission de mécanismes entre les pays développés et les pays en développement à travers les indices du carré magique qui vont connaître une nette dégradation. Il s'agit de la croissance mondiale, de l'inflation, des flux financiers ainsi que des soldes budgétaires et des balances de paiement. M. Segura cite, à titre d'exemple, le cas de la Chine qui, en moins de deux ans, a perdu cinq (5) points sur sa croissance, avec 12 % en 2007 et 8 % en 2009.
Ainsi, avec un taux de croissance qui devrait passer de 5 % en 2008 à 3 % en 2009, l'Afrique subira un impact réel de la crise financière sur son secteur de l'industrie où l'on peut s'attendre à une chute drastique de la production ainsi qu'une baisse brutale des échanges commerciaux. A en croire Alex Segura, 'il y a une baisse de la demande des matières premières adressée à l'Afrique, et c'est le cas de la Chine qui est un grand consommateur de métaux en provenance d'Afrique'.
Aussi, conclut-il, 'une baisse de la croissance chinoise suscite une baisse des importations de la Chine qui est un grand consommateur de métaux en provenance d'Afrique et par conséquent une baisse de l'exportation des pays africains vers ce pays'. Et selon le conférencier, 'beaucoup d'autres pays qui exportent vers l'Europe et les Etats-Unis peuvent s'attendre à ce même scénario'.
Selon le représentant résident du Fmi à Dakar, la croissance va baisser rapidement en Afrique, tandis que l'inflation ne va diminuer que lentement. D'après Alex Segura, il y a lieu de se poser la question de savoir qu'est-ce qui va se passer lorsque les pays développés vont importer moins de produits. Puisque, dit-il, autant il y a moins de demandes, autant les prix baissent tel que le dicte la loi de l'offre et de la demande.
A ses yeux, il en sera de même avec la chute du baril du pétrole pour les pays qui tirent une grande partie de leurs recettes budgétaires de ce produit. Cependant, indique-t-il, la baisse du prix du baril du pétrole peut avoir un effet d'amortissement de la crise pour un pays importateur de ce produit comme le Sénégal. Par ailleurs, l'exposant avertit au sujet des flux financiers notamment sur l'investissement étranger direct, que l'Afrique risque d'assister à l'annulation de certaines activités lors que les entreprises étrangères auront des difficultés pour trouver des crédits.
C'est pourquoi, dit-il, la question inquiète beaucoup le Fmi et la Banque mondiale. 'Notre Dg a dit très clairement qu'il ne faut pas oublier l'Afrique, parce que quand les budgets des pays développés vont être sollicités pour soutenir ces banques, il y a un risque d'oublier le budget qui est alloué au développement', rapporte Alex Segura selon qui il faut également s'attendre à une baisse du transfert de capitaux des travailleurs de l'étranger dans les pays de l'Afrique de l'Ouest comme le Sénégal, la Gambie pour qui la diaspora est très importante. '
Lorsque le chômage dans les pays développés va augmenter, ces travailleurs qui ont perdu leur travail risquent d'envoyer moins d'argent vers les pays en développement, ce qui aura un impact négatif non seulement sur le pouvoir d'achat, mais aussi sur certains secteurs clés tels que l'immobilier au Sénégal', argue l'ambassadeur du Fmi à Dakar.
En outre, le représentant résident du Fmi présage de fortes pressions sur les soldes budgétaires et les balances de paiement et l'effondrement du courts de matières premières. Car, selon M. Segura, pour des pays comme le Congo, l'Angola, le solde de compte courant de la balance de paiement en forte dégradation est de 4 %, pour le Sénégal, il est d'un un peu moins de 4 %. Face à de probables risques, le Fmi envisage un appui financier et technique aux pays en développement, déclare l'économiste qui pense que la communauté internationale doit aussi continuer à viser les Objectifs du millénaire pour le développement.

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