L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Afrique: « Le Fauteuil » de Missa Hébié: Réalité plus que fiction

« Le Fauteuil », c'est le film du réalisateur burkinabè Missa Hébié, en compétition officielle dans la section Long métrage à cette édition du FESPACO. D'une durée de 95 mn, l'ouvre, qui est passée hier jeudi en projection de presse, est révélatrice d'un certain nombre de mauvaises pratiques dans une administration parfois sous l'emprise de la politique. Au-delà d'être une fiction, elle puise toute sa force dans la réalité, dans le vécu quotidien.

S'il y a un film qui fait honneur à la femme africaine, c'est bien « Le Fauteuil », qui déroule son tapis rouge à Norah Kafando, Mme Ouédraogo dans la fiction. En effet, celle-ci accède à un poste de responsabilité ! L'enfer se déchaîne : entre un mari jaloux, des enfants délaissés et exposés, un DG (directeur général) déchu et amer, un personnel réfractaire à tous changements, la nouvelle responsable d'une société publique dans le domaine des mines doit également supporter les préjugés sociaux et concilier ses obligations de patronne et d'épouse.

Sont ainsi abordés dans ce film, les problèmes de favoritisme et de promotion, de style de management, de harcèlement sexuel en entreprise, de rumeurs et de délation, de trafic d'influence, d'impunité. « Le Fauteuil », selon son réalisateur, est un siège éjectable où chacun vient s'asseoir et apporte sa touche personnelle. Il peut être un lit, un brûlot, un cercueil ou un tremplin. C'est, dit-on, à chacun d'en faire ce qu'il veut.

L'auteur de la série policière « Commissariat de Tampy » aborde donc plusieurs thèmes d'actualité en mettant à nu les problèmes de la bonne gouvernance. Et « Le Fauteuil » est un miroir qui pourrait aider certains de nos gouvernants à soigner notamment leurs plaies hideuses qui grippent le développement de nos pays. Il est donc une critique des dérives, même au petit niveau de l'administration ainsi qu'au niveau des rapports purement entre les hommes de nos jours, ponctués malheureusement d'hypocrisie, de manque de responsabilité, d'arrogance et de mensonges. Pour tout dire, les valeurs d'intégrité chères à notre Afrique se sont effritées au fil du temps. Et c'est ce que le film de Missa Hébié tente de nous démontrer, même s'il ne se passe pas un jour ou la presse ne relaye les frasques de rejetons de hautes autorités si ce n'est pas elles-mêmes.

Dans « Le Fauteuil », l'enfant de la directrice générale, Mme Ouédraogo, qui a failli passer de vie à trépas suite à un accident, après avoir subtilisé le véhicule de service de sa pauvre mère pour « prendre le maquis » avec ses autres camarades « fils à papa », est une des nombreuses scènes déjà évoquées par des médias dans plusieurs contrées. Même si, certains reprocheront au réalisateur de n'avoir pas « tué » ses enfants irresponsables rendant la fin du film assez jovial, le film est quand même moralisateur. Et comme généralement dans les épisodes de la série « Commissariat de Tampy », Missa Hébié achève ses films sous un ton assez jovial où la morale s'invite toujours.

Aujourd'hui, son message s'adresse à toutes les couches socioprofessionnelles pour une nouvelle société débarrassée de ses maux déjà cités et pour une réelle promotion de la femme qui mérite un meilleur regard, un traitement digne, un meilleur rôle dans la société.

Aux féministes de travestir les idées du réalisateur en récupérant l'oeuvre pour une quelconque propagande. Si « Le Fauteuil » est un film intéressant grâce à un bon dosage de comédiens professionnels et d'amateurs, il reste que des problèmes techniques y figurent à l'image du mauvais maquillage illustrant les traces de la bastonnade de Mme Ouédraogo par son mari jaloux et infidèle. « Le Fauteuil » est un beau film qui dénonce, instruit, interpelle et sensibilise.

Après la projection du film « Le Fauteuil », nous avons recueilli les propos du scénariste, Noraogo Sawadogo, de l'actrice principale, Nora Kafando/Traoré et du réalisateur, Missa Hébié.

Noraogo Sawadogo

« A travers ce film, nous avons voulu mettre en scène deux situations. D'abord, le principe de la responsabilisation de la femme. Comment, dans nos sociétés où il y a beaucoup de préjugés, amener les femmes à se dire que la responsabilisation devient de plus en plus un devoir, mais un devoir qui suppose beaucoup de sacrifice, de la détermination et de conviction ? Ensuite, de plus en plus, la bonne gouvernance et la culture du résultat doivent prévaloir dans nos administrations. C'est donc sur ces deux thématiques que nous avons travaillé. Au vu du film, de la manière dont les acteurs et actrices ont joué, je peux dire que ça s'est bien passé ».

Nora Kafando

« Un jour, j'ai reçu un coup de fil du bureau d'un monsieur qui s'appelle Missa Hébié, un nom que je reconnaissais bien avec la série « Commissariat de Tampy ».Il m'a proposé de lire un scénario dans lequel je dois jouer un rôle, je n'étais pas partante. Il m'a convaincue qu'en tant que professionnel, il m'aidera à y parvenir. Finalement, j'ai accepté son offre. Le tournage n'a pas été facile, mais j'avais la chance d'être avec des gens du métier. Je suis aujourd'hui touchée par les premiers commentaires sur le film. Des femmes me disent qu'elles se sentent dans le personnage que j'ai incarné et cela leur donne plus de courage de savoir que l'on peut surmonter toutes les difficultés. C'est le plus important pour moi ».

Missa Hébié

« Les conditions de travail étaient difficiles parce que nous n'avons pas les moyens. C'était une affaire qui nous tenait à cÅ"ur et nous avons tenu à la réaliser. Quand le film a été sélectionné par le FESPACO, il fallait le kinescoper en 35 mn. Cette dépense n'était pas prévue. Il fallait se battre pour parvenir à le faire. Le ministère de la Culture nous a compris et a débloqué la situation. C'est le lieu de le remercier, car c'est le seul partenaire qui nous a soutenus ».

Les coulisses

Tertius Zongo pose son regard sur « Le Fauteuil »

Le Premier ministre burkinabè, Tertius Zongo, a suivi le film « Le Fauteuil » de Missa Hébié, projeté hier à 18h30 au Ciné Burkina. Pour qui sait la détermination de ce dernier dans la lutte contre la corruption et la mal gouvernance, cela n'étonnerait pas que ce film devienne son coup de cÅ"ur.

Nissi Joanny Traoré présente « le dernier acte » et « Vous avez dit coton OGM ? »

C'est une présence bien remarquée que MEDIS Production affiche à cette 21e édition du FESPACO. Grâce à cette maison, on suivra de près « le dernier acte » du réalisateur Nissi Joanny Traoré, en compétition dans la catégorie films documentaires africains. On retrouve le même réalisateur dans le Panorama des films documentaires africains avec « Vous avez dit coton OGM ? ».

Un film sur ce passionnant sujet d'actualité : l'introduction du coton OGM au Burkina. Il confronte de façon réaliste les points de vue de plusieurs spécialistes sur la question des organismes génétiquement modifiés. Le film a été produit avec le soutien du MAE (Dg Cid) & de l'IRD/Projet FSF-France et sous le conseil technique de CNRST-Burkina Faso.

Nissi Joanny Traoré est un nom bien connu dans le cinéma burkinabè. Dans sa filmographie, on connaît déjà le film « Mamio, l'exil des dieux » (mention spécial du jury au Fespaco 2007), qui restera pendant longtemps dans nos esprits. A cette édition du FESPACO, Nissi Traoré est en compétition dans la catégorie des films documentaires avec « le dernier acte ».

En 26 minutes, le réalisateur nous confronte avec la réalité précaire d'un petit village de l'ouest du Burkina Faso. Contraints de quitter la base généreuse qu'ils occupaient en toute quiétude sur le flanc d'une colline, les habitants de ce village ont quasiment tout perdu après leur déguerpissement.

Ils sont aujourd'hui en train de se livrer à leur dernier combat pour garder leur organisation socio-culturelle, un dernier acte qui ne va pas tarder à faire place définitivement à l'irrésistible modernité. Laquelle modernité a débarqué sur fond d'injustices et s'installe sans pitié pour des paysans privés de secours, surtout pour les femmes encore plus vulnérables.

Le FESPACO 2009, c'est aussi le baptême du feu pour le tout jeune réalisateur Soungalo Traoré, dont la belle Å"uvre, un film d'animation de 7mn, a été sélectionnée dans le Panorama TV / vidéo africain. C'est déjà une entrée remarquable pour le jeune frère de Nissi.

L'histoire, très amusante, est construite autour d'une coccinelle, d'un éléphant et d'une autruche qui s'affrontent sur fond de quiproquo. Un bon film pour les programmes de télévision. L'ensemble des Å"uvres sorties de MEDIS Production sont disponibles au Marché International du Cinéma Africain (MICA) ou au siège de MEDIS, sis à Gounghin.

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