Notre Voie (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Laurent Gbagbo aux animateurs du secteur vivrier - "Vous nous avez sauvé et je vous félicite sincèrement"

Le chef de l'Etat ivoirien a reçu, hier au Palais présidentiel, au Plateau, les animateurs du secteur du vivrier. Il leur a promis son aide pour une organisation plus rationnelle de la production et de la commercialisation des produits vivriers.

Le président Laurent Gbagbo a félicité solennellement, hier au Palais présidentiel, au Plateau, tous les animateurs du secteur du vivrier en Côte d'Ivoire. «Pendant la guerre, vous nous avez préservé du malheur. Vous nous avez sauvés. Grâce à vous, nous avons mangé à notre faim. Ce qui fait qu'il y en a qui ne savent pas qu'il y a eu la guerre.

Parce que les mêmes choses qu'ils mangeaient avant, ils continuent de les manger. Je vous félicite pour ça. Etffectivement, lors de la prochaine fête nationale, nous allons décorer certaines femmes parmi vous. Je vous félicite très sincèrement», a déclaré Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d'Ivoire lors de la rencontre d'échanges à sa demande avec les animateurs du secteur du vivrier.

L'esplanade du Palais présidentiel était bien noire de monde, hier. Le millier de chaises, sous les différentes bâches, s'est même vite trouvé insuffisant. Les femmes, qui avaient fait le déplacement, étaient tellement nombreuses qu'on aurait dit qu'aucun homme n'exerce dans le secteur du vivrier en Côte d'Ivoire. Elles sont venues de partout avec des chants et des danses. Mais aussi les mains chargées de nourriture. Personne n'a voulu rater la rencontre d'échanges à l'initiative du chef de l'Etat lui-même avec le monde du vivrier dominé surtout par les femmes. Il le leur avait promis dans son discours du 31 décembre dernier pour marquer le passage de l'année 2008 à 2009. Et les femmes du secteur du vivrier qui n'attendaient que ça ont apprécié l'invitation du Président Gbagbo.

La première à prendre la parole est Mme Lucie Gbakayoro, présidente du comité d'organisation de la rencontre d'échange. Pour elle, l'honneur qui leur est fait leur va droit au coeur. La deuxième est Mme Irié Lou Irié Colette, présidente de la Fédération nationale des coopératives de vivriers de Côte d'Ivoire (Fenacovici). Elle a saisi l'occasion pour remettre au président de la République une étude de faisabilité pour un secteur du vivrier moderne et une agriculture mécanisée. Cela, non sans lui avoir demandé de compter sur les femmes pour que les Ivoiriens continuent de manger à leur faim. Et la troisième femme à prendre la parole est Mme Botty Irié Lou Rosalie, la présidente du Réseau des opérateurs économiques du secteur agro-alimentaire de l'Afrique de l'Ouest (Réoséao).

Celle-ci a rappelé au chef de l'Etat ivoirien qu'au plus fort de la guerre, les producteurs et commerçants du vivrier sont restés débout, bravant les coups de canons, entre routes et broussailles, villes et campagnes, à la production, à la collecte et à la distribution de produits vivriers. Juste pour permettre aux populations de tenir face aux affres de la guerre. Des sacrifices qui, selon elle, durent depuis plusieurs décennies malgré les nombreuses difficultés du terrain. Aussi, fera-t-elle quelques suggestions au Président Laurent Gbagbo dans le but d'améliorer les conditions de travail des paysans et des commerçantes du vivrier en Côte d'Ivoire.

Notamment, la mise à leur disposition des résultats des recherches scientifiques du Centre national de recherche agronomique et de l'Agence pour le développement du riz en Afrique de l'ouest, la création de télé-centres dans les zones rurales et dans les marchés urbains, la réglementation et le suivi par l'Etat de la fixation des prix de transport des vivriers et la mise en place d'une politique économique d'incitation des banques à investir dans le développement agricole.

L'agriculture, c'est pour nourrir la population

Le Président Gbagbo a reconnu que l'agriculture est mal orientée en Côte d'Ivoire : «Dans ma tête, quand on parle de l'agriculture, c'est pour nourrir les gens. Or en Côte d'Ivoire, quand on parle de l'agriculture, c'est pour produire du cacao, du café et de l'hévéa qu'on exporte. Les gens peuvent avoir des tonnes et des tonnes de cacao dans leurs magasins et mourir de faim s'il n'y a pas à manger». Pour le chef de l'Etat ivoirien, l'accent doit être désormais mis sur la valorisation de celles et de ceux qui produisent pour nourrir la population ivoirienne.

C'est pourquoi il a appelé à produire ce qu'on peut consommer soi-même pour être à l'abri des aléas extérieurs. «Il faut que la Côte d'Ivoire soit à l'abri des aléas extérieurs. Il faut que nous produisions en quantité suffisante pour nourrir la population, mais en quantité suffisante aussi pour vendre le surplus à l'extérieur. C'est parce que vous avez fait ça que je vous ai appelés pour vous remercier», a reconnu Laurent Gbagbo.

Il s'est toutefois demandé pourquoi on n'arrive pas, dans son pays, à produire le riz en quantité suffisante. Et pourtant, il est traversé de part en part par de petits et grands fleuves. Même par des rivières connexes qui peuvent permettre d'irriguer des étendues de terres pour réaliser de grandes plantations de riz. C'est alors qu'il a regretté que certaines régions manquent encore de l'eau. «Il nous faut faire une politique globale. L'homme doit manger et il doit boire. Et c'est à vous de faire cette politique de manger et de boire. Ça, c'est votre travail», a-t-il interpellé les animateurs du vivriers. Tout comme le président de la République a dénoncé la mauvaise commercialisation des produits vivriers.

Il a dit ne pas comprendre que de l'igname pourrisse à Bondoukou quand Adzopé et Abidjan ont faim. Il a aussi dit ne pas comprendre que les animateurs de ce secteur n'arrivent pas à s'acheter des camions pour une meilleure organisation de la commercialisation et pour quitter l'informel. Aussi a-t-il donné instruction au ministre d'Etat, ministre du Plan et du Développement, Paul Antoine Bohoun Bouabré, pour aider les animateurs du secteur à trouver les pistes d'une organisation à l'effort d'assurer une production et une commercialisation plus rationnelles.


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