9 Mars 2009
Victor Démé s'est produit, à la satisfaction du public, samedi dernier au Ccf Blaise Cendrars. Quand on dit « pays des hommes intègres », on voit le Fespaco, le poulet bicyclette, le tô, le faso dan fani, les crocodiles de Sabou, les noms qui se terminent en « ogo » : Sawadogo, Ouedraogo, Tendébreogo, les Bobodioufs, Tassembedo, l'icône Sankara, le 4 août, etc.
Et il faut, comme ça, comme samedi dernier à Douala, assister à un spectacle donné par un certain Victor Démé. Musicien et chanteur burkinabé Tiens, se dit-on alors. L'ex-Haute Volta est un pays d'Afrique de l'Ouest mais là-bas, côté musique, c'est surtout le Mali, la Guinée, le Sénégal et la Côte d'Ivoire
Victor Démé ? Oui, un petit père qui, l'an dernier, a remporté un prix majeur en France, avec son premier album. Le succès sur le tard, comme madame Evora. Victor a 46 ans et en fait davantage. La vie n'a pas été facile et ce musicien, épris de folk, de blues et de musique mandingue naturellement, a bourlingué dans la sous-région. Et la pierre qui a tant roulé a finalement amassé mousse. Y a vraiment des proverbes qui mentent.
Victor Démé monte donc sur la scène du Ccf Blaise Cendrars. Avec un costume un brin ringard. Avec son béret, c'est la totale, genre baba cool. Et lui qui n'arrête pas de s'excuser de parler un français qu'il ne croit pas potable. « Aka ! » Papa, c'est ta langue ? Chante !
Et il s'est mis à chanter. En dioula. On n'avait pas besoin de comprendre, mais bien élevé comme on sait l'être de son côté de l'Afrique, il nous a expliqué à chaque fois ce qu'il chantait. Mais qu'il arrête, nom de Dieu, de s'excuser pour son « franci » !
Lui n'est pas griot. Plutôt couturier, comme tous les Marka du Burkina. En égrenant sa guitare, comme ce soir, il raconte, non pas les épopées d'antan, mais le quotidien. Celui des femmes, thème majeur chez lui. Du calme, mesdames, on n'est encore que le 7 mars.
« Sabu », « Djomaya », « Burkina Mousso » Ballades et mélopées sahéliennes se suivent, souvent psalmodiées par un gars qui a vraiment le blues et qui s'évade même chez les Latinos. Accompagnées par la kora rendue célèbre par le Guinéen Mory Kante, et l'incontournable calebasse retournée, celle dont ne peuvent se passer Salif Keïta, Oumou Sangare ou même Rokia Traore.
Un drapeau du Burkina a beau être présent sur la scène, Victor Démé n'y peut pas grand-chose. Influences. Entre Ali Farka Touré, Salif Keita ou Sekouba Bambino. Ce dernier étant notamment porté sur des sonorités plus entraînantes, ce que Démé propose aussi, au point d'enflammer la salle qui danse avec lui et en redemande.
Du makossa voltaïque ? Les jeunes frères Diarra permutent entre kora et calebasse tandis que Issouf, à la guitare solo, et Moussa, à la basse, donnent plus de consistance à cette musique. Avec bonheur, Ruben Binam, le pianiste de Macase, se glisse dans cet univers déjà ouvert et universel.
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