Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
Envoyé spécial - Aboubacar Demba Cissokho
9 Mars 2009
Ouagadougou — Le palmarès de la 21-ème édition du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO) offre une radioscopie fidèle de l'état de la cinématographie du continent qui met en vedette le Maroc, l'Egypte, l'Algérie et l'Afrique du Sud, deux zones dont le 7-ème Art se caractérise par son dynamisme.
Hormis le film "Teza" de l'Ethiopien Haile Gerima qui a fait l'unanimité autour de sa qualité, le palmarès du festival est largement dominé par les Sud-Africains (films), le Maroc, l'Algérie et l'Egypte, tandis que le Burkina Faso, pays d'Afrique francophone, fait de la résistance.
Dans le détail des récompenses, le film sud-africain "Jerusalema" de Ralph Ziman a obtenu trois prix (montage, image, interprétation masculine) ; "Nothing But The Truth" du même pays a reçu l'Etalon d'argent de Yennenga ; les trophées du décor et de la musique sont allés à "Adieu mères" d'Ismaïl Mohamed (Maroc). Le Guinéen Mama Keita pour "L'Absence" (un film tourné au Sénégal) est repartit avec le prix du meilleur scénario.
Le Mali ("Fantan Fanga), le Burkina Faso ("Le Fauteuil"), l'Egypte ("Les démons du Caire), le Sénégal ('Les Feux de Mansaré"), l'Algérie ("Mascarades") ont eu chacun un prix.
Parmi ces pays, l'Afrique du Sud, le Maroc et l'Egypte sont ceux dans lesquels un embryon d'industrie cinématographique est visible avec une production régulière, des écrans pour la diffusion, un réseau de festivals (surtout pour le Maroc), un solide cadre institutionnel et une politique de soutien à la production.
L'Afrique du Sud, qui se positionne clairement depuis la fin de son isolement dû à la politique d'Apartheid, était présente, faisant montre, dans se films, d'une démarche artistique originale qui a mis en lumière des histoires humaines encore inconnues.
Pour le Maroc, dont le directeur du Centre cinématographique Nour-Eddine Sail était présent, le FESPACO 2009 a été l'occasion de déplacer une délégation constituée de réalisateurs, de producteurs et de critiques. Le royaume chérifien est venu avec trois longs métrages en compétition, des courts métrages et des documentaires.
Dans la sphère de l'Afrique noire francophone, le Burkina Faso fait de la résistance (deux longs métrages présentés en compétition) à côté du Sénégal. Ce pays, avec "Les Feux de Mansaré" de Mansour Sora Wade, marque le pas dans un contexte national de fermeture des salles, d'absence de fonds de soutien à la production, etc. La situation du Mali, pays trois fois lauréat de l'Etalon de Yennenga, est quasi identique.
Sur un autre plan, la programmation du FESPACO 2009 (compétition officielle et panorama) a permis de constater une forte politisation des sujets abordés par les cinéastes qui se sont intéressés à une critique plus ou moins marquée de la marche de leur continent. Les jeux de pouvoir, l'émigration, la question de la mémoire et de sa transmission, l'histoire, la culture, etc. ont été traités sous différents angles dans de nombreux films.
Dans son analyse, le jury du film documentaire a relevé la féminisation de l'engagement politique dans le film documentaire africain. "La prise en charge par les trois réalisatrices primées, avec une grande maturité filmique et humaine, de problèmes brûlants liés à la mémoire et à la répression politique, est un réel motif de satisfaction, de fierté et d'espoir en des lendemains meilleurs pour le Septième Art africain" a noté le jury.
Dans cette catégorie, trois femmes ont été primées : Leila Kilani du Maroc pour "Nos lieux interdits", "Behind The Rainbow" de l'Egyptienne Jihan El-Tahri et "Une affaire de nègres" de la Camerounaise Lewat Osvalde.
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