Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: Crise financière - l'Afrique loin du feu mais brûlé plus

Par Hubert MPUNGA-TSHISAMBU Economiste / Consultant indépendant

10 Mars 2009


analyse

Kinshasa — Le prétendument trop-savoir du secteur financier international nous a conduit au fonds du gouffre. L'onde de choc de cette financière internationale, la crise économique mondiale qui s'en suit, n'épargnera aucune nation, chacune à son niveau et selon les secteurs d'activités économiques qui le lient à l'économie mondiale. Les économies trop extractives et non diversifiées dans leurs exportations, en souffriront plus et, pour longtemps.

Si 2011 peut envisager le redressement pour les économies développées et celles qui émergent, les sources des matières premières, ne souriront qu'à partir de 2013 et au-delà. Parce trop extraverties, elles ne pourront reprendre qu'après la récupération et la reprise des économies partenaires extérieures, consommatrices des matières premières et bailleurs de fonds par moment. Beaucoup d'autres facteurs dont la gouvernance et l'instabilité politique les plomberont davantage.

Loin du théâtre des opérations, nos pays souffriront les plus de l'onde de choc de cette crises qui viendra amplifier le chapelet des contraintes internes dont nous souffrirons et nous retardent de prendre le train de la mondialisation. Les pays en reconstruction souffriront davantage de pesanteurs suivantes: - Le tarissement ou réduction de l'aide étrangère, elle-même exprimée en pourcentage du PIB, lequel PIB a été sensiblement revu à la baisse par tous le bailleurs d'aide international, l'aide publique au développement, - L'Assèchement du flux des Investissements Etrangers Directs, qui n'étaient qu'une fraction du surplus, de surliquidité des économies développes, - L'Aplatissement des Recettes Extérieures du à la baisse de la demande extérieure et des prix de leurs matières premières exportables, - L'Aplatissement de la Production dû à la cause précédente, - Les Pertes d'Emploi conséquentes de l'effritement des débouchés extérieurs de l'industrie locale, - L'Aplatissement de la Demande Intérieure dû à la perte de revenu de l'emploi, - Les Risques de Frustrations et Tentions sociales conséquences de ce qui précède - Les transferts au pays d'origine, des travailleurs expatriés à leurs familles, vont diminuer. Souffrance en plus pour les ménages.

Le cycle baisse de demandes extérieure et intérieure, baisse de production et dégraissement des emplois, se résumera en invendus arrêt de production et chômage pour beaucoup de pays qui étaient déjà dans une situation non loin de la récession.

Deuxième comparaison: l'Incidence sur les Emergents et les Economies Développées

Par contre, un fait saute aux yeux, l'ampleur de cette crise et ses conséquences sont ressenties beaucoup plus dans les économies développées, que j'appelle Vieilles Economies, que sur les espaces émergentes, les BRIC, Brésil, Russie, Inde et Chine. Selon l'Economist Intelligence Unit, la croissance continue à être revue à la baisse jusqu'à des prévisions négatives comme pour les USA -0,2%, Canada et Engleterre -0,1%, nulle pour la Suisse et 1,5% pour l'Australie, chez les premières, tandis que les BRIC la prévoient autour 7% pour 2009 (Chine 8%, Russie 4%, Inde6, 5% et Brésil 2,7%). En plus, les perspectives de reprises sont beaucoup plus optimistes et moins stressantes que sur le périmètre développé, leader du libéralisme économique qui a presque renoncé au minimalisme étatique. Il semble que c'est momentané pour les besoins de la cause. Les risques du protectionnisme ne sont pas à écarter.

Cependant, dans le contexte de la mondialisation, le protectionnisme ne sera qu'un simple épouvantail politique. Les facteurs globalisants, à savoir la délocalisation de la production, le télétravail et les chaînes d'approvisionnement à la production comme à la distribution, ne laissent aucun espace implantation d'une politique protectionniste qui se veut tangible.

La comparaison évoquée plus haut soulève la question de savoir 2% et 7% de quoi et parti de quelle base, nous édifierait plus. Cette observation vaut son pesant d'or. A partir du PIB de chacun et de leurs taux de croissance respectifs on sait comprendre le niveau de développement de leurs économies respectives et les performances de chacune d'elles. Le niveau de développement, concept qualitatif, désigne la qualité d'une économie, le niveau de vie d'un pays, le résultat d'une croissance positive cumulée pendant une longue période (plusieurs années). Tel est le cas de l'économie américaine dont les consommateurs dépensent, à eux seuls, 21% du PIB global du monde. Tandis que la croissance d'une économie, exprimée en PNB comme le PIB, par contre, un concept quantitatif, il mesure les performances d'une économie, quel que soit son niveau de développement, pendant la période d'une année.

En termes absolus, ces écarts de taux de croissance entre ces deux blocs de développement ne disent rien aux monde développé eu égard à leur pondération dans l'économie mondiale. C'est plutôt en termes relatifs qu'ils retiennent l'attention. Ils traduisent la vitalité des économies émergentes, leur dynamisme, la force du processus de transformation dans lequel ils se meuvent, l'amélioration progressive de la qualité de la vie qui s'y opère. Ces performances successives sur une bonne période assurent une évolution progressive vers un niveau de développement réduisant tant les écarts internes (entre les différentes classes sociales de leurs populations) qu'extérieurs avec les développées, le développement d'une économie. Les plus de vitalité et performance économiques s'enregistrent chez les émergents, surtout asiatiques, malgré la modestie de leur PIB/habitant (Russie Taux 4%, Pib $ 11.880; Inde 6,5%, Pib $ 1.190; Chine 8%, Pib 3.600; Thaïlande 3,2%, Pib $ 4.280), par rapport aux pays développés qui expérimentent l'inverse (Suède Taux 0,6%, Pib $ 51,390; Grande-Brétagne. -1,0%, Pib $39.470; Australie 1,6%, Pib $ 36.250; Japon 0,0%, Pib $42.310).

Il ne va pas falloir perdre de vue que ce sont les forces globalisantes, les facteurs de la mondialisation, qui sont à la base du décollage de ses pays et continuent à stimuler leurs performances. La structure de leur commerce extérieur regorge aussi des exportations originaires des économies développées ayant délocalisé (à des fins de rationalisation de coûts de production et de qualité de main-d'oeuvre) leurs centres de production sous ces cieux vers où ils exportent certains produits semi-finis pour montage, ou les importent de là pour les réexporter déjà finis. Donc, c'est juste par le fait d'avoir réussi à se globaliser/mondialiser qu'ils se sont hissé à ce niveau, qu'ils ont intègré le réseau.

Ce faisant, sur base de certains atouts naturels, culturels, historiques, structurels et hégémoniques et, surtout leurs atouts majeurs, leur chaude vitalité humaine et leur esprit d'innovation et d'invention, cas de l'Inde, ils ont organisé leurs institutions de sorte à préserver ces acquis, sans perdre leur identité nationale et le bien-être supérieur de leur populations. Ces institutions, sous toutes les formes, constituent une base solide qui leur permettent de préserver leur connectivité avec le monde tout en restant toujours performant. C'est cela qui leur a permis d'amortir l'onde de choc du tsunami financier international de 2008.

Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent

On aura ainsi retenu que tout le monde n'a vraiment contribué à cette catastrophe financière internationale. Cependant, personne n'échappe à ses retombées. L'onde de choc qu'elle a provoquée, la crise économique mondiale, qui atteint tous les pays sans exception aucune, surtout les plus éloignés du terrain de jeux. Pis encore, même ceux qui ne comprennent même pas les méandres de cet espace lié, les marchés des capitaux internationaux, le périmètre de l'économie virtuelle. Tous sont situés sur des espaces qui ne logent, pour la plupart, aucun marché de capitaux et, c'est à peine qu'ils en comprennent même la notion. Nous avons déjà évoqué l'incidence de cette crise sur le pays en développement plus haut.

La petite conclusion soulignera que cette crise a eu le terrain préparé depuis la décennie passée, s'est accélérée depuis 2002 avec la croissance saccadée des espaces émergents pour s'amplifier en 2008 avec l'action conjuguée de la perte de contrôle de l'espace virtuel devenu illiquide et la crise du crédit immobilier américain, marché devenu insolvable. Bref, une crise de rentabilité des marchés et de profitabilité pour les opérateurs attisée par la spirale des taux directeurs, des taux d'intérêt et des taux de change, et le système de rémunérations et prérogatives accordées aux traders.

Ce faisant, l'attention que les dirigeants devra se porter: (i) - les liquidités sur ces marchés, la compréhension par les opérateurs de l'état illiquide du marché et la dynamique y afférente; (ii) - la transparence sur les produits offerts aux investisseurs, leurs prix et rendement, leur structures, les risques y relatifs, les structures et mécanisme du marché; (iii) - les Infrastructures du marché financier, pour accroître la transparence de prix des titres de valeurs et, garantir la solvabilité du marché: a) procéder à un rassemblement et disponibilisation de données sur les produits et les transactions, b) établir une structure centrale de risque pour sécuriser le portefeuille de risque et la connectivité marché-banques, c) automation pour réduire tous les risques d'insolvabilité.

Une lecture attentive de la performance de ces économies, les émergents, et de leur niveau de développement révèle une réduction progressive des écarts existants avec les blocs développés et une augmentation continue de leur pondération sur l'espace économique mondiale. Ce faisant, il va falloir compter avec eux dans la façon dont le monde est géré et leur donner la voix au processus de prise de décision avant qu'ils ne le revendiquent. Les soubassements d'un nouvel ordre économique se posent progressivement et à grande vitesse. Ils en ont déjà pris conscience, eux les émergents. Ne pas les inviter à la court des grands sera une grosse imprudence que le monde moderne aura collectivement commise.

Eux, les nouveaux grands, finiront par le revendiquer. Cependant, avec les risques de recherche des zones d'influence hégémonique. Fort heureusement pour le monde global, les nations mondialisées, cette éventualité n'est pas compétitive face aux acquis de la globalisation, le dynamisme économique global dont ces émergents sont le résultat et dont ils dégustent des acquis. Ils doivent comprendre que le coût d'une victoire ou une défaite hégémonique est de loin supérieur aux bénéfices qu'ils tirent de leur évolution actuelle. Cependant, rien ne doit être écarté surtout avec l'émergent revanchard et aigri qu'est la Russie, la défiante Russie de veto.

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