La Tribune (Algiers)

Algérie: El Ayoun, Smara et Dekhla dans la wilaya de Tindouf - Dans les camps de réfugiés sahraouis, un peuple résiste

De notre envoyé spécial à Tinfouf, Samir Azzoug

10 Mars 2009


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Le lendemain, le petit Abdeldjalil, fils de Neguya âgé de trois ans se réveille avec les bronches encombrées. Une nuit froide et humide a fini par le rendre malade. En guise de remède, sa maman lui administre un breuvage à base d'huile d'olive et de miel.

«Les médicaments sont chers et le dispensaire est à plus de trois kilomètres d'ici. Abdeldjalil a passé la nuit à pleurer et à délirer à cause de la fièvre», se lamente la jeune mère. La situation est délicate d'autant que son mari est mobilisé dans l'armée de libération sahraouie et absent du foyer depuis plusieurs mois.

Les causes de la dispersion

Le peuple du Sahara occidental vit dispersé. De tous âges, toutes conditions sociales confondues et pour diverses raisons, les familles se retrouvent amputées d'un ou de plusieurs de leurs membres. Il y a d'abord la séparation initiale. «Après avoir été chassée de nos terres, ma famille s'est fractionnée. Une partie de mes oncles et tantes se sont réfugiés en Algérie et en Mauritanie. Certains d'entre eux ont été 'piégés' dans les territoires occupés par le Maroc, mais en revanche d'autres se sont installés en Espagne ou dans les pays d'Amérique latine», déplore Mohamed, jeune Sahraoui, étudiant en deuxième année de journalisme, installé à Cuba depuis trois ans.

Le deuxième facteur favorisant la séparation est le cursus scolaire. «Nous suivons le même programme scolaire que les Algériens. Les cours sont identiques, sauf qu'à la place du français notre deuxième langue est l'espagnol. Jusqu'à la dernière année du cycle moyen, on étudie dans le camp. A partir de la première année secondaire, nous sommes orientés soit dans des lycées algériens ou libyens», explique Aminatou, élève de classe terminale à M'Sila. «L'adaptation est difficile. Surtout en Algérie où les élèves et étudiants sahraouis sont nuls en langue française», poursuit-elle. D'autres enfants sont pris en charge dès l'enfance par des organisations internationales et accueillis par des familles en Espagne ou dans des pays d'Amérique latine sensibles à la cause sahraouie.

La quête du travail est un autre élément qui pousse les jeunes à quitter momentanément les camps de réfugiés. «J'ai abandonné mes études cette année. Je réside toujours en Espagne où je travaille comme apprenti maçon. Je tiens ce métier de mon père. Ici, dans le camp, il n'y a pas de travail, alors je préfère rester en Andalousie. La vie y est plus agréable et la rémunération intéressante», raconte Mohamed Lamine qui vit en Espagne depuis l'âge de douze ans ; il en a vingt aujourd'hui. Il faut dire qu'à l'intérieur des camps, en dehors de quelques cheptels réduits de caprins, composés principalement de chèvres chétives, de petites parcelles de terrains cultivées çà et là, et des «mersas», des bazars où se vendent aussi bien des objets souvenirs, des vêtements ou des aliments, l'activité

économique est très limitée. Le dernier facteur impliqué dans la dislocation familiale, est le plus noble de tous. Les jeunes et moins jeunes, hommes et femmes sont mobilisés dans l'Armée de libération du Sahara occidental.

L'autodétermination, une simple question de temps

La mobilisation est générale tout comme l'esprit de résistance et d'abnégation. Car le combat continue. D'une manière ou d'une autre. «Par les voies diplomatiques, pacifiquement ou par les armes s'il le faut, l'autodétermination de notre peuple n'est qu'une question de temps», assure Ahmed. Cette détermination, cette fidélité à la cause et cette loyauté envers la mère patrie est ancrée dans la conscience collective. A tout âge et de toute condition sociale, la mobilisation est générale. Le moudjahid est glorifié et le martyr adulé. Sahara libre et souverain est un leitmotiv qui revient sur toutes les langues et reste ancré dans le cÅ"ur de tous les Sahraouis. Même ceux qui ont émigré, pour une raison ou pour une autre, se préparent pour porter haut les couleurs de leur pays. «Les jeunes Sahraouis vivant à l'étranger ne sont pas sacrifiés. Ils y sont pour acquérir du savoir et de l'expérience, car notre pays, une fois indépendant, aura besoin de leur intelligence», explique Ahmed. «Je sens un poids sur mes épaules. Je sais que je n'ai pas le droit de faillir car mon pays a besoin de moi. Même si je passe vingt ans à Cuba, je ne pense qu'à rentrer dans mon pays libre et rassembler ma famille», espère Mohamed. Au mois de février dernier, quelques jours avant la célébration du 33e anniversaire de la proclamation du Front Polisario, l'émissaire onusien Christopher Ross a effectué une visite de travail dans les camps de réfugiés, puis rencontré le président sahraoui, Mohamed Abdelaziz, dans pour tenter de donner un nouveau souffle aux négociations.

L'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, arrivé avec une nouvelle feuille de route allant dans le sens du respect des résolutions de l'ONU (le peuple sahraoui n'attend guère plus), a soufflé un petit vent d'espoir parmi les réfugiés. Petit, car «les promesses sont nombreuses, les résolutions abondantes et les réalisations rares. La partie marocaine campe sur ses positions.

On ne peut pas avancer dans les discussions si une partie prenante du conflit fait la sourde oreille», déplore un réfugié. «Le Maroc n'a pas de volonté politique pour régler le conflit. Le Sahara occidental a une volonté pacifique. Nous sommes prêts à nous engager dans toute proposition de règlement allant dans ce sens. Mais si le Maroc continue sur ce mode opératoire, l'opinion publique internationale connaîtra une autre facette du mouvement de libération. Nous sommes prêts à défendre nos droits à n'importe quel prix», déclarait dernièrement M. Mohamed Yeslam Baysset, ministre sahraoui délégué aux affaires africaines. Pendant que les intermédiations se font et que les négociations durent en longueur, le peuple sahraoui continue de résister dignement aux aléas climatiques et aux conditions de vie imposées par le royaume du Maroc. Jamais, on n'entendra ces gens se lamenter. Jamais, on ne les entendra se plaindre. Ils continuent de combattre à leur manière. Sans grand tapage médiatique.

N'est-il pas plus urgent pour les adeptes de la lutte contre la souffrance, ceux-là qui crient au scandale dès qu'une baleine est harponnée ou qu'un bébé phoque est chassé, de se mobiliser pour un peuple exilé ! Le travail de quelques ONG et le soutien inconditionnel de plusieurs pays amis sont fort louables, mais la cause des Sahraouis est noble et juste, elle nécessite un écho planétaire et un soutien universel.

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