Brahima Ouédraogo
11 Mars 2009
Le film éthiopien Teza du cinéaste Haïlé Gerima a remporté l'Etalon d'or de Yennenga, de la 21ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au Burkina Faso.
«Teza est une chef d'oeuvre à tous les niveaux de la création, de la force du film, de la puissance des images : c'est un film très accompli», a affirmé à IPS, Gaston Kaboré, le président du jury long métrage qui a décerné samedi à l'unanimité la plus grande distinction du cinéma africain au film de Gérima qui reçoit 10 millions de francs CFA (environ 20.000 dollars) et un trophée.
Le film raconte l'aventure d'un jeune (Anberber) parti au début des années 1970 de son village Minzero pour étudier en Allemagne. Il revient métamorphosé dans son pays en 1990.
Au total 18 longs métrages étaient en compétition pour l'Etalon de Yennenga.
Selon Kaboré, lui-même cinéaste burkinabè, l'oeuvre de Gérima parle «à la fois du passé, de la mémoire, de l'histoire, de la culture du continent» et enseigne comment «les africains peuvent réussir leur présent et leur futur à partir des traumas et impasses qu'ils ont connus».
«Ce film comporte beaucoup de messages à l'endroit des intellectuels africains qui subissent le racisme à l'étranger, mais ne tirent pas leçon de leurs tribulations lorsqu'ils reviennent au pays», explique à IPS, Selome Gerima, coproductrice du film et présente à Ouagadougou pour recevoir le prix pour son frère Haïlé absent.
Haïlé Gérima lui-même a émigré en 1968 aux Etats-Unis où il enseigne le cinéma à l'Université Howard de Washington depuis 1975.
«C'est vraiment le travail, le sérieux, la détermination de l'auteur et sa recherche de l'excellence qui transpirent dans ce film», ajoute Kaboré.
Le Fespaco créé en 1969 a fêté ses 40 ans au cours de cette 21ème édition sous le thème «Cinéma africain, tourisme et patrimoine culturel» afin de souligner l'importance des images dans le transport de la culture africaine qui devrait, par la suite, attirer les touristes.
Mais le problème du financement de la production cinématographique demeure le goulot d'étranglement des cinéastes africains.
Selon le cinéaste mauritanien, Abdheramane Cissako, Etalon de Yennenga en 2003 avec son film «Heremakono», certains pays font dix ans sans produire de films alors que les plus chanceux produisent un film tous les trois ans.
«Les politiques africains n'ont pas fait le choix de considérer la culture comme un élément fondamental pour le développement d'un pays», regrette Cissako, affirmant que «c'est un manque de vision car quand la vision existe, les choses sont possibles».
Selon le président du jury du court métrage, Baluku Bakupa Kanyinda, le nombre d'oeuvres en compétition dans la catégorie au cours de cette édition du Fespaco, donne une idée de cette politique nationale de production cinématographique des pays. Sur les 19 films en compétition, 14 sont de l'Afrique du nord dont cinq du seul Maroc.
«C'est la preuve que le Maroc soutient son cinéma et avec ces indications, nous remarquons une absence de l'Afrique subsaharienne», déplore Baluku. Il faudrait que les pays en Afrique subsaharienne puissent prendre conscience qu'ils doivent maîtriser les courts métrages avant les longs métrages, dit-il à IPS.
Baluku se réjouit néanmoins que quelques pays aient compris cela en soutenant la formation, la production des courts métrages, expliquant que pour transmettre la mémoire populaire, il n'y a que la télévision et le cinéma.
La catégorie court métrage a été remportée par «Sektou» (Ils se sont tus), de l'Algérien Benaïssa Khaled.
«L'Afrique a un problème, nous sommes un peuple qui a été maltraité politiquement et nous venons d'une image détruite car l'Afrique reçoit aujourd'hui des images étranges et étrangères qu'elle ne fabrique pas», s'insurge Baluku, de la République démocratique du Congo.
Le résultat selon Baluku : «Lorsque nous nous réveillons, nous nous regardons dans une glace, c'est l'autre que nous voyons, pas nous-mêmes. Alors, on rencontre des gens qui veulent s'éclaircir la peau, avoir des cheveux longs».
Le président burkinabè, Blaise Compaoré, qui a remis l'Etalon d'or de Yennenga au lauréat, a déclaré qu'il était de sa responsabilité de parler aux autres chefs d'Etat du continent afin qu'ils puissent mieux s'impliquer dans le soutien à la production cinématographique sur le continent.
«C'est une quête que nous avons en Afrique, et aujourd'hui à travers le Fespaco, de pouvoir produire pour l'Afrique et par des Africains, et de montrer ainsi une image qui présente mieux à la fois nos aspirations, mais aussi nos attentes, notre ambition de nous offrir au reste du monde», a souligné Compaoré.
«L'Afrique n'a pas de problème avec son économie, mais avec son image, sa représentation dans le monde, et il n'y a que le cinéma qui peut changer cela», renchérit Baluku à IPS.
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