Presque trois ans déjà que le réalisateur gabonais, Charles Mensah, dirige la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI). En marge du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), au Burkina Faso, s'est tenue, cette semaine, l'assemblée générale de ladite fédération. A cette occasion, Charles Mensah, a dressé le bilan de son action à la tête d'une institution qui semble n'avoir pas rompu avec ses vieux démons et reste confrontés à de nombreux défis.
Peut-on affirmer au regard des coups de gueule constatés lors de l'assemblée générale, que la Fepaci est sortie de la zone de haute turbulence, trois ans après le sommet de Tshwane ?
Non, il n'y a pas eu de coups de gueule en tant que tels. Si vous connaissez l'histoire de la Fepaci, vous savez qu'elle a toujours connu des réunions houleuses. La Fepaci est un regroupement de cinéastes professionnels. Et qui dit cinéaste dit individu à forte personnalité, individu passionné. Il va de soi que, quand il est question du devenir de notre métier, les débats ne peuvent qu'être houleux. Cela dit, trois ans après la mise en place du nouveau bureau, les choses n'avancent peut-être pas au rythme qu'on voudrait, aussi bien au niveau du bureau qu'au niveau des cinéastes. Mais elles avancent quand même, lentement mais sûrement.
Quel bilan peut-on dresser de votre action à la tête de la Fepaci, un an avant la fin de votre mandat ?
Il nous a fallu acquérir du mobilier de bureau, renforcer les structures, redéfinir les modes de fonctionnement, cibler des objectifs à atteindre dans différents domaines que sont la production, la distribution et la diffusion. L'absence de politique cinématographique est le dénominateur commun à tous les maux du cinéma africain. Nous avons donc agi sur cet axe, en nous approchant de l'Union Africaine qui fera un travail de lobbying auprès des Etats. A terme, chaque pays devra se doter d'un environnement règlementaire et législatif en matière de cinéma, donc d'une politique cinématographique.
Les discussions sont bien avancées et nous espérons qu'elles aboutiront à la mise en place de la commission africaine du film, avant la fin de notre mandat en Juin 2010. Nous avons également initié des rencontres pour la formation que nous espérons pouvoir organiser dans chaque sous-région. Ce symposium sur la formation dressera l'état des lieux des centres de formation existants, des programmes pédagogiques et veillera à la qualité des enseignements dispensés afin qu'ils répondent aux attentes. Ce travail a commencé et on va le poursuivre. Quant à la distribution et à l'exploitation, elles trouveront solutions avec l'avènement de la commission africaine du film.
Pensez-vous avoir parié sur le bon cheval en faisant de l'Union Africaine votre avocat, quand on sait qu'elle peine à mobiliser les ressources pour ses forces de la paix par exemple ?
Nous n'avons pas mieux. Ailleurs, en Europe par exemple, c'est l'Union européenne qui a mis en place un programme en faveur du cinéma, des médias etc. Alors je crois que nous serons plus forts si à l'échelle continentale nous avons déjà le soutien de nos Etats à travers la seule organisation fédératrice existante. Ce n'est donc pas un mauvais choix que de miser sur l'Union Africaine, même si son mode de fonctionnement et son efficacité peuvent être critiqués. Mais elle reste l'outil indispensable dont nous avons besoin.
Concrètement, comment la Fepaci compte-t-elle mobiliser les ressources nécessaires pour financer le cinéma africain ?
Déjà, nous avons remobilisé nos membres pour leur côtisation. Ce n'est pas une ressource importante, mais symbolique. Par ailleurs, le secrétariat exécutif mobilise des fonds auprès des personnes morales qui ont intérêt à ce que le cinéma africain fonctionne. Pour l'instant, nous sommes fortement soutenus par le gouvernement sud-africain, par la National Video Foundation et par des télévisions. Il fut un moment où des chefs d'Etat ont contribué personnellement, nous allons relancer cette initiative. Enfin et sans être une organisation à but lucratif, nous mènerons des opérations ponctuelles de levée de fonds.
Seriez-vous candidat au prochain congrès de la Fepaci ?
Non. Ce n'est pas que je ne crois pas à la Fepaci. J'estime tout simplement que j'ai eu quatre années pour essayer de mettre la Fepaci sur les rails, pour qu'il y ait une structure qui fonctionne sans anicroche sur les règlements, les procédures de bonne gouvernance et de transparence. Une fois que ce sera fait, si l'on peut initier quelques actions, tant mieux. En ce moment nous allons remettre notre mandat et d'autres viendront pour continuer la mission.
Comments Post a comment