Ali Boukhlef
15 Mars 2009
Le dernier rapport de la délégation des parlementaires du Parlement européen, qui s'est rendue au Sahara occidental à plusieurs reprises depuis au moins 2005 a de quoi susciter de l'espoir. En mettant l'accent sur le respect des droits de l'Homme, notamment ceux relatifs au droit d'association, y compris pour les militants indépendantistes, les parlementaires européens mettent, en réalité, le doigt sur la véritable blessure : celle qui fait du Sahara occidental le seul pays encore occupé sur le sol africain.
Mais plus qu'une occupation -qui constitue un grand déni pour un peuple qui n'aspire qu'à vivre dignement sur ses terres- le peuple sahraoui, surtout celui qui n'est pas dans les camps de réfugiés, subit chaque jour que Dieu fait toutes sortes d'humiliations. L'on a d'ailleurs des exemples terrifiants dans ce rapport où des militants ont même été empêchés de rencontrer les parlementaires venus du Vieux Continent.
Mais, dans les faits, ce nouveau rapport n'apporte rien d'inédit. Puisque la situation décrite date de plus de 30 ans. 33 ans, exactement que le peuple du Sahara occidental vit déchiré, contraint à l'exil et à la dislocation. Cela fait 33 ans que les Sahraouis restés sur les territoires annexés par le royaume chérifien sont matés dès qu'une revendication libératrice est exprimée.
Mais ce qui a peut-être changé depuis toutes ces années est probablement le fait que maintenant -et c'est de bon augure-, la cause sahraouie est entendue. Ce n'est d'ailleurs pas tous les jours que des parlementaires européens se rendent dans les territoires occupés et ce n'est pas, non plus, à toutes les occasions que des Européens se rendent compte que le Maroc est une nation colonisatrice et que le Sahara occidental est un territoire occupé.
Ce qui implique, naturellement, des mesures de répression et le viol des droits humains, y compris les plus élémentaires d'entre eux, c'est-à-dire le droit de vivre dignement. Mais au-delà des déclarations de principe, la situation reste inchangée : des milliers de citoyens sahraouis déchirés entre le désir de vivre et celui de reconquérir un droit perdu. Pire que cela, ce sont des milliers de familles qui sont scindées en deux ;
certaines sont perdues à jamais, puisque leurs membres ne peuvent pas se rencontrer à cause de l'entêtement du Maroc à ne pas aborder cette question d'autodétermination quel qu'en soit le prix à payer pour les civils. Qu'attend-on pour régler définitivement ce problème ?
Pourtant, il suffit (théoriquement du moins) de donner la parole à ce peuple qui souffre pour lui permettre de dire ce à quoi il aspire. C'est la moindre des choses qu'on parle de démocratie jour et nuit. Et c'est d'abord le rôle de l'Europe, en tant que regroupement d'anciennes puissances coloniales et de pays pionniers dans la pratique démocratique, de pousser le Maroc à regarder la réalité en face. Mais en attendant, un peuple est en train de souffrir. Dans la dignité.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.